F'Murrr est un génie


  • Je désire améliorer ce blog. Votre avis sur la forme ou le contenu m'intéresse.

A la buvette


  • Buvettedescimes_1 Ma passion pour le Génie des Alpages a généré en moi un intérêt évident pour le pastoralisme, pour le fromage de brebis et pour la transhumance. Le frère de lait naturel de ce site est donc La buvette des alpages que je vous invite à consulter
Blog powered by TypePad
Membre depuis 04/2004

mardi, 21 décembre 2004

F'Murrr par le Lièvre de Die

Romualdfanclub_1 F'Murrr

Né à une date inconnue d'un père Bélier et d'une mère Inos, F'Murrr fit très tôt figure de brebis galeuse dans le troupeau des bédéphiles. Tout petit agneau déjà, il crée la première saga ovine du monde Le Génie des Alpages à côté de laquelle la parabole du bon berger fait pâle figure.

Il y révolutionne notre conception du troupeau bêlant et broutonnant en montrant des brebis raisonneuses, bêcheuses, philosophes de l'absurde, leur berger collectionneur désespéré de pull-overs, son chien sans nom mais non sans talent inventif, et bien sûr le bélier Romuald, poète incompris et chouchou des touristes hollandais.

Après avoir tâté (à) Jehanne d'Arc et aujourd'hui aux aventures du plus malchanceux des chevaliers de la Table Ronde, F'Murrr sévit encore en inondant chaque année notre beau Diois d'affiches où les brebis sont aussi peu innocentes que lui...

Présentation de F'Murrr par "Le Lièvre de Die" dans "Eloge de la Pentitude" - Glénat

lundi, 29 novembre 2004

FMurrr : Portrait

Portrait_de_fmurrr
Mondialement admiré depuis trente ans pour ses personnages du «Génie des alpages», des moutons philosophes, intellos, bagarreurs, racistes, vicieux parfois mais craquants, Richard Peyzaret, dit F’Murrr (ou F'Murr) pour les intimes, est aussi le père de nombreuses autres figures majeures de la bande dessinée, moins connues sans doute mais non moins délirantes.

Je n'en parlerai pas beaucoup ici puisque ce blog est consacré uniquement au Génie des Alpages. IF'Murrr a obtenu le Prix du meilleur album d’humour à Angoulême en 1991 pour « Le Pauvre Chevalier » chez Casterman.

Voici le portrait de FMurrr, l'auteur de la série culte "Le Génie des Alpages" ...

Lire la suite "FMurrr : Portrait" »

FMurrr : Bibliographie

FmurrrJ'ai essayé de vous donner ici la Bibliographie complète de F'Murrr. Il y a peut-être des erreurs ou des oublis. Vous pouvez me concacter si vous avez des corrections ou des compléments ....

Voir aussi le portrait de F'Murrr et
le portrait de F'Murrr par Yves Frémion paru dans la Revue L'Alpe (Glénat)

Lire la suite "FMurrr : Bibliographie" »

dimanche, 28 novembre 2004

FMurrr : Le vieux berger m'ennuyait !!

Jérôme Briot est Collaborateur du magazine Bédéka. Il a interviewé F'Murrr le 6 mai 2004, chez Dargaud. Il a eu la gentillesse de me faire parvenir le texte intégral de cette interview de F’Murrr. Je l’en remercie vivement. Des extraits sont parus dans le magasine sous le titre de « Au pied du F’Murrr ».

BDK : combien de R à F'murrr ?

Fmurrr_dans_alpage F’Murrr : Au début, il y avait chez Pilote un rédacteur en chef très « fonctionnaire ». Il m'a expliqué : "En français, il n'y a pas de consonne triplée" ! D’autorité, il a supprimé un R. Quand il est parti, plus personne ne m'a jamais rien dit.

J'ai vu qu'il y avait un concours à propos de mon vrai nom. Si je prends un pseudonyme, ce n'est pas pour que mon nom soit marqué en dessous! Cela fait partie du métier, comme pour les comédiens qui se créent un personnage d'acteur.

Pendant des années, je n'ai jamais rencontré les auteurs de BD. Les noms Hergé ou Franquin sous le titre d'un bouquin, ça existait. Mais la personne derrière, était sans relation avec cette idée. On a tort de trop jouer au vedettariat. La BD est un monde de solitaires.

BDK : Par rapport aux autres domaines artistiques, il n'y a pas en BD un star-system aussi développé qu'ailleurs…

F’Murrr : C'est vrai. Au grand regret des intermédiaires, qui ne profitent pas de ce milieu. La BD reste un artisanat (malgré les efforts des marchands d'ordinateurs). Jusqu'à preuve du contraire, pour dessiner, il suffit d'un doigt trempé dans l'encre et d’un support. L'écran est l'antithèse du dessin ! Cela ajoute des obstacles entre le créateur et son dessin. Moi, j'ai besoin de la sensation du papier, de l'encre. Les Japonais ont inventé des pinceaux à réservoir, depuis j'ai plus de plaisir à travailler au pinceau, parce qu'il y a une coulée constante.

Les salons de BD n'ont aucun lien avec notre activité, ni avec les lecteurs, qui lisent les livres chez eux. Les gens qui se déplacent pour les festivals sont souvent des collectionneurs, qu'on retrouve partout, des gens du coin et un peu de tout. Mais en soi, un festival BD, ça n'a rien à voir avec la bande dessinée, c'est juste une animation culturelle ou commerciale.

BDK : Les bandes dessinées restent des produits culturels, même sous forme de collection, non ?

F’Murrr : Les collectionneurs de BD achètent tout et n'importe quoi. Les dédicaces sont revendues sur internet. Cela devient une manie : la recherche du plus grand nombre de dédicaces possibles. C'est une bourse. Nos dessins sont comme des billets de banque, mais c'est un système qui fonctionne sans nous. Les auteurs ont tort d'encourager cela ou de se fâcher. Je crois que mes lecteurs sont en général éloignés de ce genre de pratique.

BDK : Beaucoup de vos lecteurs, de vos fans, ne sont habituellement pas des lecteurs de BD !

F’Murrr : Ca a toujours été vrai, dès le début de la série. Mon public est souvent un peu excentrique. Je suis assez lu chez les enseignants. Mon public est plutôt féminin. Mes lecteurs sont assez discrets. S'ils m'écrivent, ils n'indiquent pas forcément une adresse de réponse. En général, ils ne demandent rien.

J'aime bien les gens qui font des choix. Ce qui m'énerve, ce sont les gens qui achètent n'importe quoi : tout ce qui vient de paraître, et qui ne s'intéressent qu'au premier tirage. On a introduit dans l'esprit des lecteurs des notions de spéculation qui n'ont aucun rapport avec la lecture.

La BD est devenu un phénomène médiatique un peu moins méprisé qu'avant, alors cela existe, certains auteurs apprécient. Je préfère rester à l'écart. Si je fais ce métier, c'est parce c'est une activité que je peux exercer sans avoir plein de gens autour de moi, et rêver un peu.

À une époque, les éditeurs insistaient énormément pour obliger les auteurs à faire des tournées de promo et surtout, réussir à les faire passer à la télé. À une époque, l'obsession des éditeurs était de faire passer les auteurs chez Bernard Pivot ! C'était un peu ridicule, parce que les auteurs de BD n'ont jamais servi que de faire-valoir pour la télévision. Ce ne sont pas eux qui intéressent les gens de télévision.

À une époque, les journalistes se sont mis à faire n'importe quoi, sans analyse, sans préparer. Et puis la télévision adore fonctionner avec des clichés. Par exemple, dès qu'on parlait de BD à la télé, il fallait interviewer Goscinny. Inévitable ! Selon la télévision, les gens ne fonctionnent que par cliché, c'est dangereux parce que cela conduit à une pensée simpliste.

BDK : en même temps, la multiplication des clichés, cela vous alimente: nombre de vos histoires sont construites sur une idée qui renverse un cliché !

F’Murrr : Depuis quelque temps je note les clichés médiatiques et les phrases toutes faites, notamment à la radio. Sur France Culture par exemple. Ce sont de grands utilisateurs de tout ce qui est banal. C'est un peu effrayant : du vocabulaire commercial, qui lui-même empreinte un peu trop au vocabulaire militaire. Tout ça sent mauvais ! En plus, cela signifie que quelqu’un peut tenir un discours d'une demi-heure sans aucun contenu. C'est un peu le discours des hommes politiques actuels. Comment tenir 20 minutes sans jamais apporter quelque chose de concret ! C'est comme cela que fonctionnait Hitler : le contenu de ses discours était totalement nul, c'était uniquement du spectacle fondé sur l'émotivité. C'est ce que la télévision est en train de produire actuellement. Cela ne me satisfait pas vraiment.

BDK : Pouvons-nous revenir sur votre parcours…

F’Murrr : Ah, la biographie ! Passage obligé ! Je n'aime pas trop ça, alors je suis toujours tenté de raconter n'importe quoi. Surtout que souvent, tout est transmis de travers. Mais bon : plus c'est faux, plus c'est amusant ! Bon, en gros : étant de la génération d'après-guerre, j'ai surtout été influencé par la bande dessinée belge. (Il n'y avait pas de BD américaine, ce qui ne m'a pas gêné car je ne suis amateur ni de Mickey ni de Superman, à quelques exceptions près ! Donc Tintin et Spirou.

Sortie du lycée, on m'a aiguillé vers les Arts Appliqués : une école fourre-tout où on mettait les élèves sans grand talent pour les études, qui montraient quelques velléités artistiques. Il y avait là une variété de gens dont on n'aurait jamais cru qu'ils se parleraient ensemble, une ambiance comparable à celle des réunions pour les actualités de Pilote.

Sorti de cette école avec un diplôme qui ne servait strictement à rien, un professeur m'a aiguillé vers l'atelier Poïvet. Ce professeur travaillait à France-Soir et un de ses collègues travaillait à l'atelier Poïvet. Je me suis ainsi retrouvé en bonne compagnie, avec de vrais artisans qui font leur boulot très bien sans rien demander à personne et n'auraient jamais l'idée de se faire passer pour des vedettes. C'était l'esprit des années 1950 et 1960. Des gens qui collaboraient à Vaillant puis à Pif.

J'avais essayé d'y placer quelques dessins d'humour. Mais j'ai vite compris qu'il y avait beaucoup de gaspillage dans ce domaine. Or, je ne suis pas très courageux et je n'aime pas beaucoup travailler ! Il fallait faire le tour de toutes les rédactions avec un dossier de 30 à 50 gags à montrer à quelqu'un qui pourrait, à la rigueur en prendre un, qui serait payé à la surface ! N'étant pas connu, ce serait une petite surface. À ce compte-là, ou bien cela marche immédiatement ou on rame toute la vie. J'ai vite compris que je perdais mon temps à me casser la tête à chercher des gags. Il me semblait impossible de faire de la BD : l'obligation de reproduire 10 fois le même décor me semblait totalement impensable. À l'atelier Poïvet, Mandryka m'a poussé à me présenter chez Pif.

BDK : A l'atelier Poïvet, vous aviez un travail en particulier ?

F’Murrr : Ah non, essentiellement, je passais les voir. On faisait des dessins rigolos, des caricatures. La porte était toujours ouverte, et de temps à autre, Raymond Poïvet sortait de grands discours sur la bande dessinée, souvent intéressants. Pour lui, la BD réaliste était un mode d'expression aberrant et le seul intérêt de la BD était dans le dessin humoristique.

Quand j'étais financièrement en panne, on me donnait de petits boulots, comme monter des maquettes pour la documentation. Chez Pif, j'ai trouvé un boulot d'intérimaire pendant deux mois. Je recopiais leurs chiffres. C'est là que j'ai découvert le Concombre masqué, qui m'a bien plu. À l’époque, Pif c'était vraiment très bien : Forrest, Pratt, Mattioli, Gotlib, Mandryka.

Mais Pif était géré par un collège de jeunes gens qui recevaient les auteurs. On m'a expliqué que Pif étant fait pour les enfants - et les parents étant persuadés que les enfants sont idiots- il fallait faire de la BD simpliste. Or, mon idée à l'époque était à l'exact opposé : faire des images fouillées !

2107 J'ai vasouillé comme ça. Je me suis aussi présenté à Pilote. J'ai été (mal) reçu par M. Pradal à deux reprises. La troisième rencontre avec Pilote s'est faite grâce à Mandryka, qui m'a poussé à téléphoner directement à Goscinny. J'ai eu mon rendez-vous et suis tombé sur un bonhomme extrêmement consciencieux dans son rôle de rédacteur en chef, mais pas du tout rigolo. Il a juste dit : "ça me plaît".

Ensuite, c'était l'engrenage. Les Contes à rebours se sont arrêtés quand Goscinny a déclaré que le sujet était épuisé. Après quelque temps, j'ai proposé deux planches du Génie des alpages, et là, cela a marché tout de suite. Après, Goscinny s'est détaché de Pilote, relevé par Guy Vidal qui m'a poussé à fond. Vidal a convaincu l'éditeur de sortir des albums. Et ensuite, j'ai alimenté tant que Pilote existait.

À cette époque c'était simple : dès qu'il y avait assez de pages, on sortait un album. A présent, je ne suis plus poussé à livrer des planches pour un journal. C'est pourquoi les délais de publication des albums ont tendance à augmenter !

BDK : Ne plus être en prépublication vous déstabilise ?

F’Murrr : Ah oui ! Je n'ai plus de rythme de travail. Ca devient difficile. Greg disait que le plus difficile est de se mettre à la table de travail. Pendant des mois, je fais des détours pour ne pas m'y mettre. Quelqu'un qui arrête une série, comme Franquin avec Spirou, est désemparé. Ce qui peut le conduire à la dépression, parfois pendant des années. Malheureusement, il ne faut pas s'arrêter de travailler.

J'aimais bien travailler pour un journal, et livrer en retard ! Cela donne l'impression de prendre des risques. Maintenant, je suis obligé de me fabriquer des urgences. Pour le dernier album, je me suis obligé à sortir l'album en juin. Pour le reste, on verra s'il y a toujours des lecteurs ou non !

BDK : Ah, je ne partage pas vos doutes !

F’Murrr : Comprenez que la situation est plus défavorable qu'avant : nous sommes tributaires des droits d'auteurs, puisqu'il n'y a plus les revenus de publication dans la presse.

BDK : Mais l'ensemble de votre œuvre est en réédition permanente !

F’Murrr : Oui ! Cela traumatise beaucoup les commerciaux de chez Dargaud. Il paraît que je suis un des rares auteurs dont les réassorts sont très réguliers. J'ai les mêmes chiffres de vente trimestriels depuis des années. Pourquoi ? Qui achète ? J'ai eu quelques réponses au Salon du livre. Des jeunes qui me disent que leurs parents lisaient le Génie des alpages quand ils étaient jeunes. Donc mes acheteurs actuels sont sans doute les enfants de mes premiers lecteurs. J'espère que ceux-là feront aussi des enfants ! Je trouve assez attendrissant que des gens achètent une série, en partie parce que c'était dans la bibliothèque de leurs parents. Apparemment, le Génie est souvent acheté aussi pour offrir.

En tout cas, voilà le seul intérêt pour moi des séances de dédicaces : le côté humain, et les nouvelles locales, les discussions entre les gens qui attendent.

Ce n'est pas les bouquins qu'on dédicace qui nous font vivre. La dédicace, c'est de la promotion pour le libraire et c'est du travail à la chaîne !

BDK : Une anecdote de dédicace ?

F’Murrr : une année le salon « Quai des bulles » a eu lieu pendant une grande marée qui avait même bousculé quelques voitures. Le salon était bondé d'une foule incroyable. Un visiteur s'est évanoui à côté de moi ! Mais après les dédicaces, c'est très difficile. Je suis vidé moralement et physiquement. Et surtout, je ne sait plus dessiner ! La main est gâchée par les heures de dessin industriel. Plus le temps passe, et plus j'y vais à reculons ! C’est vraiment pour faire plaisir aux copains libraires ou au Salon du Livre, ce que je trouve nécessaire.

BDK : Ce n'est pas l'occasion de rencontrer les gens du métier ?

F’Murrr : Eh non : quand on dédicace, on ne parle pas. Avant et après, oui. Et puis, cela fait 30 ans que je fais les Alpages. Les copains, on s'est un peu éloignés les uns des autres. Et au bout d'un moment, on cherche aussi des amis hors du milieu BD, parce qu'il y en a marre ! On s'admire de loin, ou on ne s'admire pas. Dans la situation où je suis actuellement, je vais bientôt faire figure d'ancêtre, genre "Comment vous avez fait ?". Il y a toujours des naïfs qui pensent qu'il y a des recettes pour expliquer le succès.

BDK : Sans parler de recette, y a t-il une méthode, une charte de création des bandes du Génie des Alpages ? Des contraintes que vous vous imposez dans l'écriture, par rapport à vos autres séries ?

F’Murrr : Une seule : la forme ! C'est la forme qui génère le reste. Pour le Génie des Alpages, ce sont des doubles pages. De là, je vais imaginer un dialogue ou un découpage, et pour moi c'est juste un problème de forme. J'imagine le dialogue avant le contenu du dialogue. Dans Maudit Cheptel par exemple, la dernière page, qui est une histoire pratiquement en noir et blanc est purement fonctionnelle. Les mises en couleurs sont de nos jours faites d'un bloc. Je trouve ça éreintant. On travaille au format. C’est un travail de bénédictin ! Anticipant les urgences, j'ai préparé quelques garde-fous, comme cette page facile à mettre en couleurs. Par exemple : noir et blanc. Donc j'ai cherché une idée qui joue sur le noir et blanc. Romuald, qui est noir avec la tête claire, et la brebis Suffolk, qui est blanche avec la tête noire : on va jouer là-dessus. Dans le noir, on ne voit plus la tête de l'une, on ne voit pas le corps de l'autre. Et voilà, cela fait une page ! Après seulement, j'ai cherché un dialogue. Comme la situation était intéressante, cela vient tout seul. C'est pourquoi je dis que la forme commande la création et non l'inverse. Je n'ai pas spécifiquement une histoire à raconter. Ce qui m'intéresse, c'est de jouer avec les différents éléments, les personnages, les cases etc.

La page d'en face, avec Ötzi, le congelé, là j'avais envie de raconter une histoire. Mais ce n'est pas une page intéressante de mon point de vue, parce que c'est tout le temps la même image ! C'est casse-pieds à faire ! Ce n'est pas ce qui me passionne le plus dans la bande dessinée.

Mais par exemple, pour Jehanne d'Arc, au départ, c'étaient aussi des doubles pages. Je n'avais pas l'habitude des histoires longues. Quand je suis passé de Métal Hurlant à (A suivre), il y avait plus de pages. Donc au lieu de faire des chapitres de deux pages, j'ai fait des chapitres de 5-6 pages. Donc progressivement, j'ai appris à construire des histoires. Après on est passé à une formule petit format, dans laquelle j'avais à construire une histoire complète, dans un petit format (pas trop d'images). Ca c'était vraiment idéal. Là j'ai construit un scénario.

Mais quand on écrit une histoire, il faut quand même se laisser la surprise de ce qui va se passer. Il faut être dans la même position que le lecteur. Pour moi, la différence entre les bons et les mauvais auteurs de BD (et dans les autres domaines) c'est que certains y croient et d'autres n'y croient pas. Si un auteur croit à ce qu'il raconte, il trouvera un public. Même les bandes dessinées que je trouve les plus critiquables et qui ont parfois un grand public, si elles ont marché, c'est que l'auteur y croyait. Quand je raconte les histoires des alpages, eh bien j'y suis ! C'est sérieux ! C'est du boulot !

Si je commence à raconter une histoire en me disant : « cela va plaire au lecteur, ceci non ; il faut que je fasse attention ». C'est ce que certains auteurs ne comprendront jamais : il ne faut pas solliciter le public ! Lui plaire est une chose, mais le solliciter, non ! Il y a, selon moi, intérêt à bousculer le public, le déranger ! Dans l'album, par exemple, j'ai mis une histoire que personne n'a comprise et j'en suis très satisfait. J'ai déclaré à l'éditeur qu'il en fallait une, faute de quoi ce ne serait pas les Alpages !

BDK : L'histoire allégorique avec cette divinité qui descend de la montagne ?

F’Murrr : Oui, mais il n'y a rien d'ésotérique là-dedans ! Cela m'a bien amusé. Mais j'ai peut-être été un peu trop elliptique. C'est seulement un petit problème de découpage. Je crois que les lecteurs ne lisent pas forcément les Alpages pour le sens que cela peut apporter. Il y a autre chose.

BDK : Vous aménagez une part d'improvisation dans la création de vos planches ! ?

F’Murrr : Oui, j'ai une structure en deux pages, et cela me permet d'improviser. Cela oblige aussi à une certaine rigueur. Parfois, je suis obligé de condenser une histoire pour la faire tenir dans ce format, en évitant de mettre trop de textes dans les bulles. Quand la BD est surchargée en texte, le lecteur fatigue et moi aussi. Sauf quand une histoire est basée sur un texte, et que l'image n'est qu'un accompagnement. Les alpages ont une structure rigide. De là, je peux y raconter n'importe quoi.

BDK : Il y a beaucoup d'interventions divines dans vos albums : des Bouddhas, des divinités, des anges !

F’Murrr : C'est assez rigolo quand des choses imprévues apparaissent dans le ciel. C'est pratiquement le seul intérêt de la peinture religieuse en Europe : les bonshommes qui flottent dans le ciel. J'aime assez les choses qui tombent du ciel !

BDK : Le lecteur peut facilement faire un rapprochement avec la fameuse « Retraite mystique au Larzac »

F’Murrr : Le lecteur fait ce qu'il veut ! La retraite au Larzac, cela ne m'a jamais effleuré l'esprit ! Mais les endroits déserts, de toute éternité, ont été ouverts à l'éclosion de différents mysticismes. Dès que c'est vu par Bunuel ou par les Monty Python, cela devient tout de suite assez drôle ! Je déplore l'absence d'humour dans le domaine mystique. Quelle que soit leur religion, les intégristes n'ont aucun sens de la rigolade ! À mon avis ce ne sont pas de vrais croyants, mais des fonctionnaires avec des considérations de pouvoir ! Comment mieux dominer les autres, qu'en se prévalant d'une autorité invérifiable, nommée Dieu ? C'est très pratique pour se dédouaner et conserver le pouvoir.

Pour les alpages, un type seul là-haut, en rapport avec des cousins mammifères de différents types, certains domestiques, d'autres sauvages, forcément cela pousse à la réflexion. De là à imaginer que quelque chose va tomber du ciel, ce sont des malades ou des niais. C'est toujours dans la montagne qu'apparaît la vierge.

Si les gens veulent voir des trucs dans le ciel, tant mieux. Mais qu'ils ne nous emmerdent pas si nous ne les voyons pas ! Je refuse qu'on me jette un bouquin à la figure en me disant : c'est Dieu qui l'a écrit. Il faudrait le prouver ! Quel papier a t-il utilisé ? Il n'y a même pas une version originale de la bible. Ce ne sont que des commentaires ! Un plouc quelconque a écrit ce qu'il avait dans la tête. Ou alors, il a recopié sur un autre plouc, mais on en est toujours au même point depuis la préhistoire !

Le problème, c'est que dans les moments difficiles, ces gens très religieux se dégonflent comme des ballons et sont les plus trouillards de tous les trouillards. La religion est censée leur donner de l'assurance sur l'avenir et l'après-avenir, mais ce sont les plus peureux face à la mort. Reste le rôle social du prêtre, qui n'est pas négatif… tant qu'il reste à sa place !

BDK : Vous avez tout de même tué Dieu pendant le mariage de Jehanne !

F’Murrr : ce n'était qu'une boutade, rien de sérieux. À cette époque, les années septante, on était assez bien dans nos pompes ! C'était assez joyeux ! Les auteurs faisaient ce qu'ils voulaient, prenaient des libertés avec papa Goscinny ! Tout le monde faisait tout ou n'importe quoi. C'était assez passionnant.

BDK : vous pensez que les auteurs n'ont pas la même liberté d'expression aujourd'hui ?

F’Murrr : ça a commencé à ramer lorsque le monde de l'édition s'est rendu compte que la BD pouvait rapporter de l'argent, et que les animateurs culturels ont compris qu'une séance de dédicace pouvait attirer du monde dans leur patelin, et que les auteurs ne sont pas des gens exigeants !

Et la Télévision qui s'empare de tout cela. Et en plus, on crée des écoles de BD ! Les trois quarts des jeunes auteurs de BD sont d'excellents graphistes, mais qui racontent des histoires dont je me fous totalement ! La plupart sont obsédés par les séries américaines, et passent leur temps à reproduire en BD tous les schémas de ces séries. Je ne vois pas l'intérêt de reproduire sans cesse des choses qu'on connaît déjà. Mais c'est en train de changer. Il y a des ferments, comme L'Association, les Requins Marteaux ou d'autres…

Un phénomène comme Sfar est assez unique. Je n'avais pas vu ça depuis Tardi. Il va tout manger et il est capable d'assurer tout ce qu'il a entrepris. Moi, ça me rassure un peu. J'ai fait ce métier par amour pour les bouquins. Sortir des livres pour occuper sa vie, c'est ce qu'il y a de mieux. Il n'y a rien de plus gratifiant que de voir sortir un bouquin en librairie, que ce soit le mien ou celui d'un autre.

BDK : puisque vous parlez de Sfar… Avec Trondheim, ils ont très envie de vous "inviter" pour réaliser un Donjon Monsters.

F’Murrr : oui, c'est déjà un vieux projet. Ils ont essayé de me coincer avant 2000 ! Je suis un lecteur de Donjon. Il y a des inégalités, mais dans l'ensemble c'est très bien. Il est toujours question de cette collaboration. Les trois dernières années ont été des années nulles à tout point de vue en ce qui me concerne. Ce projet est tombé au frigo ! J'ai demandé à Trondheim de me laisser finir les Alpages. Pour l'instant je souffle un peu, parce que je sais qu'avoir Trondheim sur le dos, cela ne va pas être de la tarte ! Mais je pense que cela va se faire.

BDK : Ce sera votre premier album avec des scénaristes !

F’Murrr : En effet, il va falloir se mettre d'accord sur les procédures, car je n'ai jamais travaillé avec quelqu'un ! La vraie question est de savoir si j'y arriverai ! Je ne pense pas avoir la liberté de trait qu'ont la plupart des auteurs qui ont travaillé pour Donjon, Trondheim en tête. Il faut savoir travailler vite et léger.

Sfar est monstrueux : il est capable de dessiner partout. Que ce soit un dessin "achevé" ou non, cela fonctionne toujours ! C'est un langage qu'il possède, et par lequel il est possédé totalement.

J'ai de la facilité pour les dialogues, mais le dessin me pose des problèmes. Parfois tout me vient naturellement et le premier jet est bon. Mais il y a des moments où la main ne suit pas du tout. Mais si je devais attendre les "bons moments", je ne dessinerais pas souvent.

Pour les alpages c'est plus facile : ce sont des personnages que je connais par cœur, avec derrière de la montagne, c'est léger. Mais si j'avais dû dessiner le Donjon Monster de Blutch avec la ville (Mon fils le tueur) Euh… Faut voir ! C'est le scénario qu'ils m'avaient proposé !

Je ne suis pas contre le fait d'essayer de surmonter mes appréhensions. Mais je ferais un test avant de m'y mettre. Si cela part bien, alors oui ! pourquoi pas ?

BDK : À propos de suites… Le pauvre chevalier a été réédité chez Dargaud en 2003. Les Aveugles le seront sans doute bientôt. Et la suite de cette histoire ?

F’Murrr : j'ai commis deux erreurs. Celle de faire un synopsis et de le faire lire ! Faire lire le synopsis l'a tué. Aucun de ces actes n'est vraiment dans ma nature. Le synopsis prévu pour le troisième épisode restera sans doute où il en est. Si je fais une suite, ce ne sera pas celle que j'avais prévue. Et j'ai du mal à réchauffer de vieux projets.

Pour les alpages, cela dit, j'ai toujours quelques roues de secours, des découpages qui permettent à mon imagination de travailler. Ainsi, les gags suivants sont du "frais" ! Quand je ressors un vieux crayonné de mes cartons, j'ai toujours l'impression de décongeler quelque chose. Mais en dessinant cette histoire, souvent j'en improvise deux nouvelles. Ce qui m'amuse bien plus. L'histoire qui clôt le dernier album a été improvisée en un quart d'heure au bistrot. De façon très efficace à mes yeux.

Un problème avec les livres à gags, c'est qu'il est difficile de compter : les albums ont 48 pages, mais en fait cela correspond à 46 planches, mais j'en rajoute sur la page de garde et la page de titre, et il y a toujours un moment où je ne sais plus où j'en suis ! Si j'en ai assez, trop ou pas assez ? D'où les pages en réserve. J'avais écarté certaines histoires que je n'aimais pas trop, mais en les dessinant, je me suis rendu compte que cela sortait vraiment bien. Parfois en modifiant, en concentrant une double page en une seule. Dans le dernier album, il y a une image pleine page. Ca ne fait pas partie de mes habitudes, je suis généralement contre, mais ici c'était indispensable !

BDK : Comment faites-vous pour toujours trouver de nouvelles histoires, de nouvelles idées sur une base aussi ténue ?

F’Murrr : Je ne sais pas ! Je prends une page blanche, et cela démarre. Je me suis simplifié le problème en me concentrant sur la forme. D'une certaine façon, il y en a marre de faire toujours les alpages. Nous en sommes au treizième album ! Si j'avais continué à raconter la même histoire qu'au début, je m'emmerderais à mourir ! Ce n’est pas un problème. Je n'ai pas d'angoisse de la page blanche, plutôt l'angoisse de devoir me mettre au boulot.

Une idée en entraîne une autre. Quand on est en recherche d'idée, on devient attentif à tout ce qui se passe autour de soi. Jusqu'à devenir tellement réceptif, que le moindre grain de poussière suffit à faire cristalliser une idée. Dès que l'idée est là, je trouve facilement les dialogues correspondants. Je suis souvent obligé de couper la radio, pour entendre mes personnages.

Souvent, quand les gens écrivent mal, c'est parce que l'idée va plus vite que la main. C'est un peu cela pour les scénarios du Génie des Alpages. Il faudrait parfois qu'ils s'impriment au fur et à mesure que je les entends. C'est aussi une forme d'esprit. Tout le monde n'a pas l'esprit F'murrr ! Certains penseront : heureusement ! De ce point de vue, je n'ai pas dû changer depuis le début.

BDK : cet esprit vous rapproche des auteurs qui cherchent de nouveaux terrains d'expressions pour la BD. Par exemple ceux qui forment l'OuBaPo, l’Ouvroir de Bande dessinée Potentielle ! Vous avez assisté aux toutes premières réunions. Pourquoi ne pas avoir poursuivi avec eux ?

F’Murrr : Dans mon idée, la BD c'était déjà cela. Les travaux de l'OuBaPo me semblaient un peu scolaires. J'étais tenté de leur dire : "Regardez les auteurs de bande dessinée : ce que vous faites, ils le font mieux, et ils ne se sont jamais dit qu'ils étaient un OuBaPo" !

Le scénario bien écrit à la Goscinny, à la Astérix, avec le dialogue d'un côté, la description de l'image de l'autre, ça me sort un peu par les yeux, ce n’est pas très amusant.

BDK : Le Génie des Alpages fourmille d’allusions et de références à Tintin : citations, images…

F’Murrr : Tintin est la première BD que j'aie lue. Enfant, j'ai gagné un concours de dessin organisé par la libraire du coin à Paris. Dans les prix, il y avait Tintin au Congo. À l’époque, les bouquins n'étaient pas pelliculés, ils avaient un parfum : l'odeur de Noël ! Ainsi, Le lotus bleu m'a toujours semblé avoir une odeur de chocolat ! Les bouquins étaient quelque chose d'important. J'ai attendu des années la parution de La Marque Jaune en album. Je n'avais lu que des fragments de cette histoire. Les journaux ont fait une erreur en supprimant les feuilletons, les histoires à suite, pour les remplacer par des histoires complètes. Le feuilleton, c'est ce qui fidélise ! Les conneries de téléréalité fonctionnent exactement sur le principe du feuilleton !

BDK : Hergé avait fini par céder à la pression de ses lecteurs en avouant le prénom de Haddock. Allez-vous un jour avouer quel est le nom du chien dans le génie des alpages ?

F’Murrr : Je n'y ai jamais pensé ! Quand je vois un chien, je l'appelle "Le chien". Et je trouvais intéressant d'avoir un berger qui donnerait un nom à toutes ses brebis, mais pas à son chien ! L'anonymat du chien coïncide aussi avec le fait qu'on ne voit pas ses yeux. Il est un peu absent. Il n'est pas réellement intégré à ce monde-là. Le berger, lui, ça va… enfin, Athanase, parce que j'ai été obligé de virer le vieux !

BDK : Mais oui… Pourquoi ! ?

Planches6 F’Murrr : Parce qu'il m'ennuyait ! Il devenait trop souvent le souffre-douleur. Il était toujours en retrait, spectateur des fantaisies du chien ou des brebis. Ca finissait par être déprimant ! C'est peu être ce qui s'est passé pour Franquin avec Fantasio dans les histoires de Gaston. Fantasio et Gaston finissaient par ne plus se supporter. L'agressivité entre les deux devenait de plus en plus forte. Jusqu'à son remplacement par Prunelle. C'est amusant, comme les personnages vivent malgré leurs auteurs !

Ce berger m'emmerdait, je me suis dit qu'il en fallait un plus jeune, plus apte à essuyer les tempêtes et quelquefois à en provoquer. Athanase se laisse moins avoir que le vieux. Et puis cela permettait de le confronter à une bergère, et ça, c'est bien, parce que sinon, cela manque un peu de gonzesses ! À part les brebis qui sont une assemblée de demoiselles !

De temps en temps, quand j'ai envie de dessiner autre chose que des moutons, je ressors la bergère de son placard. Suffolk, la brebis anglaise, est venue de cela aussi. Et puis, l'accent des anglaises un peu décalées, un peu zinzin comme Petula Clark ou Jane Birkin, cela a toujours du charme !

BDK : Vous nous avez habitués à l'invention de noms de brebis délirants… Or, il n'y a aucun nom de brebis dans le dernier album !

F’Murrr : Ah bon ? Sûrement parce que ce n'était nécessaire dans aucune histoire. Il y a soit des groupes, soit d'autres personnages. Ou alors, c'est inconsciemment, par esprit de contradiction !

Parce qu'on m'en a parlé jusqu'à l'excès, des noms de brebis ! Sans parler des gens qui me suggéraient des noms en m'envoyant des listes. Si j'ai besoin d'un nom de brebis, j'en ressors un. Mais ce n'est pas essentiel !

Voilà un exemple de différence entre solliciter le public et faire ce qu'on a envie de faire. Je ne vais pas mettre des noms de brebis partout sous prétexte que cela amuse le lecteur. Moi cela ne m'amuse, que quand ça apporte quelque chose à une histoire. Et puis, à titre personnel, j'oublie vite les noms. C'est pour moi rarement essentiel de nommer les gens. C'est encore pire pour les noms des rues. D'ailleurs cela m'a servi, quand j'ai fait un voyage à Tokyo !

BDK : Quels sont les confrères dont vous appréciez les albums aujourd'hui ?

F’Murrr : Un bouquin qui m'a paru grandiose récemment, c'est AK : histoire stupide avec des peluches. C'est vraiment à cela que sert la bande dessinée : permettre à des auteurs de faire des albums comme celui-là. Je regrette que cela n'ait pas été publié chez Dargaud. Cet album posait un problème : l'obligation de créer une collection pour l'accueillir. J'ai suggéré de créer une collection, qui se serait appelée "Les invendables".

As10 Pour moi, le grand auteur français de ma génération, c'est Tardi. Parmi la génération d'avant, ce sont Forrest et Pratt. J'étais vraiment parfaitement heureux de travailler chez (A Suivre) : un journal en noir et blanc, ce que je préfère, et avec une majorité d'auteurs que j'aimais. J'étais vraiment flatté d'être aux côtés d'auteurs comme Pratt, Tardi, Munoz et Sampaio, des incontournables ! J'étais vraiment content de voir Sfar débarquer chez Dargaud. Le chat du Rabbin m'a semblé une œuvre d'utilité publique à plus d'un titre. Il a remis à leur place toutes sortes de considérations restées vagues, avec intelligence et beaucoup d'humour. Sa série sur Pascin aussi.

Mais tous les grands auteurs de BD sont des écrivains. Cela ne plaît ni au monde de la BD, ni au monde de la littérature, qui aimerait continuer de mépriser la BD, à une époque où il n'y a plus vraiment de grand écrivain français.

Ce que nous servent les éditeurs à longueur d'année, c'est de la daube ! Tardi écrit très bien. Contrairement à ce que disent certains, la BD n'est pas destructrice de culture. Les gens qui lisent de la BD, lisent aussi des romans. Les bons auteurs lisent aussi. Sfar est quelqu'un de très cultivé, c'est normal qu'il écrive très bien. Hergé était un grand écrivain. Je me souviens d'une préface d'Hergé sur Paul Cuvelier. Hergé est celui qui a réussi le meilleur portrait de Cuvelier.

Quand je revois les premiers albums… C'était assez vite fait. On était dans le fil de la parution de Pilote, et je ne faisais pas très attention. Le résultat ne me satisfait pas aujourd'hui. Pour l'histoire oui, mais pas le dessin. Aucun dessinateur n'aime se retourner sur son travail passé.

La BD est aujourd'hui assez infantile. Dans les années cinquante et soixante, la BD pour jeune était assez adulte. C'était très sérieux. Dans les sorties actuelles, il y a une majorité de conneries. C'est niveau télé. Quand on écoute les dialogues d'une série, le niveau est quand même plutôt faible : je sors mon flingue et tout est réglé. Les poursuites en voiture, ou les insultes que certains couples de série se jettent à la figure. Tout cela vole très bas. Une grande partie de la BD que je feuillette, c'est ça. Extrêmement bien dessiné mais ça s'arrête là.

À l’époque où j'ai commencé, la question n'était pas de savoir si vous saviez bien dessiner ou non. Il était question de savoir si vous aviez quelque chose à raconter, si cela tenait le coup ou pas. Si les gens avaient été plus exigeants graphiquement, je ne serais jamais passé. À présent, il y a des frimeurs : des super-dessinateurs, mais quand on feuillette il ne se passe rien et on s'arrête à la moitié du bouquin, faute d'envie de continuer. Je préfère les mauvais dessinateurs, les médiocres qui s'en tirent par des pirouettes, mais qui ont vraiment envie de raconter quelque chose. Leur lecteur a vraiment envie de lire. Mais la qualité du dessin, en soi, ça n'a aucun intérêt à mes yeux.

BDK : le fait d'avoir placé Naphtalène (l'héroïne de Tartine de Clous) au Jardin des plantes de Paris, c'était un clin d'œil à Tardi, qui a énormément utilisé ce lieu ?

F’Murrr : Non… C'est une pure coïncidence. On s'est retrouvé au même moment à dessiner le même lieu. Mais j'ai rapidement laissé tomber Naphtalène, pour laquelle j'avais voulu créer une longue histoire, mais finalement j'ai abandonné. Je ne me sentais pas de taille à écrire une histoire longue.

JehanneLes enfants ont tous les mêmes fantasmes. Le western, qui en fait partie, ne m'a jamais passionné au contraire du Moyen âge et de la préhistoire. Les dinosaures, cela marche toujours. D'ailleurs, Franquin le savait bien, avec son voyageur du Mésozoïque. Je me paie quelques fois de vieux retours. Jehanne d'arc ou le Pauvre Chevalier, cela me plaisait bien à dessiner. Mais quand je vois Tardi dessiner les rues de Paris interminables avec les gens en costard… Je ne pourrais pas dessiner cela. Je les vois tous les jours. Tardi, lui éprouve du plaisir à glorifier les moches. C'est bien ! Mais moi, je préfère être ailleurs. Et je pense que mes lecteurs aussi, préfèrent rêver !

BDK : Auriez-vous un conseil à donner à l'enfant que vous étiez ?

F’Murrr : Comme je me connais, je ne me serais pas écouté ! Mais de toute façon, donner des conseils, à soi-même ou à un autre enfant, ce n'est pas possible. Donner un conseil peu rassurer quelqu'un, mais il ne faut pas en tenir compte. La seule chose importante dans le conseil, c'est la marque d'attention. Le conseil lui-même est toujours bon à jeter. De génération en génération, les gens font toujours des conneries. De plus, les conseils ne sont jamais universels. Que dois-je faire quand un dessinateur me montre des planches pas terribles ? Si je propose de laisser tomber, c'est oublier que ça peut s'améliorer. La seule chose dont on doit s'assurer chez un débutant, c'est de sa motivation, de son envie.

La BD humoristique est un genre assez routinier. On peut débuter en étant mauvais dessinateur. Comme c'est une routine, le trait se polit.

Lire la suite "FMurrr : Le vieux berger m'ennuyait !!" »

jeudi, 28 octobre 2004

F'Murrr au boulot (extraits d'interviews).

Fmurrr3Comment construisez-vous un épisode des Alpages ?
Je peux commencer par le début ou la fin, partir d'un dessin ou d'une idée de dialogue… Quand j'attaque mes deux planches, je ne sais jamais exactement ce qui va s'y passer. Parfois, le gag naît de la volonté d'introduire un nouvel élément dans cet univers déjà constitué.

Votre technique narrative s'apparente donc à du collage ?
Oui, mais dans la bande dessinée, c'est toujours du collage ! On met des images les unes derrière les autres, et même si elles n'avaient aucun rapport entre elles, elles finiraient nécessairement par produire un discours cohérent. Ce discours serait plus difficile à appréhender qu'un discours linéaire, mais il serait aussi plus intéressant. J'ajoute que je préfère les gags issus du dessin. Quand je pars d'un dialogue, je m'ennuie horriblement à devoir ensuite l'illustrer.

Comment caractériseriez-vous votre humour ?
Dans l'humour, je déteste la dérision. Lorsque je dessine les Alpages, je le fais sérieusement. Il n'est pas question que j'aille me moquer de quoi que ce soit. On peut être désinvolte, jamais dérisoire.

Votre style de dessin est tout sauf académique.
C'est vrai que je suis avant tout un autodidacte. J'ai bien sûr subi des influences. Lorsque j'ai commencé à dessiner, je m'intéressais surtout à Chaval. Je trouve également le travail de Hergé extrêmement enrichissant, car il utilise un dessin très clair, qui va à l'essentiel.
La personnalité s'exprime avant tout dans la possibilité qu'on a de s'adapter à son propre univers. La principale difficulté du débutant réside dans les surcharges. Il en fera toujours trop. Lorsqu'on commence, on a l'impression que l'on ne sera jamais pris au sérieux si l'on ne donne pas toujours plus que le nécessaire.

Franquin_1Quelles sont les bandes dessinées qui vous ont marqué ?
Quand j'ai commencé à dessiner, je regardais beaucoup Franquin. J'aurais voulu dessiner comme lui, ce qui était complètement utopique. Plus tard, à force de voir dessiner Tardi, que j'admire beaucoup, je suis revenu à Hergé. Je me suis rendu compte que je devais viser de ce côté-là et pas du côté de Franquin. Le trait rondouillard de Pim Pam Poum (où les animaux ont toujours l'air de baudruches) m'a certainement influencé aussi.

Vous vous dites influencé par de nombreux dessinateurs alors que votre trait est tout, sauf classique.
Le dessin est une écriture. Chacun la sienne. Certaines écritures se ressemblent, mais après il y a la façon dont on l'exploite. Chacun se construit son style. Pour ma part, je n'ai jamais véritablement réfléchi à la façon de le faire (...). Mon graphisme continue d'évoluer. Il y a eu une époque ou je fignolais trop mes dessins parce que je voulais obtenir un dessin propre "à la belge". J'ai renoncé à tout cela, et c'est heureux car je n'y serais jamais arrivé.

Est-ce par boutade que vous avez dit un jour que votre graphisme déroulait de votre myopie ?
Non, pas du tout. Je suis myope et je me suis refusé à porter des lunettes pendant très longtemps. Je percevais des masses assez floues plutôt que des formes précises.

Est-ce que vous achevez les deux planches au crayon avant de commencer l'encrage ?
Non, je travaille par strip et j'encre au fur et à mesure. Mais je reviens fréquemment en arrière pour rajouter des détails. En fait, je me passerais volontiers du crayonné. Le dessin au crayon me gêne, il brouille ma perception. Quand je gomme une planche, j'ai toujours de mauvaises surprises et je suis tenté de tout refaire.

jeudi, 21 octobre 2004

La confiture de F'murrr

Un quart de siècle après sa création, le Génie des alpages conserve l'humour savoureux de son auteur. Secrets de fabrication.

PUR PRODUIT du Pilote des années 70, F'murr s'est imposé à contre-courant comme un des grands créateurs de bande dessinée. Passant les mythes («Jehanne au pied du mur») et les gens («Le char de l'état») au crible de son humour absurde et ravageur, cet admirateur d'Hergé et Franquin est l'auteur, à 52 ans, d'une seule série, qui relate les tribulations d'un berger, son chien et ses moutons.

Le Génie des alpages en est aujourd'hui à son douzième tome. (12 au moment de l'interview, treize en juin 2004)

Lire la suite "La confiture de F'murrr" »

mardi, 19 octobre 2004

F'Murrr, le Génie

Pfpre_50_256
Dossier de Presse pour la sortie du Volume 12 du Génie des Alpages. Propos recueillis par Marie-Ange Guillaume. ABC d’air
A
Absurde
Je cultive l’absurde et le loufoque par goût personnel. Moins le sens est évident, plus je suis content. Je me méfie de tout ce qui est cadré et présenté comme une vérité monolithique . On ne peut approcher une vérité que par ce qui déborde. D’ailleurs, l’ethnologie et la philosophie ont intégré la notion de bricolage : les choses ne s’élaborent pas d’un seul tenant, toutes cuites.

B
Boussole
Je me souviens d’un album où Lucky Luke voit Rantanplan comme une boussole qui indiquerait toujours le sud. Il y a des gens comme ça : s’ils te présentent un copain, tu peux être sûr qu’il est infréquentable. Certains critiques de cinéma, aussi : s’ils détestent un film, j’y vais.

C
Collecque de chandeaux
Les bergers de l’Isère qui ont créé la revue L’Echo des alpages croyaient que j’avais été berger, avant. Toute fiction étant une arnaque, voir fonctionner l’arnaque sur des gens qui connaissent le sujet, c’est un plaisir.
(Mais leurs pulls étaient moins beaux que ceux d’Athanase, qui a la plus belle « Collecque de chandeaux » de toute l’histoire du tricotage. NDLR)

D
Dolly
On n’est pas loin de 1984 d’Orwell. Il y a tout un tas de prétendus scientifiques qui sont des vendus et des mégalos dangereux, prêts à te vendre des brebis clonées ou n’importe quoi d’autre. Ca marche à l’américaine : puisqu’il y a de la demande, c’est moral.

E
Erreur (cherchez l’)
Parmi ces brebis se cache un gentil extraterrestre plein de boulons, fiancé de Jehanne d’Arc. Cherchez-le :
Manivelle, Miette, Mandibule, Mouillette, Massachussette, Cassoulette, Canicule, Crapouillette, Particule, Blériotte, Anisette, Frisquette, Spatule, Gogolette, Poubelle, Côtelette, Obsolette, Andromaque, Houpette, Infarctule, Saint Thomas d’Aquin, Pompette, Clopinette, Trompette, @&ù£µµ@£, Bidule, Savonnette, Globule, Caramelle, Gamelle , Sanisette, Einstein, Claquette, Rondelle, Raquette, Clavicule, Popeline, Varicelle.

F
Filles
Jehanne, Naphtalène, les bergères, Lili FewFew, toutes les filles de F’Murrr sont craquantes.
C’est parce que je les décris sous leur jour favorable, sans les conséquences discutables de leurs comportements. De toute façon, vus de l’extérieur et de loin, les gens sont toujours plus drôles.

Franquin
Hergé est le meilleur prof si on veut faire de la bande dessinée. Franquin ne peut rien apprendre à personne : il est unique.

G
Grand prix d’Angoulême
Si je l’avais un jour, je le donnerais à un SDF ou à quelqu’un qui en a vraiment envie. En fait,ça implique surtout un an de boulot pour la promotion d’Angoulême. Et puis une fois, j’ai été en compétition avec Hugo Pratt. C’est comme si je l’avais eu. Mais pour tout dire, je n’y pense pas tous les jours.

H
Histoire
Dans Jehanne au pied du mur, F’Murrr déclare avec un certain culot : « Cette nouvelle histoire de Jehanne d’Arc, la bonne Vosgienne, annule toutes les précédentes ». L’histoire officielle est de toute façon très approximative. On trouve des historiens pour considérer les voix de Jehanne d’Arc comme un fait historique. C’est amusant, pour des scientifiques.

I
Inhibition
Une fille me disait : « j’aime bien les mecs inhibés comme toi ». grosso modo, ça voulait dire qu’elle me prenait pour une poire. En général, je laisse faire jusqu’au jour où c’est trop. Mais le plus rigolo, c’est que les gens comme ça sont très malheureux quand leur truc ne marche plus. Ils t’en veulent.

J
Japon
Ce que j’aime dans l’art japonais, c’est la perfection d’exécution, la rigueur. Ca ne bave pas ! Tout le monde devrait lire L’Eloge de l’ombre de, de Tanizaki. Il dit entre autres que ce qui fait la valeur d’un objet, c’est l’ombre qui l’entoure.

Journalisme
Le problème essentiel de ce métier : quand l’informateur suggère, le journaliste affirme.

K
Krazy Kat
C’est graphiquement superbe, d’un équilibre souverain. Mais ça sort du cadre BD, c’est du domaine de la poésie. Et pendant 30 ans, jusqu’à sa mort, Georges Herriman a connu les conditions idéales – un éditeur (William Randolph Hearst, le Citizen Kane d’Orson Welles) qui lui a dit, en gros : « Faites ce que vous voulez, aussi longtemps que vous voulez. »

L
Laxness
J’aime bien les écrivains scandinaves : Laxness, par exemple, c’est à se rouler par terre. C’est l’humour du désespoir, dans le dénuement le plus complet. Et aussi Lawrence Sterne, le roi de la digression. A la fin de Tristam Shandy, un bouquin énorme, il est tellement parti dans tous les sens qu’il en est toujours à raconter la première journée de son héros sur cette terre.

M
Marge
Ce qui est intéressant chez les scientifiques, c’est que beaucoup de leurs découvertes se font en marge, accidentellement : en cherchant un truc, ils en trouvent un autre parce qu’ils ont fait une erreur quelque part, la pénicilline, par exemple.

N
Normes européennes
L’Europe n’est sûrement pas en train de se construire comme certains l’espéraient. On va seulement devenir tributaires d’une nouvelle puissance invisible qui va nous imposer des normes destructrices. Ca va être l’occasion de liquider quelques acquis sociaux et de gommer tout ce qui dépasse.

O
Oxygène
Je me sens bien là où il n’y a pas de bagnoles. Mais j’aimerais mieux me sentir bien en ville : je suis né à Paris et j’ai besoin d’une atmosphère qui bouge. Je trouve l’idée de l’île déserte plutôt pénible.

P
Poubelles
Les choux gras de l’archéologie, c’est les poubelles. On a fait une grande fouille dans l’île de la cité et on a retrouvé tout ce que les gens avaient jeté parce que c’était cassé. C’est les poubelles qui retracent l’histoire.

Psys
Si j’étais parano, je dirais que les psys sont des flics : toujours en train de guetter le moindre lapsus.

Q
Quincaillerie
J’adore les quincailleries, pour le côté marché aux puces. J’ai envie d’acheter tous ces trucs avec lesquels on est censé fabriquer des objets. Je suis bricoleur quand il faut, mais pas très adroit. Comme tous les vrais bricoleurs, qui veulent fabriquer des choses ou les démonter « pour voir » et qui cassent tout.

R
Ridicule
Le ridicule n’existe pas en soi, c’est un truc social. C’est très différent du grotesque, qui est une forme de comique outré, avec quelque chose de monstrueux mais intéressant. Le ridicule n’existe que par le regard des gens, quand l’ironie gratuite leur tient lieu d’humour et d’intelligence. En humour, je déteste la dérision. Quand je fais les Alpages, je les fais sérieusement.

S
Simplicité biblique
L’absence de frime et de ficelles dans le dessin, c’est des années d’expérience. (Corto Maltese), par exemple.) Pour arriver à cette simplicité, l’idéal, c’est d’être à la bourre. Si on a le temps, on en fait trop parce qu’on a peur de ne pas en faire assez, de voler le lecteur.

T
Tout-public
Le chien s’énerve : c’est le quinzième éditeur qui lui renvoie son pattuscript, jugé, trop créatif ». Athanase lui conseille de faire du « tout-public ».
Dans la BD comme ailleurs, c’est ce qui pousse à côté qui est intéressant. Ce sont les accidents, les perversions, qui font avancer les choses. Mais les éditeurs n’imaginent que ce qu’ils connaissent déjà. Alors dans le doute, ils font du « tout-public ».

U
Uniforme
Quand j’étais petit, comme tous les gamins, j’étais séduit par l’uniforme – les soldats de l’Empire surtout. Maintenant, je trouve ça indécent. Quand je vois dans les gares, des gens en uniformes avec des armes, j’ai l’impression que Paris est occupé.

V
Visiteurs
Sur les Alpage, on rencontre de tout : un ange avec une crampe à l’aile droite, le Petit Prince, un troupeau de girafes vexées, Roland qui a paumé son Olifan, son Charlemagne, son chemin et sa Durandal ; le voyageur de commerce péruvien Ludovico Triguano (décédé), un nain de jardin, un Esquimau qui cherche son phoque, le phoque en question, une belle brune et une jolie rousse, un gnou (un chou et un hibou), et même un raton-vapeur.
Commentaire de l’auteur : il faut bien renouveler l’atmosphère.

W
Wagon
Le train me plaît bien pour travailler, et les bistrots aussi. Chez moi, il y a trop d’objets connus. Ca me perturbe. Je me concentre mieux sur un territoire étranger. Avant, j’aimais bien arriver pile au moment où le train démarrait et grimper dans le dernier wagon. Maintenant, avec les portes automatiques, on est coincé, comme dans un avion.

X
Xylographie
J’aime beaucoup la gravure sur bois, mais ça demande une vraie dextérité que je n’ai pas. Je le regrette. Ce qui m’intéresse, c’est le travail en série, avec les accidents de hasard de la reproduction. Et dans la BD, c’est l’objet imprimé, pas le dessin original.

Y
Yin-Yang
Le yin, c’est la passivité, Le Yang, c’est le mouvement. Les brebis naviguent aux deux extrêmes du yin et du yang – de l’avachissement à la frénésie.
C’est le principe de base : situ as un blanc, tu as forcément un noir. Je n’aime pas les partisans du gris. Et les gens qui se veulent tout blancs sans la moindre trace de noir en arrivent au terrorisme moral.

Z
Zizanie
Parano, mauvaise foi, hystérie, scène de ménage, crises et zizanie sont le quotidien des alpages.
C’est le ressort de beaucoup de comédies. Quand l’ordre dérape, tout le monde perd le contrôle et se met à dire des choses invraisemblables. Ca m’amuse beaucoup. Et plus il y a de monde, plus c’est drôle.

mardi, 28 septembre 2004

F'Murrr au Sommet

Interview de F'Murrr (chez Dargaud - Juin 2004) par François Le Bescond.

LaineRené Goscinny lui a dit “oui” en 1971. Devenu à la fois un familier et un pilier de Pilote, F’murrr a distillé son humour – un mélange de dérision, de non-sens et d’esprit – dans les pages de ce journal qui s’amusait à réfléchir et qui s’amuse aujourd’hui à revenir. Après cinq années de disette sans Génie des alpages, voilà que l’auteur nous propose enfin son treizième album intitulé Cheptel maudit. Forcément....

Lire la suite "F'Murrr au Sommet " »

vendredi, 24 septembre 2004

F’murrr : «Un poulet s’enrhume à Saïgon et la planète panique»

Romuald11_1F’murrr a les sourcils aussi broussailleux que la lande alpine qu’il dessine depuis trente ans. Alors que l’on s’attend à rencontrer un créateur bougon, on se retrouve face au plus charmant des hommes.

L’auteur du Génie des alpages, cette bande dessinée décalée, parodique et absurde, mettant en scène un berger et son troupeau de brebis, créée pour le journal Pilote en 1973, revient sur le devant de la scène après six ans d’absence.

Avec méthode et lenteur, F’murrr bourre sa pipe et l’on comprend que Cheptel maudit, le treizième volume de cette série non conformiste, aura simplement attendu d’arriver à maturation. Fin observateur des bizarreries de notre société, Richard Peyzaret, alias F’murrr, flotte au-dessus des contingences de notre monde, tout en les épinglant avec humour grâce à ses chères bêtes, menées tant bien que mal par le berger Athanase. Comment l’auteur explique-t-il que ses histoires atteignent, cette fois encore, les cimes du « non-sense » ?

Par Olivier DELCROIX
[09 septembre 2004]

Lire la suite "F’murrr : «Un poulet s’enrhume à Saïgon et la planète panique» " »

Rencontre avec F'Murrr, l'auteur du Génie des Alpages, une série trentenaire et mythique

Signaturefmurrr
Depuis le temps que je posais la question : Pourquoi F'Murrr a t-il rajouté un "r" à ses premières signatures, passant ainsi de F'Murr à F'Murrr et enfin à F'Murrrr ?

J'ai trouvé une réponse dans cette interview de F'Murrr par Joëlle Smets, parue dans Le Soir Magazine du 3 juillet 2004. Voilà une réponse que je m'en vais envoyer à Michèle Baptist, ma prof de parapente, dingue de brebis parmi les dingues de brebis.

L'interview de F'Murrr ...

Lire la suite "Rencontre avec F'Murrr, l'auteur du Génie des Alpages, une série trentenaire et mythique" »

Le Transhumoriste, portrait de F'murrr par Yves Frémion

Yves_frmionYves Frémion, conseiller régional, ancien député européen, écologiste, iconologue, zygomaticien, journaliste, éditeur, écrivain, décrit ici par le menu l'univers surréalisticoloufoque du seul auteur de bande dessinée qui se soit jamais intéressé à la transhumance: F'Murrr

Portrait presque chinois d'un monomaniaque amoureux de L'alpe.

Il ne faut pas prendre son ticket d'entrée dans le F’Murrrpark si l’on n'a pas auparavant renoncé à ce qu'on a appris à récole. La raison n'y résisterait pas. Il faut en effet la disponibilité nécessaire. C'est pourquoi son oeuvre, Le Génie des alpages en particulier, déconcerte. Il s'agit incontestablement d'une œuvre humoristique et pourtant la plupart des épisodes (deux planches en général) ne comportent même pas de gags. Son humour est implicite. Une fois entré dans l'univers f'murrrien, cet humour est acquis. Il est le paysage même de ses histoires, au même titre que l'herbage, non pas décor mais tapis sur lequel tout se passe. Aussi, une fois admis ce principe, rien ne surprend plus. On est happé, on est dedans, cet humour est notre paysage comme celui des personnages. On est littéralement alpagué....


Lire la suite "Le Transhumoriste, portrait de F'murrr par Yves Frémion" »

Interview de F'Murrr dans les Cahiers de la Bande Dessinée

Douze ans après l'arrêt des célèbres Cahiers de la Bande Dessinée, les revoilà qui reviennent sous la direction de Henri Filippini. C'est Régis Loisel qui a les honneurs de cette nouvelle formule.

Après le retour de Pilote l'été dernier ( dont on sait toujours pas s'il sera suivi d'une publication régulière ) et celui de Pif Gadget en juin 2004, c'est au tour des Cahiers de la Bande Dessinée de revenir à la vie.

Lancé en 1970 par Jacques Glénat, les cahiers s'étaient forgés une solide réputation grâce à la qualité et l'exhaustivité de leur dossiers. Mais la crise qui frappa l'industrie du neuvième art au début des années 90 ne les épargna pas et ils disparurent en 1992. On les pensait voués à l'oubli mais c'était compter sans la relance du marché et la volonté d'Henri Filippini qui faisait parti des collaborateurs de l'époque. (© Loisel - Vents d\'Ouest)

Le numéro 60 des Cahiers était consacré en partie à F'Murrr : des extraits ...

Lire la suite "Interview de F'Murrr dans les Cahiers de la Bande Dessinée" »

Pourquoi ce blog consacré au Génie des Alpages ?

Bdm01Fana depuis le début de la série "Le Génie des alpages", j'ai voulu regrouper sur mon blog tout ce que je trouve sur F'Murrr et sur sa série culte. Vous trouverez ici : le portrait de F'Murrr, sa biographie, des interviews de F'Murrr, des articles de presse, des commentaires, le nom de tous les personnages qui interviennent dans la BD, mais aussi le détail des histoires présentes album par album, ...

J'habite bien loin de la Drôme, mais j'y vais le plus souvent possible. C'est là que vit Richard Peyzaret dit F'Murrr. Moi j'y vais pour y faire du parapente, pour me promener sur le Vercors, pour la Clairette et pour y voir des amis.

Bonne lecture !