Le loup apparaît, aux yeux des écologistes et de certains élus, comme le "bouc-émissaire" d'une filière ovine en grande difficulté, en raison en particulier de la concurrence de la Nouvelle-Zélande. "On ne peut plus vivre rien que du mouton", explique Marc Fermond, éleveur depuis 1988 à Vassieux-en-Vercors (Drôme), dont le troupeau a été récemment victime d'une attaque par un loup.
"Entre l'agneau de Nouvelle-Zélande et l'agneau de France, il y a une grosse différence de prix", dit-il, soulignant que les éleveurs se tournent désormais vers des activités complémentaires pour "survivre". "On se plie à tout, on essaie de contourner les difficultés du marché", ajoute-t-il, "mais le loup, c'est ce qui va nous tuer, il décourage les meilleures volontés".
Pour l'association écologiste France Nature Environnement, "le loup est l'arbre qui cache la forêt, l'élevage ovin doit faire face à des difficultés bien plus importantes". "Sans les primes, qui représentent plus de la moitié du revenu des éleveurs, l'élevage ovin ne serait plus rentable", ajoute l'association. "On a artificiellement maintenu cet élevage, mais devant la concurrence de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, il ne tient pas", poursuit Pierre Pfeffer, directeur de recherche au CNRS, ancien président du comité scientifique du parc du Mercantour. "Son seul débouché c'est la population musulmane pour l'Aïd. L'élevage ne survit que grâce à cela", ajoute-t-il. Pour lui, "les éleveurs ont des revenus très faibles, ils ont des aigreurs, des revendications sur tout et se sentent victimes, marginalisés, le loup c'est une tête de turc".
Le député-maire PRG de l'Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes), Joël Giraud, estime également que "le loup sert à masquer les vrais problèmes de la filière ovine". Cet été, cet élu a demandé aux ministres de l'Agriculture et de l'Ecologie de se préoccuper en urgence de la sécheresse qui a sévi sur les Alpes et qui, selon lui "va faire disparaître plus d'éleveurs que le problème du loup".
LYON, 22 oct (AFP)