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mars 2005

29 mars 2005

L'Etoile du berger, la tête dans les étoiles

L'Etoile du berger

Tout a commencé par une des plus célèbres pages de la Bible, avant le baptême d’une étoile qui est en fait une planète.

Pendant des siècles, beaucoup de légendes et de mythes ont suivi autour des bergers et des astres, jusqu’à une chanson très populaire de Sheila ! L'été passé, Vénus est passée devant le soleil et Jean Soldà, berger provençal poète, a attentivement suivi la magnifique apparition d’une de ses « compagnes ».

Ce sont nos compagnes

Jean_solda_etoile_berger Je ne manque pas une nuit pour les observer. Et en particulier notre Reine, Vénus, l'étoile du berger, c’était elle qui domine toutes les autres. » A 87 ans, les yeux bleus de Jean Soldà brillent au bonheur d’évoquer celles qui l’ont accompagné avec ses bêtes et « protégé », mais sans superstition, pendant plus d’un demi-siècle. Le bel accent du vieil homme se souvient de ce « parapluie de nuit, sur les pelouses, dans la montagne, avec la cape, la tête en l’air ».

Très vif, le berger né à Aubagne raconte même son unique pluie d’étoiles « vers 1934, 1935 » : « à partir de 10h du soir, y’a eu un défilé formidable dans le ciel. On arrivait plus à les compter tellement ça allait vite. » La voix qui chante, Jean Soldà parle du beau temps qu’annoncent les étoiles « bien brillantes ».

Celui qui a vécu sa première transhumance à 13 ans s’est laissé inspiré par ces moments à part. Poète, il a notamment écrit en 1965 dans Le berger et le cosmos : « Tous les bergers de notre temps connaissent depuis fort longtemps la vie de toutes les planètes se promenant sur notre tête, car dans l’histoire du cosmos, nous en savons plus que les forts. Dans la chimie et dans la science, il leur manque trop d’expérience, à comparer à nos calculs, étudiés dans la nature».

Tout près d’une cloche qui guidait son troupeau de 1500 brebis et avant de sortir une photo de traditionnelle pastorale provençale, Jean Soldà conclut qu’ « il faut le vivre pour l’expliquer ». Lui qui demande d’abord qu’on l’appelle « berger, avant Monsieur ».

Une complicité biblique

Depuis le fameux épisode de la nativité, étoiles et bergers sont associés. Selon l’Evangile de Saint-Luc, un ange apparaît à quelques uns tout simplement pour leur annoncer la naissance du Christ. Jésuite et professeur à l'Université Pontificale Grégorienne à Rome, Roland Meynet a commenté en 2001 ce symbole : « le maître du ciel envoie son ange non pas à César Auguste, ni à Quirinius, ni même à Marie et Joseph, mais à des bergers sans nom. Les gentils pastoureaux de nos crèches ne doivent pas masquer le peu d’estime dans laquelle ils étaient tenus à l’époque. Vivant avec leurs troupeaux, ils n’étaient pas mieux considérés que leurs bêtes. Les sédentaires se méfiaient de cette racaille qu’ils regardaient comme des voleurs et des menteurs — à l’instar des nomades que nous connaissons encore en Europe — ; tant et si bien qu’ils n’étaient pas admis à témoigner devant les tribunaux.» Par ailleurs, la figure du berger est omniprésente dans la Bible, dès l'Ancien testament où Dieu est souvent comparé à un bon berger et les croyants à des brebis. Le peuple est le troupeau.

Un Kalendrier renommé

Venus_etoile_bergerSpécialiste des bergers à l’Université de Provence, Guillaume Lebaudy évoque de nombreux liens créés ensuite dans l’Histoire entre étoiles et bergers.

A commencer à la fin du XVème siècle par ’’le Kalendrier (et Compost) des Bergers’’, un des premiers textes astrologiques de langue française jamais imprimés, de caractère plutôt populaire et d’une grande richesse iconographique, et qui a fondé selon l’ethnologue un plus des plus forts clichés en la matière. Guillaume Lebaudy parle d’ «un fantasme d’urbain, déjà à l’époque» et dénonce l’image de sorcier ou de détenteur de pouvoirs qu’ont pu ensuite généré d’autres textes. L’auteur d’une conférence sur « Le ciel des bergers » estime qu’ « ils ont une certaine connivence avec la nuit et les étoiles font vraiment partie de leur monde mais ce ne sont ni des astronomes ni des astrologues ». Mais Guillaume Lebaudy souligne un lien particulier, par l’intermédiaire de signes et de symboles : « ils marquent beaucoup leurs bêtes, ils gravent beaucoup de symboles cosmiques pour protéger leurs bêtes du mauvais œil ». Chez Jean Soldà, trône d’ailleurs une magnifique cloche de chèvre du Rove gravée d’une lune et d’une étoile.

Poésie ou littérature

Poésie ou littérature ont souvent mêlé ces deux mondes intimement liés et très intrigants car connectés à la nuit, à la solitude ou à une nature pour certains mystérieuses. En Provence particulièrement, des légendes populaires aux textes de Jean Giono ou de Frédéric Mistral.

Guillaume Lebaudy affirme dans sa conférence que « le berger est gardien de la nuit, comme il est le gardien de son troupeau. Il est celui qui veille alors que les hommes sont endormis, il veille sur l¹envers des choses. Et de citer le berger écrivain Elian-Jean Finbert, dans Provence pastorale et transhumance (Horizons de France, 1956) : « Et la voie lactée se traîne lentement, en glissant sur la face du ciel, gigantesque troupeau qui, selon un ordre que lui seul se connaît et lui suffit, s'est mis en route et chemine depuis des millénaires, en broutant les herbes célestes. Et ne suis-je pas le berger qui en a la garde et le conduit selon la discipline que j’observe pour guider mes bêtes sur la terre ? Les étoiles sont là rassemblées comme mes brebis (...); elles vont et viennent, d’un bout à l’autre de l’étendue. Le matin, elles sont là-bas, et le soir du lendemain, elles reprennent leur place. Voici le Taureau et L'Oeil du bélier, les Trois rois, le Petit Char et d¹autres encore. Et je donne aussi à mes bêtes des noms qui resplendissent dans ma mémoire comme des étoiles ».

Source Radio France

Ecoutez

celà vaut la peine ...

  • Le vieux berger et les étoiles Portrait de Jean Soldà par Eric Chaverou
  • Le berger et le cosmos Jean Soldà lit son poème, écrit le 6 août 1965.
  • La Pastorale est une ancienne tradition de fin d'année en Provence, à laquelle a longtemps participé Jean Soldà...
    Les bergers et les étoiles. Ethnologue à l'Université de Provence, Guillaume Lebaudy a longuement étudié les bergers. Il décrit à Eric Chaverou leurs rapports aux astres, y compris par les symboles, notamment sur les colliers de bois des bêtes...
  • Les bergers et les étoiles. Ethnologue à l'Université de Provence, Guillaume Lebaudy a longuement étudié les bergers. Il décrit à Eric Chaverou leurs rapports aux astres, y compris par les symboles, notamment sur les colliers de bois des bêtes...
  • Quelques clichés. Guillaume Lebaudy détaille certaines fausses idées, souvent anciennes, sur les bergers et les étoiles...
  • Vénus Express : c'est la sonde européenne qui devrait explorer à la fin de l'année Vénus, appelée à tort l'étoile du Berger. Les explications de Bruno Rougier pour France Info (8/06)...

Merci à Radio France

L'agneau qui ne voulait pas être un mouton

Agneau_mouton_1 En dignes successeurs de La Fontaine, Didier Jean et Zad nous livrent une fable très réussie sur la résistance et la solidarité.

Dans le troupeau, tous les moutons passent la journée à brouter, la tête baissée. Normal, c'est des moutons. Quand le loup dévore le premier mouton, personne ne s'en émeut: c'était un mouton malade. Quand le loup revient et emporte un mouton noir, personne ne bronche car celui-là, ils ne l'aimaient pas trop, parce que c'était un mouton noir. Le loup est content et revient manger un mouton à trois pattes, autrement dit un faible, le troupeau reste de marbre.Mais lorsque le loup s'attaque au bélier, chacun commence à craindre pour lui-même.

Il faudra le courage d'un agneau pour que le troupeau entier relève la tête et se décide à combattre le loup. Didier Jean et Zad touchent droit au but avec cet album, qui illustre le sens imagé de l'expression "être un mouton", tout est simple et limpide et on se passe de grands discours explicatifs.

En guise d'épilogue, le texte dont on ne connaît pas exactement l'auteur, qui commence ainsi: "quand ils sont venus chercher les juifs, je n'ai rien dit car je n'étais pas juif…". Un album intelligent, qui redonne toute leur portée aux mots "solidarité" et "résistance", mais où le loup garde son rôle habituel ...

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26 mars 2005

Suisse: première photo d'un loup dans le Tessin

Un loup a été photographié lundi pour la première fois dans le canton du Tessin alors que l'animal revenait se nourrir sur la carcasse d'un faon qui avait été attaqué la veille. L'appareil photo automatique a été installé par l'Office tessinois de la chasse pour essayer de le prendre enfin en photo. L'animal ne s'est rendu compte de rien et le déclencheur a fonctionné. 

Le centre qui gère différents projet sur l’écologie des carnivores (loups et lynx) dans le paysage exploité et sur leur cohabitation avec l’homme a publié l'info sur son site Internet, mais pas encore de photo. La tâche du programme KORA est de fournir des bases de travail scientifiques pour trouver des solutions réalisables à des problèmes actuels en relation avec la conservation ou la gestion des prédateurs.

Entre décembre 2003 et janvier 2004, un loup provenant d'Italie avait tué cinq chèvres dans la même vallée. En 2004, une vingtaine de moutons et de chèvres avaient été les victimes d'un ou de plusieurs loups en Léventine et dans le Val Bedretto. Mais il n'a pas été prouvé qu'il s'agissait du même animal.

La première apparition d'un loup italien en Suisse remonte à 1995, en Valais. Des cas isolés ont ensuite été signalés en Valais toujours, aux Grisons et dans la région tessinoise qui jouxte le Piémont.

Pastoralisme et consultance

Un berger faisait paître son troupeau au fin fond d'une estive, quand, d'un nuage de poussière, surgit une rutillante Range Rover venant dans sa direction. Le chauffeur, un jeune homme dans un complet Armani, chaussures Gucci, verres fumés RAy Ban et cravate Hermès, se penche par la fenêtre et demande au berger :
- Si je peux vous dire exactement combien de moutons il y a dans votre troupeau, m'en donnerez-vous un ?

Le berger regarde le jeune homme, puis son troupeau broutant paisiblement, répond simplement : "Certainement".

L'homme gare sa voiture, ouvre son ordinateur portable, le branche à son téléphone cellulaire, navigue sur internet vers la page de la NASA, communique avec un système de navigation par satellite, balaie la région, ouvre une base de données et quelques 30 fichiers Excel aux formes complexes ; finalement, il sort un rapport détaillé d'une dizaine de pages de son imprimante miniaturisée et s'adresse au berger en disant :
- Vous avez exactement 1586 moutons dans votre troupeau.
- C'est excat, dit le berger. Et comme nous l'avions convenu, prenez-en un.
Il regarde le jeune homme faire son choix et expédier sa prise à l'arrière de son véhicule, puis il ajoute :
- Si je devine avec précision ce que vous faites comme métier, me rendrez-vous mon mouton ?
- Pourquoi pas ? répondit l'autre.
- Vous êtes ingénieur, consultant et vous faites des audits, dit le berger
- Vous avez parfaitement raison, comment avez-vous deviné ?
- C'est facile. Vous débarquez ici alors que personne ne vous l'a demandé! Vous voulez etre payé pour avoir répondu à une question dont je connais la réponse et manifestement, vous ne connaissez absolument rien à mon métier. Maintenant, rendez-moi mon chien. Allez viens le chien!

Cap Ours : Des propositions pour revaloriser l'économie des Pyrénées

Dans le cadre du dossier de concertation, CAP Ours a écrit une lettre de au ministre de l’agriculture Dominique BUSSEREAU concernant les mesures de revalorisation de l’économie montagnarde et du pastoralisme du massif pyrénéen.

Propositions de CAP Ours

Des aides pour toutes les exploitations

  • RuchesLes exploitations pastorales ne représentent que 35 % des exploitations pyrénéennes, CAP ours trouve qu’il est  important que des mesures puissent accompagner les autres exploitations agricoles.
  • Les apiculteurs de montagne ont aussi des contraintes liées à leur implantation, et la présence de l’ours oblige à une protection supplémentaire des ruchers.

Simplification des démarches administratives

  • La complexité actuelle des différentes mesures de soutien au pastoralisme crée des écarts importants entre les départements. L’harmonisation doit se faire vers le haut pour faciliter l’acceptation par les éleveurs et les autres agriculteurs du retour des prédateurs.
  • Le seul zonage acceptable pour l’ensemble des mesures, en particulier des aides spécifiquement liées à la protection des troupeaux (clôtures, chiens, gardiennage, cabanes...), doit être le massif. L’expérience des réintroductions précédentes, l’exemple du retour naturel du loup dans les Alpes (à anticiper pour les Pyrénées) montrent que les animaux sauvages ne tiennent pas comptent des limites administratives que nous fixons.
  • Il faut simplifier les démarches administratives (traçabilité, police sanitaire, déclaration de mouvement des troupeaux, déclaration de naissance, pertes de boucles) à la réalité de l’estive.

Ours et Pastoralisme

  • Outre les aides qui permettraient aux éleveurs d’employer des bergers sans surcoût prohibitif, il convient de travailler plus en amont sur la formation des divers acteurs (bergers, éleveurs), sur le logement des bergers en altitude et la construction de cabanes et abris adaptés aux estives. Les bergers doivent participer à leur définition et leur mise en place
  • Les mesures d’aide à l’embauche des bergers ne doivent pas faire référence uniquement au nombre de bêtes. Il faut prévoir des dérogations pour les montagnes difficiles, où garder plus de 500 à 600 bêtes peut être un maximum.
  • Il faut rechercher des mesures qui favoriseraient et le regroupement des petits troupeaux pour permettre leur gardiennage (moins de 100 ovins).
  • Il est incontestable que la présence de prédateurs sauvages constitue un handicap naturel supplémentaire demandant aux éleveurs un surcoût d’aménagement, de travail et de stress qui n’est pas complètement pris en compte. Cap Ours est favorable à une revalorisation des ICHN (aides) pour les zones de montagne et haute montagne du Massif ou à la création d’un complément ICHN prédateurs.
  • L’aide aux plus petits projets doit être possible, et il semble nécessaire dans tous les cas de comptabiliser dans l’investissement le temps passé pour l’auto construction. Des mesures qui permettraient de vraies installations progressives, notamment pour les bergers, car cette activité est souvent un premier pas avant l’installation, sont nécessaires.

Ours et valorisation des produits

  • L’aide apportée à la valorisation des produits doit s’articuler avec l’ensemble des aides à la revalorisation de l’économie montagnarde des Pyrénées. Les marques utilisant l’ours comme élément commercial (le fromage Pé Descaous, le Broutard du pays de l’ours) cherchent un maximum de cohérence entre un produit et les modes de gestion des troupeaux et de l’environnement. Répondre à travers les productions aux attentes sociales et environnementales de la société de proximité, est probablement une véritable solution économique.

Ours et Forêt

  • L’ours est un animal essentiellement forestier. On sait que la conduite des exploitations forestières peut causer de nombreux dérangements et détruire le milieu de vie de ces animaux. Il ne serait pas logique d’un côté de réintroduire des ours et de l’autre de ne pas mettre en place de nouvelles règles d’intervention en forêt afin de tenir compte de la présence d’ours ou d’autres espèces (coq de bruyère notamment).
  • Une importante réforme des soutiens à l’exploitation forestière doit être mise en œuvre, l’aide apportée pour la construction des routes doit pouvoir être apportée dans son intégralité pour les autres formes d’exploitation forestière (câble, traction animale).

Lire le contenu intégral de la lettre de CAP-Ours au ministre de l'Agricultrure sur le site de FERUS.

Quartz connexion

Les gendarmes de l'Isère ont mis fin à l'activité de cristalliers isérois qui extrayaient illégalement, depuis une vingtaine d'années, des cristaux de roche dans d'anciennes mines et ils ont saisi plusieurs tonnes de quartz, a indiqué vendredi le parquet.

Neuf personnes ont été interpellées mercredi. Six d'entre elles, notamment des acheteurs de minéraux, ont été remises en liberté jeudi.

Quartz Trois cristalliers, qui creusaient la montagne à l'explosif, ont été présentés au juge vendredi et mis en examen pour "infractions au code minier, infraction au code de l'environnement, travail dissimulé et non déclaré et infraction à la législation sur les explosifs", puis remis en liberté. Ils encourent des peines allant jusqu'à cinq ans de prison et des amendes.

Lors d'une conférence de presse, les gendarmes ont montré des photos des sites pillés, dans les montagnes de l'Oisans et du Vercors. "Le volume de minéraux saisis est si important chez certains collectionneurs que nous avons renoncé à transporter les caisses à la gendarmerie et que nous avons tout regroupé dans une pièce de la maison en posant des scellés sur la porte", a expliqué le capitaine Vincent Corbel, qui dirige la compagnie de La Mure (Isère).

Des explosifs faits maison, 200 détonateurs, 15 bâtons de dynamite, des tonnes de quartz d'une valeur allant de 100.000 à 200.000 euros, des marteaux-piqueurs ont été saisis. "Ce n'est pas du grand banditisme", a précisé le parquet, "mais il est illégal de ramasser des minéraux dans un terrain qui appartient à l'Etat, l'utilisation et la détention d'explosifs obéissent à des règles strictes et l'extraction de ces roches alimentait l'économie souterraine".

"Ces gens, jamais condamnés, appartiennent à un petit monde de passionnés, un peu comme les collectionneurs de tableaux. Il y avait parmi eux deux titulaires de diplômes en géologie. Chez certains, il y a des cristaux dans toutes les pièces. Ils extraient, vendent, achètent entre passionnés des quartz dont le prix peut monter jusqu'à 15.000 où 20.000 euros", explique l'adjudant Patrice Thierry, porte-parole de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, une unité spécialisée créée en juin 2004.

Les cristalliers travaillaient dans une vingtaine de sites du Vercors et de l'Oisans, notamment dans l'ancienne mine d'or de la Gardette, au dessus de Bourg d'Oisans, fermée en 1969, d'où ont été extraits les cristaux ornant les lustres de la galerie des glaces du château de Versailles. "Dans un site du Vercors, ils avaient installé des rails et des wagonnets pour extraire les minéraux", a expliqué le capitaine Corbel.

La justice a traité peu d'affaires de cristalliers au cours des vingt dernières années dans les Alpes. En 1993, la Cour de cassation a confirmé une peine de 2.000 francs d'amende pour "dégradation de site classé" infligée à chaque membre d'un groupe de cristalliers, qui avait extrait une tonne de cristaux dans le massif du Mont-Blanc. En 1994, deux cristalliers qui avaient stocké 180 kilos de dynamite sur leur balcon, dans un quartier HLM de Grenoble, avaient été condamnés à un an de prison avec sursis et à des amendes. Les artificiers avaient dû évacuer le quartier pour enlever l'explosif.
(Source AFP)

24 mars 2005

L’ovinosophie, voie du milieu ?

Le débat pastoral est aujourd’hui entièrement phagocyté par la question du loup

Zen ... et le pastoralisme, véritable expérience de la terre, semble remis en cause, désincarné voire spolié de la substance et de la vivacité qu’il serait encore capable d’offrir à nos contemporains comme nourriture du corps, de l’âme et de l’esprit. C’est pourquoi des artistes, des agronomes, des chercheurs en sciences humaines et naturelles souhaitent confronter leurs approches, explorer d’autres rivages cognitifs et sensitifs pour proposer une ou des alternatives intellectuelles et culturelles à un pastoralisme qui se cantonne  à des soucis de production, des conflits d’usage, des enjeux environnementaux, des mobiles folkloriques et à l’écran de fumée médiatique de la lutte entre pro et anti-loup.

La diagonale de la sagesse

L’objectif consiste à trouver la « diagonale » qui, sans éluder et gommer les attentes productivistes et économiques des acteurs du pastoralisme, les amène à trouver une autre posture face à ses problématiques de lien au vivant et de lien à la matière, au temps et à l’espace. Cet humanisme, au sens d’une formation de l’esprit humain par la culture pastorale, a pris le nom d’ovinosophie. C’est une éthique qui se traduit par des actes poétiques, artistiques et intellectuels et surtout par une forme de pensée qui ramène l’homme à l’Etendue en tant que « nature réelle du corps, le nôtre comme celui de la terre » (Georges Amar). Inspirée par la géopoétique, l’ovinosophie s’en distingue par le lien privilégié qu’elle noue avec l’animal et le « déplacement de pente » qu’il occasionne par delà les terres et par delà les hommes. Cette poétique se veut une alternative et un pré-texte à notre manière de penser notre rapport au monde ; un rapport mesuré, mais jubilatoire : une sagesse.

Vers l’impasse

Le débat pastoral est entièrement phagocyté par la question du loup : les points de vue techniques sur l’élevage ovin sont brouillés par la prédation, les politiques de développement de ce même élevage le sont également, et oserai-je parler de la suspicion ambiante qui cautionne les interprétations, étiquette les individus, conduit à des non-dits qui plongent la dynamique pastorale dans une léthargie troublante.

« N’être ni pour ni contre, c’est être pour » chez certains, et l’inverse chez les autres. Il est plus facile de crier à l’incapacité de se positionner que de s’interroger sur le rôle de l’intellectuel dans la société pastorale : c’est sa capacité à élaborer et développer des potentialités alternatives dans sa propre culture, à prendre du champ, du recul, à ne pas fusionner avec la problématique lorsque lui-même est partie prenante ; quelques bergers sont parvenus à cette démarche de fond en devenant des porte-parole d’un « devoir être », ont été soutenus par des institutions pastorales et environnementales, mais pas suffisamment pour  parvenir à garder leur cap sur la durée.

Le pastoralisme est devenu une « matière », un sujet technique, qui existe en tant qu’institution parce qu’il se positionne dans un domaine susceptible d’offrir à ses acteurs des réponses techniques aux problèmes qu’ils se posent. Soit, mais la difficulté réside dans le fait que cette perspective obère totalement les autres interprétations possibles du pastoralisme et vide la relation homme animal territoire de sa temporalité, de sa substance et de son sens : l’approche ethnologique est le plus souvent reléguée dans le folklorisme et utilisée comme telle, l’approche environnementale parvenait à se frayer une place avant que le gouvernement actuel ne sape les CTE quant à l’entrée poétique, laissez la croupir dans les avatars de la solitude bergère, au même titre que l’art des bergers qu’il soit rupestre, xylographique ou paysager !

Le pastoralisme se meurt-il pour autant ? Non, il a toute sa capacité à exister dans le domaine technique qui lui revient. Ce domaine est sous l’emprise de la profession agricole ce qui est a priori normal puisque l’activité d’élevage se veut une activité de production de biens alimentaires et de fibres. Néanmoins, le pastoralisme ne produit pas que des biens agricoles et la question de la mainmise quasi systématique des aménités pastorales par les OPA est à poser.

Vers l’interprétation

Que fait un berger ? Il garde dit-on ; il garde des animaux, de l’herbe, et bien d’autres choses finalement…  Mais qu’est-ce que garder ? Etymologiquement, garder c’est veiller, prendre garde. Mais, dans cette relation Homme – Animal – Espace, je peux m’interroger sur qui garde qui, car chacun garde l’autre, et chacun se garde de l’autre.

Je peux également m’interroger sur le «qui mange qui » dans la mesure où, en apparence, dans cette trilogie séculaire ou millénaire, l’herbe reste alors que les troupeaux et les bergers ne font que passer.

Dans la terminologie pastorale, il existe un terme qui englobe presque toute l’activité du berger dans sa relation à ses congénères animales et végétales. Il est dit d’un berger qu’il gouverne.

De gardeur il est possible de passer à la notion de gouvernant, de gouverneur voire de gouvernail et, pourquoi pas, de cybernétique, science constituée par l’ensemble des théories relatives au contrôle et à la communication.

« Gouverner c’est prévoir » dit l’adage et là est la force du berger, anticiper le mouvement, l’annoncer, l’inviter à… C’est-à-dire que lorsque le berger gouverne, il utilise la capacité et l’inertie du troupeau pour gérer l’herbe qu’il a à entretenir. Derrière le terme gouverner, il y a une notion de liberté contrôlée que l’on peut distinguer finalement de la garde à vue (qui sous-entend séquestration, détention… Attention, l’idée de liberté contrôlée n’interdit ni les brimades ni les vexations ; la domestication est une bride sur le coup de l’animal pour qu’il s’inscrive dans le domos)

L’anticipation du berger tient de l’intuition et intuiter vient de in-tuitere qui veut dire regarder attentivement vers l’intérieur, garder l’œil sur, protéger : la notion d’œil est capitale dans la fonction de berger puisqu’il a l’œil sur tout d’où cette caractéristique qu’est l’œil du berger. « L’intuition, ce pouvoir formidable, se compose d’une vision intérieure, d’une écoute intérieure, d’une connaissance intérieure, du fait de sentir de l’intérieur, et le tout se fait à la vitesse de l’éclair. »  (C. Pinkola Estés – p. 120).

D’intuiter, on peut dériver sur des mots comme tuteur qui évidemment ramène à l’image du berger à « bâton planté » où sa silhouette donne l’impression d’être posée contre ou retenu par un tuteur. Mais tuteur c’est aussi la personne qui protège, qui gère les biens de celui sur lequel il veille.

Le berger, en tant que gouvernant, fait plus que veiller. Si« le roi règne et ne gouverne pas », le berger gouverne et ne règne pas ce qui fait que dans les textes sacrés, le berger est toujours aux côtés des rois et des mages. En effet, le mot gouverner sous entend administrer, régir, diriger la conduite de quelque chose ou de quelqu’un ; ce terme montre que la fonction du berger est très large et ne se suffit pas à cette simple vision de celui ou de celle qui garde, qui campe, qui conduit, qui large… etc.

Là, j’interprète et interpréter, c’est expliquer, c’est commenter, gloser, voire travestir. Mais c’est aussi jouer, exécuter et finalement re-créer.

Vers le sensible

Parlons de l’érotique de la terre, de celle qui « conjoint indissolublement connaissance et amour, savoir et saveur, logos et éros » (Georges Amar), de cette érotique qui fait que celui qui l’aime est elle, que celui qui la parcourt semble plutôt se répandre en elle…

Penser à elle mais pas au sens environnemental ou écolo du terme, mais bien physiquement, mentalement, indubitablement, sûrement et littéralement au sens d’une véritable pédagogie à l’amour, au sens d’un véritable langage.

Ce n’est pas un concept flou, à rejeter de facto dans les limbes du sensible – même si le sensible n’est pas forcément du domaine du flou - mais un concept qui prend corps à l’heure où notre langue désincarne, dé-substantifie et dématérialise le sens même de la terre, dans ce qu’elle produit en matière et en pensée. Retrouver ce sens premier de la terre, ce sens de substance universelle est un acte ni mystique, ni farfelu, mais poétique dans le sens d’une attitude syncrétique et érotique à l’égard du monde et dans les sens de la manière dont l’homme compose le monde. Le pastoralisme ne se dissocie pas de la terre ; il est terre car il touche à la notion d’étendue qui peut s’interpréter comme le lien commun qui unit le corps et la terre (Spinoza).

Parce que celui ou celle qui a connu ces instants uniques, intimes voire sensuels où berger, troupeau et alpage semblent s’accorder à l’unisson, est en mesure de comprendre toute la portée de la question pastorale. L’animal procède de notre altérité ; il nous renvoie à notre animalité et donc à notre propre humanité.

Mais là aussi, qu’avons-nous fait du domestique ruminant ? Un outil de production qui se compte en UF, UGB, jbp, nombre de kilos, nombre de litres voire en élément constructeur d’unité paysagère. Vaches et brebis sont devenues des outils corvéables et modifiables à merci, par des actes mécaniques et génétiques sensés faciliter le travail de l’éleveur et accroître ses revenus. Le travail de Jocelyne Porcher montre cependant la permanence de la relation affective qui unit l’éleveur à son animal, et ce malgré les effectifs et les vitesses de rotation des lots dans les exploitations. Mais le lien sensible à l’animal, le lien d’amour, ne se dit pas ou plus, preuve en est la rareté du discours empathique sur l’animal prédaté.

Pourtant, la notion de lien entre soi et l’animal, qu’il soit loup ou brebis, met en exergue l’ensemble des réalités mentales dont l’activité pastorale est porteuse puisqu’elle touche à des valeurs d’ordre culturel, esthétique, symbolique, philosophique voire religieuse. Il est clair que la question pastorale doit permettre à une société de s’interroger sur elle-même, sur ses liens entre nature et culture, entre sauvage et domestique et pourquoi pas entre femme et homme.

Contrepoint : la mètis des bergers, le génie des alpages, l’ovinosophie

L’expérience pastorale procède d’une autre intelligence, plus sensorielle et plus implicite, celle que les grecs nommaient la mètis qui consiste à faire avec les contingences du réel, à ne pas s’y opposer mais en user pour parvenir à ses fins. C’est une intelligence invisible, une intelligence d’immersion avec le milieu et les êtres qui le constituent. Aussi, l’expérience pastorale est-elle singulière et le rapport que nous entretenons avec elle induit un langage particulier, un idiotisme ; autrement dit une véritable alternative à notre manière de penser notre rapport au monde ; un rapport mesuré, mais jubilatoire : une sagesse. L’ovinosophie se donne pour but d’observer, de s’inspirer et de soutenir cette alternative.

Vers un historique de l’ovinosophie ?

L’ovinosophie part du constat simple qu'à force de fréquenter (et contempler en visant à la délectation) les moutons, en plaine ou en montagne, tout individu normalement constitué (mais pas seulement) finit par faire un retour sur lui-même. Il est un fait prouvé que la vision d'un troupeau d'ovins pâturant ouvre un espace mental et physique qui permet apaisement et réflexion, c'est sur cela que se fonde la pratique de l'ovinosophie qui n'est pas une "sagesse ovine" (C. Aira, 1988), mais un humanisme qui fait le détour par cette forme de sagesse.

Il y a peu, les auteurs ovinosophes l’ont défini de la sorte : « l'ovinosophie est une philosophie qui se définit par une extrème attention pour tout ce qui est du domaine de l'ovin (zoologique, géographique, ethnologique, historique, économique, philosophique et esthétique).  Philosophie orgasmique qui exsude l'ovinitude par tous les pores scientifiques et artistiques de chacun, et qui l'alchimise dans une perspective sensible afin de transcender le pastoralisme contemporain et concourir ainsi à son devenir. Sorte d'attachement affectif, sensoriel et intellectuel, de dévouement à l'être vivant ovin, matérialisés par une nécessité de considérer le réel et de vivre son rapport au monde au travers de sa relation à l'ovin, en raison notamment de la sagesse qui en résulte."

L'un des buts de l'ovinosophie, dans un premier temps, était d'explorer la sphère artistique au sens large pour y cerner la figure de l'ovin dans son rapport à l'Art en général. Il s'agissait de savoir quelles idées les artistes pouvaient faire passer à travers la figure et le thème du mouton comme "véhicule" et pré-texte (au sens littéral du terme).

Au premier abord, les formes de l’ovinosophie prennent donc une tournure artistique en se référant à la Pataphysique, à l'OUvroir de LIttérature POtentielle, à certains courants du Surréalisme et à la Géopoétique qui « occupe un champ de convergence potentiel surgi de la science, de la philosophie et de la poésie. » Scientifiquement, l’ovinosophie ne se réclame pas seulement des sciences dures et en appelle aux sciences douces compte tenu du fait que l’expérience pastorale se veut des plus complexes, des plus fluctuantes et des plus aléatoires.

La sensation d’être ouverture

Cependant, étant très proches de la question pastorale, les ovinosophes ne souhaitent pas s’extraire du champ scientifique pour être satellisés dans des sphères marginales susceptibles de disqualifier la valeur des travaux et des recherches qu’ils effectuent à différentes échelles. Leurs connaissances de la question pastorale et leur implication dans des stratégies techniques, cognitives et patrimoniales du pastoralisme leur ont permis de prendre du recul sur la manière dont le pastoralisme est abordé et traité aujourd’hui (1° point). A l’image d’un Kenneth White qui aborde les paysages et leurs interactions avec un sentiment d'humanité, de poétique et d'immanence, les ovinosophes tentent de stimuler une nouvelle approche du pastoralisme :

  • une approche qui condense une relation scientifique et objectivée, fruit d'un acquis de connaissances tant théoriques que pratiques, par une intégration dans la société des bergers mais également par une prise de distance, donc, une ouverture de la focale qui permet de faire des comparaisons entre les milieux, les époques, les hommes,
  • une approche  distanciée par son côté métaphysique (de "sophia" au sens
    d’intelligence poétique) qui, paradoxalement, joue sur une proximité avec les émotions, les aspects sensuels , poétiques voire fantasmés des expériences de chaque homme et de chaque animal rencontré.

Cette double approche permet une posture nouvelle face aux problématiques, parce qu’elle place l’ovinosophie au cœur et au pourtour des situations, et dans une perspective totalement humaniste et poétique qui inscrit l’homme dans une pensée globale qui ne sépare pas les réalités dont l’homme est fait (le corps et l’esprit) mais les lie à « l’environnement » (l’étendue) dans lequel il sent et vit.
C’est redonner de la valeur aux sensations, non comme données objectives, mais comme outil d’appréciation de ce qui nous entoure, et comme mode d’être au monde.

L’approche ovinosophique se veut une « diagonale » - que d’aucuns nommeront transversale ou pluridisciplinaire - qui n’hésite pas à mixer le cognitif au sensitif. L’approche interprétative (2° point) est en ce sens capitale parce qu’elle autorise la voie sensitive comme outil d’analyse de pratiques qui, indubitablement, s’inscrivent dans une multitude de champs cognitifs et poétiques. « Quelle est la définition de l’acte poétique ? Il doit être beau, imprégné d’une qualité onirique, faire abstraction de toute justification, créer une autre réalité au cœur même de la réalité ordinaire. » (Jodorowsky – p. 130). « Par nos actes poétiques, nous voulions rendre évidente la qualité imprévisible de la réalité. » (Jodorowsky – p. 129)

Ovinosophie et géopoétique

L’ovinosophie est un humanisme au sens d’une formation de l’esprit humain par la culture pastorale. En ce sens, l’ovinosophie prolonge la géopoétique ; et elle le fait par le mouvement : un troupeau, des animaux, des hommes, les musiques et sons qu’ils émettent sans oublier l’énergie qu’ils provoquent par leur déplacement fournissent une matière aux sens, voire un « sens de l’étendue » capable de solliciter la sensibilité profonde de l’être qui y participe ou celle de celui qui contemple. La relation qui unit l’homme à l’animal et à la pente a quelque chose de jubilatoire qui procède de la mètis, véritable efficacité pratique dans le domaine de l’action mais également véritable intelligence de cœur.

L’ovinosophie en appelle à la pente et à l’animal parce qu’ils ouvrent le mouvement, l’amplifient, l’accentuent à la limite de la panique (de Pan, dieu qui effrayaient les esprits) « Quel langage pourrait véhiculer et soutenir notre nouvel intérêt pour le monde, sans l’appauvrir d’aucune de ses dimensions ? Véhicule, voie… c’est bien de mouvement qu’il s’agit. […] Mouvement dans et de la culture. » (Georges Amar)

Mais la spécificité de l’ovinosophie repose en grande partie sur le lien sensible (3° point) qu’elle noue avec l’animal de troupeau, ovin, bovin et autres animaux de troupeau. L’expérience pastorale est une confrontation entre un humain et une masse animale, le tout s’exprimant sur un territoire : le ruminant dans la pente est le véhicule de l’ovinosophie ; la précision spécifique est d’importance parce qu’elle sous-tend l’existence d’une masse - le troupeau - qui se place entre deux perspectives : avec ou contre l’homme selon les conditions spatiales, temporelles, esthétiques, d’ambiance, d’humeur…

L’animal – Etre de terre – doit être remis dans le champ de la culture humaine en liant connaissance et sensibilité, et cette tentative culturelle qui consiste à re-considérer le rapport entre l’homme et l’animal nécessite de modifier nos manières de penser et de sentir… d’où la démarche ovinosophique !

L’ovinosophie comme alternative : centre de veille et de réveil

Déconstruire l’objet pastoral, tel est l’objectif premier de l’ovinosophe ! L’émergence récente des sciences humaines autour de la question pastorale a permis d’en proposer une nouvelle lecture et de suggérer de nouvelles représentations tant des pratiques que des trajectoires pour l’ensemble des groupes d’acteurs qui contribuent à son évolution et à son développement : éleveurs, bergers, tondeurs, mais aussi pastoralistes, gestionnaires de l’espace et bien d’autres.

La mise en évidence des pratiques passées du pastoralisme a permis de révéler l’existence d’une culture pastorale ou plutôt de cultures pastorales différentes selon les massifs, les vallées, les « castes » (bergers, éleveurs, tondeurs…), les types d’animaux et de production. « L’objectivation PARTICIPANTE» de Bourdieu est indispensable pour déconstruire cet objet qu’est le pastoralisme, pour lui offrir d’autres versions, d’autres angles d’approche et d’étude, et lui donner la possibilité de s’extraire d’une représentation entendue et colportée par la profession pastorale et ses différentes antennes techniques.

Dans les années 90, des acteurs culturels s’interrogent clairement : « Existe-t-il un mode de développement acceptable qui préserve les conditions d’un rapport équilibré avec le milieu naturel et assouvisse les besoins de l’humanité, alimentaires, affectifs ou spirituels ? La perpétuation des paysages de la planète exige que des réponses positives soient données à ce problème majeur, l’un des plus graves de notre temps. » (J. C. Duclos - Texte d’intention, 1993).

La mise en place de la Fête de la Transhumance à Die suivi des projets de Centre d’Interprétation des Cultures Pastorales appelés plus communément Maisons pour celle de la Transhumance à Saint-Martin de Crau (Bouches du Rhône) et celle du Berger à Champoléon (Hautes-Alpes) proposent une lecture différente des pratiques transhumantes, à la fois plus humaine et plus culturelle. L’objectif de fond est de rassembler autour de thématiques pastorales toutes les aménités concernées par le pastoralisme et de les amener à  trouver des solutions communes nécessaires pour lever des blocages susceptibles d’entraver la perpétuation des pratiques et des cultures pastorales dans l’espace méditerranéen. La Maison de la Transhumance s’est constituée en association avec la triple compétence Agriculture – Environnement – Culture sachant que la présidence est revenue de fait à un éleveur par souci de légitimer cette nouvelle instance auprès des O.P.A mais également par souci éthique de laisser les éleveurs maîtres de leur culture et de leur patrimoine. Louable était l’intention mais limité en est l’effet parce que, derrière de belles réalisations muséographiques, des rencontres méditerranéennes du pastoralisme et des ouvrages de qualité, la Maison de la transhumance ne parvient pas encore à jouer le rôle premier qu’elle se donnait, celui de centre de veille. La tendance à patrimonialiser, à maintenir et véhiculer une image d’Epinal de la transhumance et son icône, le métier de berger, évacue pour l’instant toutes les questions polémiques soulevées par la vie pastorale contemporaine (cabanon, spoliation des terres pastorales, vie sociale des bergers salariés, prédation…). Peut-être souffre-t-elle de ne pouvoir acquérir suffisament d’autonomie par rapport aux enjeux professionnels du système transhumant régional. Cette dépendance de fait l’empêche de se poser en véritable acteur capable d’intervenir de manière forte dans les débats d’un monde pastoral où ceux qui détiennent le pouvoir agitent de faux problèmes et créent des débats sans possible issue. La question de la prédation des troupeaux est en la matière un cas d’école. La société pastorale se discrédite aux yeux de la société globale en adoptant des positions archaïques et monolithiques, voire même idéologiquement dangereuses ; et ce faisant elle s’évite de se poser les problèmes qui portent véritablement atteinte à ses structures et à sa viabilité à long terme. Le statut du berger salarié (et les questions afférentes de ses conditions de travail et d’hébergement ainsi que celles de la reconnaissance de ses compétences ou de son expérience) est un exemple de ces questions qui ne se posent jamais, et qu’il faudra pourtant bien finir par poser.

La question du dispositif disproportionné d’encadrement institutionnel de l’activité pastorale est également de celles-ci.

L’ovinosophie soutient les actions des Centres d’Interprétation des Cultures Pastorales mais souhaite poser des actes de tous ordres qui proposent une version à la fois plus prosaïque et plus poétique du pastoralisme : entre un happening en Crau pour attirer l’attention sur les cabanons sordides de Crau où sont contraints de résider les bergers et bergères, et la création de haïkus pastoraux, l’éventail est grand ! L’ovinosophie se place ainsi « en dévers » de la patrimonialisation.

L’ovinosophie en actes

  • L’ovinosophie se monte en association, la démarche est en cours. Elle sera ouverte à toutes les personnes sensibilisées par cette autre approche du pastoralisme et par cette volonté d’être homme ou femme-saumon désireux de remonter le courant du troupeau. Son objectif est le suivant : « Promouvoir l’ovinosophie sous toutes ses formes soit : inciter, produire et rassembler réflexions, études et actes visant à revisiter les relations Homme – Animal – Territoire – Pente et Mouvement par la voie imaginaire, sensorielle, sensuelle et rationnelle. »
  • L’ovinosophie a son Bulletin Apériodique Yconoclaste de Liaison Enmontagnée appelé « A poil laineux ». Le n° zéro est sorti en interne, le n°1 est prévu pour un autre jour.
  • L’ovinosophie a son site internet.
  • L’ovinosophie a des membres actifs : les relations sont fréquentes et les projets d’étude sont légions (littérature pastorale, berger et clown, vie d’une société pastorale au XIX° siècle, patrimonialisation bergère dans les Cévennes, projets photographiques…)
  • L’ovinosophie a des projets d’édition, d’actes poétiques et beaucoup d’autres idées !

Marc Mallen, ethnopastoraliste. Avec la complicité de Audrey Pégaz (ethnologue), Guillaume Lebaudy (ethnologue) et Lionel Roux (Photographe)

23 mars 2005

La nouvelle Buvette des alpages

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