Une mouche tueuse s'attaque aux moutons
Depuis le milieu des années 80, les bergers de montagne découvrent des asticots carnassiers à l’origine de blessures importantes sur les brebis. Cette Myiase externe est due à une mouche qui répond au doux nom de Wohlfarta Magnifica.
La mouche tueuse vient d’afrique
Wohlfahrtia magnifica est une mouche présente en Europe, en Asie et en Afrique du Nord et qui est à l'origine de myiases décrites chez de nombreuses espèces animales (bovins, camélidés, caprins, carnivores, équidés, oies, ovins, porcins...) et plus rarement chez l'homme.
Les infestations sont particulièrement fréquentes et/ou graves chez les ovins et les camélidés. Cette parasitose a d’abord frappé presque toutes les espèces animales du Nord du Maghreb puisqu'elle a été observée chez des équidés, des bovins, des moutons, des chèvres et des chiens.
L'identification des larves récoltées par des vétérinaires de la région a été faite par des professeurs marocains en collaboration des entomologistes du British Muséum de Londres et de la FAO. Leurs investigations ont permis de conclure qu'il s'agissait de larves de mouches appanenant à l'espèce Wohlfahrtia magnifica du groupe des mouches responsables de myiases graves et renfermant notamment Cochlyomyia hominivortix et Chrysomia bezziana. D'autres investigations restent nécessaires pour confirmer et approfondir le diagnostic.
Réchauffement climatique oblige, la zone ou la mouche Wohlfahrtia magnifica provoque des ennuis aux éleveurs a changé. Elle a traversé la méditerranée et colonise l’Europe du Sud, la France et la Belgique.
Un témoignage effrayant
" Il existe une petite mouche grisâtre aux yeux rouges d'environ 15 millimètres qui tue chaque année dans les Pyrénées bien plus de moutons que l'ours qui pèse 200 kg ! J'ai découvert la mouche en 1989 sur les estives en vallée d’Ossau. Je participais a la transhumance d'un berger et connaissait son travail et ses préoccupations. Cette année la , la mouche était inconnue des vétérinaires !
Comment lutter contre elle ? Il n'y avait que la débrouillardise : On enlevait les asticots de la chair des moutons avec une pince a épiler réquisitionnée pour la cause et on terminait par un nettoyage avec un grésil , qui faisait sursauter la bête tant cela devait la brûler.
Je pense que la situation n'a pas beaucoup évolué sinon que la mouche étend son domaine de plus en plus et cause de plus en plus de dégâts. Elle nécessite une surveillance quotidienne du troupeau : toute brebis un peu à l'écart, somnolente doit être examinée avec soin, sinon de plus en plus d'oeufs sont pondu sur ses blessures et elle finit par mourir d'épuisement (…) Un oeil averti remarque les brebis potentiellement infectées.Le berger dont je parle ne va plus en estive et garde ses brebis dans la vallée. Il n'a plus de problème, les mouches ne sont pour l'instant qu'en estive. Descendrons t-elles dans la vallée ?
En fait j'ai remarqué que les bergers nient le problème ou ne le remarquent pas de suite. Ils découvrent les bêtes mortes et ne communiquent pas trop ! Cela fait un peu tache chez un bon berger de perdre des bêtes mangées vivantes par des asticots ! (Témoignage de Marek Stachura )
Des études sont en cours
Un programme, financé dans le cadre d’un PRAD (Programme de Recherche Agronomique pour le Développement, Maroc-France), vise à mieux comprendre l’épidémiologie des infestations à Wohlfahrtia magnifica, en pleine reviviscence actuellement au Maroc. Il prévoit :
- la détermination des périodes à haut risque d’infestation et la mise au point d’un système de prévoyance du risque d’apparition de la maladie en fonction des données climatologiques (SIG),
- l’évaluation d’un test sérologique pour les études de prévalence,
- la détermination du profil génétique des populations à l’aide de marqueurs moléculaires pour une comparaison entre populations, et l’évaluation des approches thérapeutiques et des moyens de prévention chez le bétail et chez l’homme.
Ce travail fait l’objet d’une thèse d’université à l’Université de Rabat (Etude épidémiologique de l’infestation des troupeaux par Wohlfahrtia magnifica, agent de myiase cutanée, au Maroc) Sources
Les myiases, ennemis mortels
Le problème n’est pas neuf, comme le prouve cet article de Guy Ginon paru dans l’hebdomadaire d’informations générales et rurales : Le Jura, en avril 2002.
Pathologie estivale, l’attaque de myiases peut tuer un mouton en quelques jours. Les larves sont carnivores et s’installent sur les zones humides ou dans les blessures. Dans les alpages, des visites fréquentes sont la meilleure des prophylaxies.
Les mouches wolhlfartia magnifica et lucilia séricata sont de terribles ennemis des ovins. «La première fait partie d’une famille de mouches fréquentes dans les pays chauds ayant une forte activité pastorale, tels l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Argentine ou les pays arabes. En France, on la retrouve en altitude, au-dessus de 1 000 mètres.
Lucilia séricata vit plutôt en plaine. Dans les deux cas, l’infestation parasitaire se développe essentiellement durant l’été, période favorable à l’évolution biologique des mouches», précise Christian Mage, ingénieur au GDS de Corrèze, qui a beaucoup travaillé sur cette maladie parasitaire, qui s’étend de plus en plus sur le territoire national, touchant à présent les troupeaux en transhumance et en alpage. La mouche n’est cependant que peu volante et l’infestation est lente. Mais elle semble bien être aussi inexorable. «La mouche est résistante, vivant sous les pierres. Elle paraît apte à franchir le cap de l’hiver puisqu’elle se retrouve d’un été à l’autre sur le même alpage», constate le docteur vétérinaire Jean-Luc Simon, directeur de la FRGDS Rhône-Alpes.
La mouche adulte wohlfartia magnifica mesure de 8 à 14 mm. Elle est de couleur grisâtre à noirâtre, avec un abdomen clair et tacheté et des yeux d’un rouge brique. Lucilia séricata est plus petite, de 6 à 11 mm, de couleur brillante, souvent métallique, bleu-vert, et possède un abdomen pourvu de bandes transversales.
De la vulve au péritoine en 3 jours
C’est dans leurs cycles reproductifs que les mouches sont dangereuses. «Les œufs sont pondus par grappes. Plusieurs pontes sont possibles et l’on observe des couches empilées. Les œufs sont déposés dans des blessures ou endroits peu accessibles, vulve, yeux, pieds. La peau saine, mais souillée par les matières organiques, attire aussi les mouches. Les brebis ne peuvent pas se gratter ni se lécher. De plus, les larves sont accrochées à la chair par deux crochets et le coup de langue est inefficace. Ces larves ne possèdent pas de dents, mais leur salive contient des sucs, (enzymes protéolytiques) qui pré-digèrent la chair des animaux infectés. Le parasite aspire ce mélat. Et s’en nourrit. Tout va très vite et en deux à trois jours, la larve parvient au péritoine, entraînant la mort du mouton», précise Jean-Luc Simon.
Pour l’éleveur, toute la difficulté est de repérer les bêtes parasitées. «Elles sont généralement abattues, s’isolent de leurs congénères, ne se déplacent plus et ne mangent plus. Il faut donc compter les animaux et retrouver les brebis manquantes avant qu’il ne soit trop tard». Pour le directeur de la FRGDS, «il devient nécessaire de visiter plus souvent, tous les deux jours par exemple, les troupeaux qui entretiennent les petits vallons isolés et qui, traditionnellement, ne sont pas gardés par des bergers».
Les praticiens semblent unanimes : il n’y a pas de prophylaxies possibles autres que les visites. «Les traitements préventifs contre la gale ont une action, mais elle est de courte durée. De plus, ces traitements sont réalisés en début de mise en alpage, alors que les pontes des mouches s’effectuent après le 15 juillet».
Retirer les larves une à une
De mi-juillet à fin septembre, il faut donc être vigilant. Le traitement n’est pas aisé. S’il existe quelques insecticides autorisés pour les animaux d’élevage, les éleveurs doivent aussi intervenir manuellement. «Il faut décrocher les larves à la pince à épiler, en faisant attention que plusieurs couches d’asticots ne soient pas superposées. Ensuite, il faut appliquer un antiseptique et poser un pansement pour éviter toute rechute», conseille le docteur Simon.
Jeanne Brugère-Picoud, professeur de pathologie médicale du bétail à l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, préconise «d’éviter les bains, les désinfectants ou les solutions appliquées directement sur les plaies, en raison de la toxicité de certains produits, en particulier des insecticides. Le risque d’absorption cutanée et/ou d’aggravation des plaies est trop important. Après la tonte, cependant, une crème insecticide peu concentrée peut être appliquée sur les plaies».
Nous remercions les docteurs-vétérinaires Brugère-Picoux, Alzieu et Brard..
Un fort taux d'infestation
Les mouches ont, semble-t-il une origine méditerranéenne, mais leur progression, depuis quelques années, est notoire. On en trouve dans les Hautes-Alpes et dans le massif des Ecrins, depuis le début des années 80. Christian Mage, ingénieur du GDS de Corrèze, a conduit dans son département une étude importante, sur l’infestation des myiases. Une enquête a porté sur 93 élevages de différentes régions naturelles. 1 800 brebis ont été étudiées. «L’infestation par les myiases concerne 37,9 % des élevages, avec une mortalité de 0,8 % suite aux lésions provoquées par le développement des asticots. En juillet et août, de 27 à 35 % des moutons sont atteints. Les lésions sont localisées principalement entre les onglons (41 % des cas), dans la zone ano-génitale (11 %), les plaies (11 %), le dos (13 %) mais aussi aux points d’injection des vaccins pour 9 % des cas.
Par ailleurs, l’infestation est plus importante, lors des regroupements de moutons en période estivale, dans les prairies (33,4 % des cas observés), que dans les bois (25,7 %) et les taillis et broussailles (20 %). A noter aussi que plus la densité de crottes est importante sur les zones de regroupement, plus le niveau d’infestation est élevé».
Les traitements
Trois grandes familles d’insecticides sont utilisables pour traiter les moutons.
- La famille des organophosphorés, avec pour principes actifs : diazanon, malathion, propétampos, phoxim.
- La famille des formamidines, avec l’amitraz pour principe actif
- La famille des pyréthrinoïdes, avec les fenvelerate et deltaméthrine, pour principe actif.
L’homme n’est pas épargné
Les conséquences sont également importantes en matière de santé publique. Les larves de Wohlfahrtia magnifica peuvent, en effet, se développer chez l'homme (tout particulièrement les enfants) et provoquer des lésions similaires à celles décrites chez les animaux. Dans ce sens, des premiers cas humains ont été observés au Maroc et au Brésil. Présenté d'abord comme étant dû à des larves de Chrysomyia bezziana, un réexamen des larves a révélé qu'il s'agissait bien de larves de Wohlfahrtia magnifica.
Dans tous les cas, la Direction de l'Elevage doit se mobiliser pour vérifier l'existence de cette mouche et mener une enquête épidémiologique d'envergure pour tirer au clair l'origine de l'infestation de l'homme et les mesures à prendre pour contrecarrer son extension.
Pour ceux qui sont arrivés au bout de cette note et qui n'ont pas l'âme sensible : consulter l'album myiases ovines, les autres s'abtenir... ce n'est vraiment pas joli à regarder.
Pour quelques informations complémentaires sur Wohlfahrtia magnifica et sur les myiases voir les sites suivants :
Fao : Screwworm flies as agents of wound myiasis.
Société de Bactériologie Systématique et Vétérinaire
Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II à Rabat













