10 juin 2009

Voyage en Ariège au pays des bisons des loups et des boas

L'Ariège est un pays surprenant. L'ours y fait la une de l'actualité quasiment toutes les semaines. Les éleveurs attirent la presse pour chaque brebis perdue. Pourtant l'ours est Tabou ! Les responsables politiques départementaux qui noyautent les pouvoirs veillent à ce qu'il reste dans la rubrique fait divers et bien loin des catalogues touristiques. Exemple de la prose proposée sur le web ...

Ariège : voyage au pays des bisons, des loups et des boas

Au coeur des Pyrénées, l’Ariège invite petits et grands à un séjour riche en découvertes et en épopées. Entrer dans la peau des hommes préhistoriques, approcher les loups au plus près, ou s’amuser dans les thermes romains, les enfants passeront du fou rire à l’émerveillement et toute la famille découvrira une Ariège ludique et surprenante. (..)

L’Ariège vous entraîne avec vos enfants dans le monde merveilleux des animaux. Loups, bisons, boas, iguanes…. vous n’êtes pas au fin fond d’un pays exotique mais au coeur de l’Ariège. C’est dans la réserve d’Orlu qui abrite plus d’un millier d’izards, de marmottes et d’hermines, que vous faites connaissance avec un animal longtemps chassé et persécuté par l’homme, le loup. A la Maison des Loups, découvrez les différentes espèces venant du Canada et de l’Europe. Les plus jeunes peuvent même rencontrer les 3 petits cochons ou la chèvre de monsieur Seguin. C’est dans un charmant petit village, à quelques kilomètres de Foix, la Bastide de Sérou, que vous pouvez approcher en toute sérénité de divers animaux exotiques, du boa au python, du varan à l’iguane. A la Ferme des Reptiles assistez à leur repas et pourquoi pas osez les toucher ! Du contact froid des reptiles, vous passez à la douceur de l’angora, en visitant la Ferme des Moulis, et son élevage de chèvres angora. Encore plus dépaysante, la Ferme aux Bisons, une ferme peu ordinaire qui vous entraîne en tracteur pour une promenade au milieu des bisons, des yacks et des wapitis. Pour le plus grand plaisir des enfants, si vous le souhaitez, c’est en barque que vous rejoignez Foix, en naviguant à 60 mètres sous terre, sur Labouiche, une rivière souterraine, la plus longue d’Europe. A Foix, le Musée de la Chasse et de la Nature vous entraîne à la découverte des techniques de chasse depuis la préhistoire, du comportement des animaux pyrénéens et de la flore dans laquelle ils évoluent.. Pour les enfants des bornes inter-actives leur apprennent à reconnaître un animal par ses empreintes et un fruit par les feuilles de son arbre.

* Forfait 3 jours / 2 nuits + 2 visites – A partir de 41 € par personne. Supplément enfant 7.50 €

Agence de Développement Touristique d'Ariège Pyrénées
Route de Ganac
BP 30 143 - 09000 FOIX

Réservations : Tél : 05 61 02 30 80 - e-mail : loisirs-accueil@ariegepyrenees.com

Et les ours ? Pensez-vous qu'ils pensent à organiser un séjour sur les ours ?

Source

04 juin 2009

Amarante contre monsanto

Effet boomerang chez Monsanto

Aux États-Unis, cinq mille hectares de culture de soja transgénique ont du être abandonnés par les agriculteurs et cinquante mille autres sont gravement menacés. Cette panique est due à une «mauvaise» herbe qui a décidé de s’opposer au géant Monsanto, connu pour être le plus grand prédateur de la Terre. Insolente, cette plante mutante prolifère et défie le Roundup, l’herbicide total à base de glyphosphate, auquel nulle «mauvaise herbe ne résiste».


Quand la nature reprend le dessus.

C’est en 2004, qu’un agriculteur de Macon, en Géorgie, ville située à environ 130 kilomètres d’Atlanta, remarqua que certaines pousses d’amarantes résistaient au Roundup dont il arrosait ses cultures de soja.


Les champs victimes de cette envahissante mauvaise herbe ont été ensemencés avec des graines Roundup Ready, qui comportent une semence ayant reçu un gène de résistance au Roundup auquel nulle «mauvaise herbe ne résiste».


Depuis cette époque, la situation s’est aggravée et le phénomène s'est étendu à d'autres états, Caroline du Sud, et du Nord, Arkansas, Tennessee et Missouri. Selon un groupe de scientifiques du Centre for Ecology and Hydrology, organisation britannique située à Winfrith, dans le Dorset, il y aurait eu un transfert de gènes entre la plante OGM et certaines herbes indésirables, comme l’amarante. Ce constat contredit les affirmations péremptoires et optimistes des défenseurs des OGM qui prétendaient et persistent à affirmer qu'une hybridation entre une plante génétiquement modifiée et une plante non-modifiée est tout simplement «impossible».

Pour le généticien britannique Brian Johnson, spécialisé dans les problèmes liés à l’agriculture : «Il suffit d’un seul croisement réussi sur plusieurs millions de possibilités. Dès qu’elle est créée, la nouvelle plante possède un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie rapidement. L’herbicide puissant utilisé ici, à base de glyphosphate et d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore accru la vitesse d’adaptation.» Ainsi, un gène de résistance aux herbicides a, semble-t-il, donné naissance à une plante hybride issue d’un saut entre la graine qu’il est censé protéger et l’amarante, devenue impossible à éliminer.


La seule solution est d’arracher les mauvaises herbes à la main, comme on le faisait autrefois, mais ce n’est pas toujours possible étant donné l’étendue des cultures. En outre, ces herbes, profondément enracinées sont très difficiles à arracher et 5 000 hectares ont été tout simplement abandonnés.


Nombre de cultivateurs envisagent de renoncer aux OGM et de revenir à une agriculture traditionnelle, d’autant que les plants OGM coûtent de plus en plus cher et la rentabilité est primordiale pour ce genre d’agriculture. Ainsi Alan Rowland, producteur et marchand de semences de soja à Dudley, dans le Missouri, affirme que plus personne ne lui demande de graines Monsanto de type Roundup Ready alors que ces derniers temps, ce secteur représentait 80 % de son commerce. Aujourd’hui, les graines OGM ont disparu de son catalogue et la demande de graines traditionnelles augmente sans cesse.


Déjà, le 25 juillet 2005, The Guardian publiait un article de Paul Brown qui révélait que des gènes modifiés de céréales avaient transité vers des plantes sauvages, créant ainsi une «supergraine» résistante aux herbicides, croisement «inconcevable» par les scientifiques du ministère de l’environnement. Depuis 2008, les médias agricoles américains rapportent de plus en plus de cas de résistance et le gouvernement des États-Unis a pratiqué d’importantes coupes budgétaires qui ont contraint le Ministère de l’Agriculture à réduire, puis arrêter certaines de ses activités.

Plante diabolique ou plante sacrée


Il est amusant de constater que cette plante, «diabolique» aux yeux de l’agriculture génétique, est une plante sacrée pour les Incas. Elle fait partie des aliments les plus anciens du monde. Chaque plante produit en moyenne 12 000 graines par an, et les feuilles, plus riches en protéines que le soja, contiennent des vitamines A et C et des sels minéraux.


Ainsi ce boomerang, renvoyé par la nature sur Monsanto, non seulement neutralise ce prédateur, mais installe dans des lieux une plante qui pourra nourrir l’humanité en cas de famine. Elle supporte la plupart des climats, aussi bien les régions sèches que les zones de mousson et les hautes terres tropicales et n’a de problèmes ni avec les insectes ni avec les maladies, donc n’aura jamais besoin de produits chimiques.


Ainsi, «la marante» affronte le très puissant Monsanto, comme David s’opposa à Goliath. Et tout le monde sait comment se termina le combat, pourtant bien inégal ! Si ces phénomènes se reproduisent en quantité suffisante, ce qui semble programmé, Monsanto n’aura bientôt plus qu’à mettre la clé sous la porte. À part ses salariés, qui plaindra vraiment cette entreprise funèbre ?


Sylvie SIMON (Votre Santé)

29 mai 2009

L'Europe autorise l'utilisation de carcasse pour le nourissage des vautours

Grâce au vote européen, les Vautours ont enfin le droit d’avoir faim. Ce vote devrait permettre de mettre fin aux conflits entre éleveurs et ces grands nécrophages.

Depuis quarante ans, de nombreux efforts ont été consentis en France pour sauvegarder les 4 espèces de vautours présentes dans notre pays. Le 24 avril dernier, un vote au parlement européen a autorisé l’utilisation des carcasses d’animaux pour nourrir les rapaces nécrophages. Une nouvelle qui pourrait permettre d’éviter les frictions entre éleveurs et vautours.

A l’état sauvage, les vautours (fauve, moine, percnoptère et gypaète) servent d’équarrisseur naturel car ils se nourrissent uniquement des carcasses qu’ils trouvent dans les alpages. Le changement de la réglementation sanitaire suite à la "vache folle" a entraîné l’obligation de détruire les sous produits d’abattage plutôt que de les laisser aux oiseaux.

L’Espagne qui possède la plus grande population de vautours en Europe a mis en place de façon très sévère ces restrictions. Affamés par la disparition des carcasses d’animaux, une partie des vautours de la péninsule ibérique est venue trouver en France de quoi s’alimenter.

L’application de cette décision européenne devrait permettre, désormais, de laisser des carcasses d’animaux issus d’élevage à la disposition des vautours sans systématiquement les acheminer vers des aires d’alimentation spécifiques autorisées, notamment sur les secteurs éloignés ou difficilement accessibles dès lors que cette pratique n’engendre aucun risque pour la santé humaine et animale.

L'Espagne a désormais, grâce à ces amendements, les moyens de résoudre le problème de la famine qui touche ces vautours, notamment en leur permettant de trouver à nouveau de la nourriture disponible.

Cette solution devrait permettre de limiter encore un peu plus les conflits entre éleveurs et ces grands nécrophages, même si ces derniers sont de moins en moins nombreux, sans compter le bénéfice pour toutes les espèces protégées qui dépendent du pastoralisme extensif.

Rappelons que les vautours sont le parfait symbole de ce mot galvaudé, le développement durable. En effet, leur rôle d’équarrisseur naturel permet d’éviter l’émission de CO2 en limitant le transport des cadavres d’animaux jusqu’aux incinérateurs, d’économiser les frais de l'équarrissage industriel pour les éleveurs mais aussi d’avoir un rôle sanitaire en tant qu’élément de lutte contre les épidémies.

En se nourrissant des animaux morts, ils évitent des transports qui peuvent être contaminants malgré toutes les précautions prises. (Dans certains pays ils sont même appelés “les infirmiers de la nature“ à cause de ce rôle de prévention actif qu'ils ont joué depuis toujours.)

Enfin, ils sont une source de développement touristique partout où il est possible de les observer, dans les Pyrénées, dans les Grand Causses, dans le Mercantour, dans le Diois…

Protecteurs de la nature, vautours, élus locaux et éleveurs pratiquant l'élevage extensif, ont donc un intérêt mutuel à ce que cette décision, défendue avec succès par Birdlife International (organisme regroupant tous les associations protectrices des oiseaux au monde et dont la LPO est le représentant en France) auprès de la commission européenne, soit appliquée.

Source : Actualités News Environnement

24 mai 2009

Le monde s'intéresse à Olivier Rubbers et aux castors en Belgique

Le journal Le Monde consacre un article à Olivier Rubbers, le père des castors en Belgique, celui qui a compris que les plus grands défenseurs du rongeur sont ceux qui les connaissent. Alors il fait de l'information tout en faisant vivre le tourisme en Ardennes. Ce qu'il faudrait faire pour les ours dans  Pyrénées, mais là, il est étrangement absent des offices du tourisme, par ordre de politiciens opposés au plantigrade... (Un grand reportage de 4 pages avec photos couleurs sur le Pays des Castors en Belgique paraitra dans le Monde2, le magazine week-end du Monde, qui sera disponible en kiosque, en France et en Belgique, avec l’édition du Monde de vendredi 22 mai datée samedi 23.)

Robin des bois et les 101 castors

Olivier Rubbers sur un barrage de castors en Belgique "Bièvre, Beveren, Bever, Beerschot, Bevel, Beverdonck, Berneau, Bierwart…" : le flot ininterrompu des mots sort de sa bouche en cascade... "Les Ardennes, pays du sanglier ? Je vous mets au défi de trouver un seul nom de village ou de rivière qui se réfère au sanglier, alors que des noms qui se réfèrent au castor, ou plutôt à son vieux nom d'origine celtique, “bièvre”, il y en a partout. Aucun pays n'en compte même autant que la Belgique ! " C'est reparti : " Biesme, Breuvanne, Beverlo… " Et de le décliner dans toutes les langues. "Pourquoi Sartre appelait-il Beauvoir le “Castor” ? parce que “beauve” en est une variante dialectale romane. Ce n'est qu'au XVIIe siècle que le terme savant gréco-latin est passé dans l'usage… "

Le gars est intarissable comme la drache qui inonde les Ardennes belges, entre Liège et Luxembourg. A peine un rayon de soleil d'avril remplace-t-il les tourbillons de neige que déjà de gros nuages de pluie menacent. Olivier Rubbers a le pantalon encore humide de s'être enfoncé dans l'eau jusqu'à mi-cuisses pour reconnaître un nouveau barrage de castors. Il fait de grandes enjambées, fendant la bise de son front chauve et brut qui le fait ressembler à Tarass Boulba : 1,88 m, une centaine de kilos, un sourire angélique, et dans la tête des rêves d'enfant qui l'ont fait devenir au regard de la loi une sorte de dangereux éco-terroriste.

D'octobre 1998 à juin 2000, la bande du "mercanti" – comme les ennemis d'Olivier Rubbers l'ont surnommé en référence à son passé d'ingénieur commercial – a réintroduit en Belgique cent un castors. "Pas à cause des 101 Dalmatiens. Juste un hasard : le nombre de têtes que les services des eaux et forêts allemands pouvaient fournir." Des actions commando faites non pas illégalement, puisqu'à l'époque la réintroduction d'espèces n'est pas interdite par la loi, mais en cachette car, après avoir demandé l'autorisation officielle – et s'être fait éconduire –, Olivier Rubbers a compris que son action serait perçue comme un crime de lèse-majesté par une administration soucieuse de ses prérogatives.

Jeu de cache-cache

Officiellement, nos écolos de grands chemins libèrent donc les castors de l'autre côté de la frontière, en Allemagne. Don d'ubiquité ? On retrouve les braves rongeurs aux incisives puissantes comme des ciseaux à bois montant des barrages et des huttes à des dizaines de kilomètres de là ! La première fois, Olivier Rubbers a convoqué la presse. Las, pendant le voyage, lui et ses complices prennent du retard. La police les attend là où ils doivent libérer les bêtes. Avertis, ils bifurquent. Un jeu de cache-cache. Trois mois plus tard, un chasseur donne l'alarme sur le ruisseau de Martin-Moulin : les castors sont entrés en Belgique !

Depuis, Olivier Rubbers, facilement traqué – il avait laissé toutes ses traces à l'administration allemande –, perquisitionné, arrêté, condamné, est devenu une sorte de Robin des bois des forêts ardennaises. Un drôle de malfrat qui a pignon sur rue, est salarié d'une association très légale d'éducation permanente en matière d'environnement, les Rangers, fait vivre l'hôtellerie locale en donnant à la région un nouveau motif de fierté et une nouvelle activité pour les touristes désœuvrés : ses visites des barrages de castors… Mais un Robin des bois malgré tout, qui n'a plus d'adresse officielle en Belgique et continue d'être poursuivi, d'appel en cassation, par une administration qui a la mémoire longue et une partie civile qui lui réclame 380 000 euros de dommages et intérêts, non pour réintroduction mais pour "transport et détention d'une espèce protégée". Bienvenue chez Kafka.

C'est que les cent un castors ont proliféré et transformé la géographie de la Belgique. On en compte aujourd'hui 800 dans les Ardennes répartis en 170 familles. Qui dit famille dit un territoire de 2 à 5 kilomètres le long d'un ruisseau, où le père, la mère (le castor est monogame et reste avec la même compagne toute sa vie) et leurs enfants (pendant deux ans) vont aménager le territoire à leur guise. Oubliez votre haie de bouleaux et votre pelouse en miroir !

Les arbres sont coupés, transportés, leur écorce est mangée ; et les tiges servent d'armature aux barrages cimentés par la terre. Les terrains sont inondés, transformés en marais, le lit des rivières est dévié…

Mais voilà que s'opère une étonnante métamorphose : le fond des vallées s'éclaire, l'eau se clarifie, les poissons et les grenouilles se multiplient, pour le plus grand plaisir des martins-pêcheurs, des hérons et des cigognes qui s'en repaissent, les cerfs y gambadent. Et paradoxalement, alors que la justice suit, elle, son cours, les services de l'Etat virent leur cuti : les offices du tourisme prônent la visite des sites de castors, la région subventionne la diffusion de DVD dans les écoles, et l'on peut lire dans un rapport du très officiel Centre de recherche de la nature, des forêts et du bois : "C'est toute la gestion de nos cours d'eau qui doit être réfléchie. Accepter le retour du castor, c'est accepter de laisser vivre nos rivières."

Foururre inimitable

Olivier Rubbers, lui, n'en finit plus d'énumérer les atouts de cette espèce "clef de voûte" : créant des zones humides, le rongeur sauve la biodiversité ; en consolidant la ripisylve, cette forêt qui borde les cours d'eau, il consolide les berges, combat l'érosion des sols et gère une véritable station d'épuration des pesticides qui dégoulinent des champs cultivés ; en élevant des barrages, il régule les cours, prévient les inondations et crée des réserves en cas de sécheresse. A l'écouter, tout est bon chez l'" ingénieur des écosystèmes" : sa fourrure est inimitable, ses sécrétions sentent délicieusement, et les paysages qu'il réagence en permanence sont un spectacle dont il ne se lasserait jamais.

Tout le monde évidemment n'est pas de cet avis. Ici, ce sont des chênes américains qui ont été abattus; là, un champ de jeunes peupliers. Sur le versant luxembourgeois, en montant un barrage sur une rivière qui ne faisait pas deux mètres de large, les castors ont noyé 35 hectares...

"Les souris, les rats, ça gêne pas, mais les castors, c'est dégueulasse. Ce qu'ils font à la forêt, c'est dégueulasse." Emile le vieux a une gueule de pirate accrochée de guingois au bout d'un long corps anguleux. Des mains taillées comme des battoirs et noires comme le charbon. "C'est le tanin des chênes, j'ai beau frotter, ça ne part guère", explique cet ancien paysan ardennais qui, face aux normes européennes, a préféré vendre ses vaches et se lancer dans l'exploitation forestière. "Et c'est dégueulasse d'avoir mis des castors sans en parler à personne. Même que maintenant, on veut nous remettre des lynx ! Dégueulasse…" Olivier Rubbers sourit. "Il y a de l'inquiétude. Mais c'est très subjectif. Comme cette dame qui me dit que le castor a mangé tous les poissons de son étang : “Ah bon, madame, je lui dis, mais c'est un scoop. Si c'est le cas, on va vous inviter au prochain symposium international sur les castors qui se tiendra cet automne en Lituanie... Parce que, jusqu'ici, le castor est herbivore", raconte-t-il avec son accent du Tournaisis qui ralentit sur les voyelles. Et plus sérieusement : "Quand il y a des problèmes, il y a des remèdes. Si on veut protéger les arbres, il suffit de mettre du treillis à poules à leur base sur une hauteur d'un mètre – un castor, c'est à peu près l'équivalent d'un gosse de 11 ans. Et si on veut éviter des inondations qui peuvent être gênantes, par exemple pour les voies ferrées, il suffit de passer un long tuyau dans le barrage – ne pas le détruire, il le reconstruirait aussitôt – et, s'il cherche à boucher cette buse, d'y piquer des fers à béton et du treillis à poules."

Olivier Rubbers est né à Tournai, aîné d'une fratrie de quatre, dont les parents – le père a une petite entreprise et la mère est psychologue – laissent aux enfants l'autorisation de battre la campagne quand ils n'étudient pas. A 16 ans, le benjamin traverse le Mali tout seul. Il est aujourd'hui anthropologue. Olivier, lui, nourri des BD de son père – Buck Danny, les collections de Spirou des années 1958-1959 –, parcourt depuis l'enfance ces Ardennes qui, à l'autre bout du pays, sont un terrain d'aventure dont il connaît aujourd'hui le moindre bois, le moindre ruisseau. "Ici c'est le ressourcement. Il y a des moules perlières dans les cours d'eau, des écrevisses… J'ai toujours aimé la nature, je l'aimais avec la ferveur d'un croyant qui va à la messe en latin et n'y comprend rien."

Ingénieur commercial, il vend du double-face lorsque, en 1996, il tombe sur un article consacré au castor dans une revue naturaliste. Révélation. Il contacte l'auteur et décide de réintroduire en Belgique ce drôle d'animal dont le dernier spécimen a été abattu à la fin du XIXe siècle pour sa fourrure, l'équivalent d'un mois de salaire d'un ouvrier à l'époque.

Vingt guides castor

Ni patenté, ni assermenté, ni diplômé, Olivier Rubbers se voit reprocher de n'être pas du sérail. Mais c'est un communicant et son " Pays des castors ", comme il a baptisé l'association qui organise les visites guidées des barrages, fait florès. Vingt moniteurs ont déjà passé l'examen de guide castor qu'il a très sérieusement mis au point – on ne rigole pas avec les rongeurs. Encore moins avec la satisfaction du client. Et, sous le crachin, ce sont ce jour-là douze groupes de 10 à 25 personnes qui crapahutent, guidés par Jurgen, employé communal d'une banlieue d'Anvers qui a fait ses 300 kilomètres pour venir accompagner les touristes ; Hank, journaliste flamand, ou Jorn, agent des forêts à Malines, qui un jour, au zoo de Munich, en attrapant un castor, s'est fait entailler le torse. Son seul commentaire fut extatique : "J'espère que la cicatrice va rester…" "Les gens chopent méchamment le virus", constate sobrement Olivier Rubbers, plongé dans l'observation d'une hutte recouverte de mousse. "Vous savez, en écologie, on fait des grand-messes, comme votre Grenelle de l'environnement, et puis rien… C'est comme les gens qui vont à l'église le dimanche et ne changent pas leurs habitudes. Si on ne fait que causer, qu'on “berdèle” comme on dit chez nous, c'est pire que tout… Le castor, lui, vous rappelle que vous n'êtes pas les seuls sur terre à pouvoir tout modifier. Et ça, ça vous fait descendre du piédestal."

Source : Le monde

Lira aussi :



Le castor en Belgique

Laurent Carpentier

22 mai 2009

Polémique Claude Allègre : les réponses de Libération

«Libération» répond point par point au texte de l'ancien ministre de la recherche publié dans «Le Monde» et dans lequel il tente de justifier son analyse sur le climat, selon laquelle il doute que le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique.

«Le Monde» a récemment publié un long texte de Claude Allègre où l'ancien ministre de la recherche tente une nouvelle fois de se justifier de ses propos sur le climat. Ci dessous, une analyse de ce texte - intégralement reproduit – et les réponses de «Libération».

Claude Allègre : «A-t-on le droit d'émettre des doutes sur une théorie scientifique "officielle", estampillée par les médias et les politiques ?»

Libération : Qui a dénié à Claude Allègre le droit d'émettre un quelconque doute sur quoi que ce soit ? Personne. Ce sont les arguments qu'il avance pour le justifier qui sont vertement critiqués. Qualifier une théorie scientifique d'«officielle» parce qu'elle serait avalisée par les média et les politiques est pour le moins étrange. Claude Allègre sait très bien que ce ne sont ni les uns ni les autres qui décident du destin et du statut d'une théorie scientifique, mais le travail des scientifiques eux-mêmes qui vont, en la confrontant au réel par des expériences ou des observations la réfuter, la valider, ou limiter son domaine de validité en l'incorporant dans une théorie plus large.

Claude Allègre : «A partir des années 1980, un groupe de scientifiques a défendu l'idée que l'augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l'atmosphère allait conduire à un réchauffement généralisé du climat de la Terre, à partir d'un mécanisme physique bien connu, l'effet de serre. C'est-à-dire l'absorption par certaines molécules, dont le CO2, mais aussi l'eau et le méthane, des rayons infrarouges émis par la Terre chauffée par le Soleil. »

Libération : Cette affirmation est complètement inexacte. C'est dès 1896 que le scientifique suédois Svante Arrhénius a déduit du mécanisme physique de l'effet de serre que la combustion massive de carbone fossile, le seul charbon à son époque, allait augmenter la teneur en gaz carbonique de l'air et augmenter sa température. Mais cette affirmation est restée qualitative jusqu'à la fin des années 1980, faute de références aux relations passées entre climat global et teneur en gaz à effet de serre et faute de moyens de modélisation et de calcul informatique permettant de simuler un climat sous effet de serre renforcé.

Claude Allègre : «Ce groupe de scientifiques s'est organisé à l'échelon international sous l'égide des Nations unies pour rédiger des rapports officiels et promouvoir la recherche en climatologie. Sous-jacente à cette démarche, l'idée que l'homme est coupable et que nous courons à la catastrophe planétaire. Aujourd'hui, la climatologie est devenue une science à la mode, et ses budgets de recherche ont été multipliés par des facteurs importants (sans doute presque 10 aux Etats-Unis). Du point de vue médiatique et politique, cette théorie est devenue pour certains une certitude, une vérité incontestable.

L'idée de réunir des experts pour connaître l'état de la science et permettre ensuite aux politiques de décider paraît logique.  Malheureusement, lorsqu'on se trouve dans un domaine où la science est en pleine évolution, où les découvertes se succèdent, où rien n'est simple, les interprétations sont variées, et variables. La "vérité" scientifique - si tant est que cette expression ait un sens - ne s'établit que petit à petit, disons après une génération. La science est un processus de démocratie différée ! Or, aujourd'hui, on assiste à la mise en place d'un consensus s'appliquant à tout, à tous, et tout de suite !

Tous les quatre ans, un premier panel international de scientifiques réalise un premier rapport. Celui-ci est transmis à un second panel composé de représentants des gouvernements (certains sont scientifiques, d'autres non) qui établit le consensus sur un scénario. Le premier rapport, très volumineux, contient des points de vue assez nuancés, mais il n'est guère lu. C'est le second rapport, plus court, plus politique, plus affirmatif, qui devient de fait la vérité officielle. On imagine les effets de la même procédure appliquée aux OGM ou aux cellules souches !

Cette manière de faire ressemble à celle qui eut lieu autrefois dans certains régimes et qu'on ne veut pas revoir dans le monde libre. L'épisode actuel n'est qu'une petite manifestation de cette pratique de dictature intellectuelle. »

Libération : La présentation que fait Claude Allègre du fonctionnement du GIEC - groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat - et du contenu de ses rapports est tout simplement indigne. Parler de «dictature intellectuelle» et suggérer que son  fonctionnement s'inspire de dictatures politiques et policières n'est pas seulement faux, mais également méprisable. Mis en place en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale et l'ONU, il a rédigé trois rapports d'ensemble publiés en 1990, 1995 et 2001, ainsi que des rapports sectoriels. Ces rapports généraux, comme le GIEC lui même, sont répartis en trois volets : le volet 1, qui porte sur les sciences du climat; le volet 2 qui porte sur les conséquences du changement climatique; le volet 3 qui porte sur les politiques à mener pour atténuer ce changement et s'y adapter. Le prochain rapport sera publié en 2007. Claude Allègre, comme membre de l'Académie des Sciences, peut avoir accès aux textes en cours d'écriture et participer à leur rédaction en proposant des amendements s'il le souhaite. A ma connaissance, il ne le fait pas. Les rapports du GIEC suivent des règles précises : ils ne sont qu'une synthèse exclusivement fondée sur des travaux scientifiques antérieurement publiés dans des revues à comité de lecture. Chacune de ses affirmations doit s'appuyer sur ces articles. Les groupes de travail comportent plusieurs milliers de scientifiques si l'on tient compte de tous ceux qui relisent les textes et donnent leur avis. Les textes produits n'effacent aucune incertitude ni désaccords entre résultats de recherche. Si les volets 2 et 3 intègrent des données de sciences humaines et sociales (économie, démographie, prospective technologiques...) dont chacun connait les limites, le volet 1 ne le fait que sur un point, les scénarios d'émissions de gaz à effet de serre. Comme ces scénarios utilisent une très large fourchette d'hypothèses, il y a très peu de risques que le futur réel se situe ailleurs. Il est tout à fait exact qu'entre le long texte des rapports, plusieurs milliers de pages, et le bref «résumé pour décideurs», de 37 pages pour celui de 2001, qui est voté par une assemblée des représentants de leurs pays nommés par les gouvernements, se produit une réduction drastique en volume.

Pour autant, il suffit de consulter celui de 2001 pour y voir listées les principales «incertitudes clés», par opposition aux «conclusions robustes». Parmi les dites incertitudes clés, on peut lire : «ampleur et caractère de la variabilité naturelle du climat», «forçages climatiques dus aux facteurs naturels et aux aérosols anthropiques», «liens entre tendances régionales et les changements climatiques anthropiques». Présenter ce texte comme «un consensus de tous sur tout et tout de suite», comme le fait Claude Allègre est donc un mensonge factuel qui ne résiste pas à la simple lecture du texte (lisible en français et téléchargeable à http://www.ipcc.ch/pub/un/syrfrench/spm.pdf).  Il n'est pas inintéressant de savoir que les représentants du gouvernement américain ont plusieurs fois demandé que le GIEC renonce à ce texte de synthèse. Les autres membres ont refusé, en considérant que ces textes brefs, dont les formulations sont très prudentes, sont nécessaires au débat public. Un exemple suffit à démontrer cette prudence. A la question de savoir si le réchauffement se traduira par une augmentation de l'intensité des tempêtes aux latitudes moyennes (comme celles de Noël 1999 en France), le rapport 2001 répond franchement : «(il y a) peu d'accord entre les modèles actuels» et considère qu'il n'y a pas de réponse fiable à la question. Il est piquant de rappeler que Claude Allègre, alors ministre, n'avait lui aucun doute sur le sujet et avait attribué cette tempête de 1999 au réchauffement de la planète, à l'inverse des météorologues et climatologues (Libération du 30/12/1999, article de Christophe Forcari).

Claude Allègre : «On nous dit que 99 % des scientifiques sont d'accord ! C'est faux. Quatre-vingts scientifiques canadiens, dont beaucoup de spécialistes du climat, ont écrit au premier ministre pour le mettre en garde contre le prétendu consensus. En France, des scientifiques et ingénieurs m'écrivent pour dire que, mettant en doute la vérité officielle, ils ont été empêchés de s'exprimer. Enfin, l'article publié dans le Wall Street Journal du 12 avril, "Climat de peur", écrit par l'un des plus grands météorologues mondiaux, professeur au MIT, Richard Lindzen, raconte comment des scientifiques de talent ont perdu leur poste pour avoir contesté la vérité officielle, et comment d'autres ont perdu leurs moyens de recherche. Il ne parle pas de la campagne de calomnie que l'on a orchestrée pour le salir, l'accusant d'être à la solde des compagnies pétrolières, ce qui est infâme ! »

Libération : Claude Allègre ne peut citer aucun exemple d'une véritable censure, c'est à dire le refus de publier dans une revue scientifique un résultat de recherche ou une analyse de données qui serait fondé sur l'interdit et non sur la qualité du travail. Allègre n'a jamais été victime d'une telle censure puisqu'il n'a jamais travaillé sur le sujet. Tous les exemples qu'il prend dans la suite du texte (rôle du Soleil, des rayons cosmiques, des nuages, des aérosols... ) ont tous donné lieu à des articles publiés dans des revues à comité de lecture. Où est, alors, «l'empêchement de s'exprimer ?» dans la communauté scientifique. La revue La Rercherche vient de publier une interview d'un chercheur proche de Claude Allègre (IPG, Paris) qui défend l'idée que les variations d'intensité du champ magnétique pourraient avoir un rôle climatique. Où est la censure ? L'exemple américain est une véritable ironie : c'est bien aux USA qu'un employé du Président a tenté, de la Maison Blanche, d'empêcher la Nasa de mettre sur l'un de ses sites web la mention du travail d'un climatologue, James Hansen, sous prétexte que ses résultats (la simple mesure des températures sur la Terre) n'était pas en phase avec le discours de Georges Bush. Heureusement, cette tentative s'est piteusement terminée par un communiqué du patron de la Nasa qui rappelait que son agence n'allait pas se plier à de telles exigences.

Claude Allègre : «Heureusement, en France, on n'en est pas encore là ! Alors pourquoi ces réactions violentes face à mes doutes et mes questions ? Ces mêmes attaques que la médecine développait contre le chimiste Pasteur, ou que les géologues développaient contre le climatologue Wegener ! La raison de tout ce tintamarre est la peur. Car plus les recherches climatologiques avancent, plus la vérité officielle apparaît fragile. L'eau est le principal agent de l'effet de serre, 80 fois plus abondant que le CO2 dans l'atmosphère, or on arrive difficilement à modéliser le cycle de l'eau, notamment parce qu'il est difficile de modéliser les nuages, de déterminer la proportion de cirrus (qui contribuent à réchauffer) et celle de stratus (qui refroidissent). Le rôle des poussières naturelles, industrielles et agricoles est également mal compris, notamment dans la nucléation des nuages. De la même façon, on constate que les teneurs en composés soufrés dans l'atmosphère ont décru depuis trente ans, mais on connaît mal leur rôle, alors qu'ils sont des agents potentiels de refroidissement. Il apparaît aussi que le rôle du Soleil a été sous-estimé. Sans parler des effets possibles du rayonnement cosmique galactique, comme viennent de le proposer, avec expériences à l'appui, des scientifiques danois.

Mon collègue Le Treut lui-même soulignait dans son discours devant les cinq Académies (Le Monde du 25 octobre) combien les modèles étaient entachés d'incertitudes. Ce qui est positif dans tout cela, c'est que l'Académie des sciences va organiser un débat contradictoire sur le sujet. Pour la première fois, il sera possible de comparer les opinions des uns et des autres. Ce débat entre scientifiques, et devant les autres membres de l'Académie, permettra dans la sérénité d'établir non pas la vérité, mais l'état des lieux. Ensuite, publication à l'appui, chacun pourra juger. »

Libération : Le «collègue Le Treut» est outré des propos de Claude Allègre. Et son texte publié par Le Monde, un modèle de prudence et de sincérité. En voici un extrait significatif qui contredit complètement le propos de Claude Allègre : « Si la perspective d'un changement climatique global résultant de l'augmentation des gaz à effet de serre constitue désormais un risque dont la réalité est très largement reconnue, c'est parce que la communauté scientifique s'est organisée, depuis plusieurs décennies, pour développer un diagnostic de plus en plus étayé, puis le répercuter très largement, au niveau du grand public ou des décideurs. Cette phase d'alerte pose encore des problèmes difficiles. Comment traduire de manière suffisamment forte et audible un sentiment d'urgence face à l'évolution de notre environnement global - partagé par la plupart des scientifiques -, tout en gardant un discours rigoureux, qui fasse la part des certitudes mais aussi des multiples incertitudes qui affectent toute tentative de prévision quantitative des changements à venir ? Comment traduire le consensus général de la communauté scientifique, en laissant néanmoins leur place aux différences de sensibilité, inévitables dès qu'il s'agit de déterminer l'importance pour nos sociétés des perturbations prévisibles ? Pour apporter une réponse partielle à ces questions, il est nécessaire de rappeler les points clés du dossier scientifique.

L'atmosphère, les océans, les grands glaciers ou les banquises constituent des milieux complexes et fragiles, qui interagissent constamment au travers de processus mécaniques, physiques, chimiques ou biologiques, et déterminent ainsi ce que l'on appelle le système climatique. (...) Nous vivons depuis 10 000 ans dans des conditions interglaciaires, une situation d'une durée inhabituelle, dont la théorie astronomique rend compte et qui est appelée à se poursuivre encore quelques milliers d'années. C'est dans cette très longue période interglaciaire que se sont développées nos civilisations. (...) Cet interglaciaire très long, globalement très stable, a permis à l'environnement de la planète d'atteindre un état d'équilibre global très fin, caractérisé par exemple par une très grande constance de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre : le niveau de dioxyde de carbone (ou CO2), par exemple, a constamment gardé une valeur proche de 280 parties par million (ou ppm).

Depuis plus d'un siècle, c'est-à-dire depuis le début de l'ère industrielle, les activités humaines sont venues rompre de manière brutale cet équilibre. Le niveau de CO2 atmosphérique atteint désormais 370 ppm - une valeur jamais approchée tout au long du dernier million d'années, où les fluctuations du CO2, associées aux variations glaciaires-interglaciaires, se sont toujours inscrites dans une fourchette allant de 180 à 300 ppm. La plus grande part de ces variations a été acquise au cours des dernières décennies – une évolution dont la brutalité est sans équivalent à l'échelle du climat observé. Ce CO2 additionnel est injecté dans l'atmosphère par la combustion du pétrole, du charbon et du gaz - phénomène presque inexistant avant 1850 -, qui a atteint peu après 1950 le taux de 2 milliards de tonnes de carbone émises chaque année, pour dépasser maintenant les 6 milliards de tonnes par an.»

Si l'Académie des sciences a décidé d'organiser un colloque sur le climat c'est parce que nombre d'académiciens ont été scandalisés par les propos tenus par Claude Allègre lors d'une de leurs réunions.

Claude Allègre : «J'ai connu des combats semblables lorsque, avec quelques collègues, je défendais la théorie de la tectonique des plaques, en France, au début des années 1970, face à une communauté scientifique majoritairement hostile. Je fus calomnié, accusé par certains d'être un agent de la CIA chargé de propager une théorie américaine d'autant plus qu'en même temps j'incitais les Français à publier en anglais dans les revues internationales ! Plus tard, j'ai défendu le rôle indispensable des observatoires volcanologiques pour prévoir les
éruptions, plutôt que le secours des "gourous". J'ai mené d'autres combats dans ma spécialité, souvent seul ou presque, critiqué un jour, honoré dix ans après. J'ai donc une certaine habitude de lutter contre les majorités et de m'opposer aux "consensus", et je sais qu'historiquement la science n'a fait de grand progrès qu'à travers de grands débats. Je sais aussi que je peux avoir tort, et je n'aurai dans ce cas aucune peine à changer d'avis, mais je suis sûr que le doute est par essence porteur de progrès. »

Libération : Claude Allègre n'a évidemment pas que des défauts. C'est un grand scientifique dans son domaine, la géochimie, et il a mené de bons combats, comme la nécessité d'observatoires volcanologiques, et il s'est aussi lourdement trompé (sur le danger de l'amiante à Jussieu par exemple)... mais où est le rapport avec son discours confus, parfois carrément mensonger sur le climat? (Lire l'analyse de sa chronique de l'Express)

Claude Allègre : «Mais que personne ne se méprenne, je ne suis nullement un défenseur du productivisme. Je sais que l'homme malmène la planète, je sais que l'eau est un problème, que le CO2 acidifie l'océan, que la biodiversité est menacée, qu'il faut modifier nos pratiques, économiser la planète, respecter la Nature. Je dis, simplement, ne nous trompons pas de combat et prenons les mesures appropriées.

Je revendique haut et fort l'écologie réparatrice par opposition à l'écologie dénonciatrice. Pour pratiquer la première, il faut séparer les problèmes et les résoudre un à un. Comme on l'a fait pour le plomb dans l'atmosphère, les chlorofluorocarbones pour la couche d'ozone, les composés soufrés pour les pluies acides, etc. Dans l'écologie dénonciatrice, on mélange tout : le réchauffement climatique, la biodiversité, la pollution des villes, la population mondiale, l'assèchement de la mer d'Aral, etc. Avec comme résultat de susciter la peur... et de ne finalement rien résoudre, écrasé par l'immensité des défis. »

Libération : L'écologie dénonciatrice est peut-être une pratique de mouvements écologistes. Mais Claude Allègre n'a pas à mélanger cette mouvance politique et idéologique avec sa mise en cause des conclusions de ses collègues climatologues sauf à encourir l'accusation d'amalgame malhonnête. D'autre part il commet une erreur majeure. Si certains problèmes peuvent être traités par des décisions isolées (les CFC ou le plomb dans l'essence) celui des émissions de gaz carbonique par l'usage du gaz, du charbon et du pétrole ne peut pas l'être puisqu'il s'agit de 80% de sources d'énergies actuelle.

C'est donc l'ensemble du mode de vie, de production, de transport et d'habitat qui est concerné. L'ampleur du problème interdit de le prendre «un par un». En outre, il conteste sans le dire une des conclusions majeures de ses collègues climatologues, à savoir que le changement climatique rapide va aggraver toutes les autres difficultés, il n'y a donc aucune opposition entre les actions sur ces difficultés et l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Claude Allègre : «Je revendique le droit de dire que j'émets des doutes sur le fait que le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique. Horreur, au pays de Descartes, je revendique le droit au doute ! »

Libération : Revendiquer le droit au doute dans des termes aussi généraux est ridicule de la part du scientifique qu'il est. Claude Allègre ne revendique pas le droit au doute sur l'affirmation selon laquelle la Terre est plate. Remarque stupide ? Mais Claude Allègre, dans toute sa carrière scientifique, n'a jamais mis en doute les données nucléaires fournies par ses collègues physiciens et avec lesquels il a mené une brillante carrière de géochimiste et de reconstitution du très lointain passé de la Terre et de la Lune à partir d'une analyse des isotopes d'éléments chimiques. S'il avait douté de ces données, aucun de ses articles scientifiques sur le sujet n'aurait pu voir le jour. La question suivante est donc tout à fait centrale : pourquoi estime t-il pouvoir revendiquer le doute sur le rôle du gaz carbonique comme principal facteur du changement climatique en cours?

La question est tout à fait pertinente puisqu'il s'agit de savoir à quel moment une connaissance ou un ensemble de connaissances acquiert un statut tel que la bonne méthode n'est plus de la mettre en doute. Il suffit de revenir en 1976 pour avoir la réponse. A l'époque, il n'était pas possible de ne pas douter de l'affirmation «le gaz carbonique est le principal responsable du changement climatique». Pourquoi ? Etrange puisque l'on savait depuis un siècle que ce gaz à effet de serre joue un rôle climatique. Tout simplement parce que l'on ne pouvait pas, à l'époque, transformer cette idée générale, incontestable, en mesure de son rôle relativement aux autres facteurs d'évolution climatique (soleil, courants océaniques, éruptions volcaniques, nuages, aérosols...). Pour ce faire, il fallait connaître les relations passées entre climat et teneur en gaz à effet de serre de l'atmosphère et être capable de calculer l'effet climatique d'une variation de ces teneurs à l'avenir. Or, ces deux éléments sont maintenant disponibles avec une précision suffisante pour répondre à la question.

Nous connaissons les teneurs en gaz carbonique de l'air depuis 800.000 ans, soit quatre ères glaciaires et autant de périodes chaudes. Et les modèles climatiques sur ordinateurs ont un réalisme suffisant pour savoir qu'un doublement ou un triplement de cette teneur en cent ans doit piloter l'évolution du climat sur plusieurs siècles. Ces deux avancées scientifiques sont très récentes, elles se sont déroulées par étapes depuis 1987 seulement. Il pourrait donc sembler justifié d'en douter. Encore faut-il le faire de bonne foi, sur la base d'arguments scientifiques et sans nier les résultats obtenus par des méthodes normales par les climatologues.

C'est justement ce que ne fait pas Claude Allègre. Quant au public, il peut constater que la conviction récente des scientifiques spécialistes du sujet selon laquelle le doute n'est plus de mise sur cette affirmation (lire Le Treut plus haut) s'est construite avec prudence, à l'aide d'un énorme travail de critique.

Dans ces conditions, il devient raisonnable de leur faire confiance plutôt qu'à quelques individus qui semblent animés (vigoureusement) par des motivations énigmatiques et en tous cas très éloignées d'un débat scientifique normal.

Sylvestre HUET

Source : Libération

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