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d On enlève une dent à l'ours Papillon

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Si officiellement il était question de lui poser deux mouchards, l’un au cou et l’autre plus petit dans ses chairs, la vieille bête édentée fut également délestée d’une prémolaire. Voulait-on réduire cet ours au végétalisme par pitié pour ses proies, à l’instar de cette belle âme anglo-saxonne qui harnache ses loups de colliers expédiant une forte décharge électrique, et pédagogique, à chaque attaque de mouton ? Non, il semblerait qu’à lui voler une dent on ait voulu lui donner un âge ; la belle affaire, scientifiquement lui donner un âge par l’analyse des anneaux de cément. Une question se pose désormais, et avec acuité : qui sera le Rahan porteur d’un tel trophée, autour du cou bien entendu ? Mais n’en demandons pas tant, du moins pour le moment, et revenons à notre ours. Trop lourdement anesthésié - répétons qu’un colosse proto-kalmouk était pressenti à sa place - l’ours «Papillon», édenté nous l’avons dit mais aussi cataracté à l’œil gauche, faillit par deux fois laisser sa peau entre les mains de ses gestionnaires (c’est ainsi qu’ils s’appellent entre eux) et créer par là un scandale énorme, une vilaine affaire aussi grosse qu’un fauve de l’île Kodiak. Il s’est fallu d’un rien que nous n’assistions à tel naufrage si les bons soins du vétérinaire, et sans doute l’instinct puissant de survie de la vieille bête, n’avaient permis de relâcher le dimanche 25 avril au matin, soit tout de même plus de deux jours et demi après sa capture(8) , cet ours de 128 kilos - on a compris qu’il fut dûment pesé - aliéné pour le reste de ses jours à un corps étranger. Saluons d’ores et déjà l’ultime résistance de la bête au programme de désauvagisation, puisque nous apprîmes avec grande joie qu’elle se débarrassa très vite dans sa cage du mouchard accroché à son cou, sans toutefois bien sûr pouvoir détruire cet alien enfoncé dix centimètres dans sa peau.

Texte extrait de Les secrets volés de Papillon de Stephan Carbonnaux

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