21 juillet 2008

Palouma, L’histoire de l’ourse qui voyagea dans les Pyrénées

AVES FRANCE est heureuse d'annoncer la sortie de son premier livre "Palouma, l’histoire de l’ourse qui voyagea dans les Pyrénées". Projet pédagogique initié fin 2006, ce livre, destiné au jeune public, raconte la vie d’un ours au fil des saisons, de sa naissance en Slovénie à son voyage dans les Pyrénées Françaises...

Publié par « Plumes en Seine », il sera disponible dès août 2008.

Depuis la mort de l’ourse Cannelle en novembre 2004, tout le monde a entendu parler des ours en France. Compagnon de nos nuits enfantines, chasseur de fantômes et de monstres en tout genre, l’ours (en peluche) rassure les enfants. Mais connaissent-ils les vrais ours ? Ceux qui vivent dans les montagnes, dans nos forêts ? Parce qu’apprendre à connaître les animaux nous permet de mieux les appréhender à l’âge adulte, Christophe CORET, Président d’AVES FRANCE, a écrit une véritable histoire d’ours : l’histoire de Palouma, l’ourse qui a voyagé dans les Pyrénées.

Palouma, l’histoire de l’ourse qui voyagea dans les PyrénéesCette histoire raconte la grande aventure que va vivre l’ourse Palouma, de sa Slovénie natale aux Pyrénées Françaises où les hommes l’amèneront en 2006. La réintroduction de l’ours en France expliquée aux enfants par Palouma ; un hommage au travail des différents acteurs de ce projet et à l’ourse, qui s’est envolée trop tôt.

"La difficulté principale lorsque l’on écrit pour les enfants, c’est bien sûr d’adapter son vocabulaire, mais également, dans ce cas précis, de faire passer des informations tout en racontant une histoire pour captiver l’attention du jeune public. L’histoire de l’ourse Palouma fait passer différentes émotions : la joie, la peur, le soulagement. Comme dans la vraie vie, on passe du rire aux larmes, des jeux d’oursons à la séparation, de l’éducation à la vie indépendante, de la Slovénie aux Pyrénées."

La seconde difficulté est de trouver un style d’illustration. Sonia HIVERT, illustratrice du livre, a réussi à trouver le sien, pour mettre en image chaque page de texte, chaque saison, chaque événement de la vie de l’ourse. Par ce livre, nous espérons pouvoir expliquer aux enfants, quelque soit leur âge, mais également à leurs parents, comment vivent les ours. De nombreuses informations réelles sur l’animal ont été glissées dans le texte, pour apprendre en rêvant. Un lexique est même proposé à la fin de l’ouvrage pour expliquer les mots les plus compliqués (tanière, végétaux...).

"Imaginer un épilogue subtil, pour expliquer la disparition de Palouma à la fin de l’histoire, a sans doute été ce qui m’a le plus posé de problème. Mais il a suffi d’une nuit pour qu’elle s’impose à moi. Je tenais ma fin, elle était poétique et j’espère qu’elle plaira aux enfants autant que j’ai eu de plaisir à la rêver..."

Association AVES France
02.76.00.82.68 – 06.80.92.35.64

D'après Louis Dollo (8 avril 2008), ce livre est "Un imaginaire idéologique dangereux pour la bonne perception de la réalité de l'ours". "Il ne semble pas qu'à la lecture de cet ouvrage les enfants puissent connaître les vrais ours ni même en avoir la moindre idée. Là débute la manipulation pour les enfants (sic)..."

Cette critique extrémiste et imbécile d'un livre pour enfants de notre zournaleux de caniveau pyrénéen préféré est une bonne raison supplémentaire de l'acheter...

Lettre à la déesse Pyrène

par Christian Laborde

Mon amour,

J’ouvre, à Pau, la fenêtre de ma maison basque : des cimes, des sommets ! C’est bleu, c’est blanc, c’est beau, c’est toi ! Je te vois, Pyrène, je sens ta présence divine, ma divine, parmi ces arbres, ces sentes, ces fougères géantes, ces roches empanachées de neige. Il y a des lustres, il y a belle lurette, ratant un atterrissage, tu te crashais, comme un A 320, sur ces terres verticales. Elles se sont refermées sur toi, sur ton corps disloqué, tu leur a donné ton nom.

Ton corps disloqué, ce corps enfoui dans cette terre rouge et verte, je le vois qui affleure, je reconnais ta nuque, ta chevelure de hêtres, tes lèvres d’eau. Je te caresse, et ce vent tiède c’est ton souffle. Ma joie est infinie, Giono la dit panique. Panique, oui, pleine de Pan ! Je serre la terre dans mes bras, je ne fais plus qu’un avec ce que je fus. Egalement, panique semée en moi, dans la part de moi même qui me vient des vendeurs de cloisons. Je t’enlace et leur échappe, échappe à leurs attachés-cases, je quitte l’écran de contrôle du grand Macintosh. Pyrène, les vers luisants sont subversifs.

Ton nom ! Comment nommer la terre où tu reposes, où je nais chaque jour ? J’ai tout naturellement pris les mots ici, les mots vieux, les mots du grenier de roches, ceux qui me venaient naturellement à la bouche, comme de l’eau. Mais l’instituteur qui hait la nature et le bruit de l’eau, m’a dit que ces mots n’étaient pas des mots, que ta langue, Pyrène, n’était pas une langue, mais un patois ! Il est interdit de cracher par terre et de parler patois : c’était écrit sous le préau ! L’instituteur, larbin laïque de l’abbé Grégoire – tableau noir et bénitier, même combat ! -, a extirpé de ma bouche les mots énigmatiques, « éléments lexicaux des temps les plus reculés ».

La baspana, c’était la paupière, et l’anesca la brebis d’un an. Arroch voulait dire escarpé et l’asca désignait l’avalanche volante. A ces mots qui remontaient au crash, s’ajoutait le traitement particulier que ma tribu infligeait aux consonnes romaines. Le F de César était remplacé par un H pyrénéen, et le N intervocalique de ses légions fut purement et simplement liquidé, à Luz-Saint-Sauveur et Gavarnie, comme à Lisbonne.

L’instituteur disait fenêtre, le facteur toulousain finestra, et moi je disais hiestra, comme Miles Davis. Et pour ça, punitions, gifles, piquet, brimades, honte. Elève Laborde, il est rigoureusement interdit de faire swinguer Rome ! Pyrène, mon amour, quelle place pour toi dès lors qu’il n’y a plus de place pour tes mots, tes animots rauques et chauds ?

Pour toi, pour te nommer, te retrouver – je me perds si je te perds de vue -, te serrer de nouveau contre ma poitrine, j’ai transformé leur français rigide et frigide, en patois : je suis devenu écrivain. Ils m’ont privé de tes mots, certainement pas de ta salive, de son galop liquide en moi. Elle bouge, roule, tonne, résonne contre mes parois de chair, charrie ses rocs dissous, me badigeonne le dedans de sucs anciens, et les mots français qui traversent ma bouche et plongent dans ce bain fertile, ressortent gorgés de liqueur céleste, cuités à mort. Alors je les frotte les uns contre les autres comme des cailloux. Les coquilles cèdent, ça craque, il y a des étincelles : je suis, Pyrène, ce commencement de feu.

Pyrène, mon amour, la France eut recours à la violence pour me priver de tes mots, et je me suis forgé une langue pour te parler et parler de toi. Mais, pendant que dans mon atelier de forgeron des sons, je tapais sur la ferraille comme un forcené, les villages se vidaient. Ceux qui, nés quelque part, ne demandaient qu’à boire sur place à la fontaine de l’universel, furent contraints d’aller vivre ailleurs. Mais ce n’était pas un ailleurs, lequel eut été habitable, propice au creusement ! C’était la zone, la banlieue, l’absence de lieu, la périphérie de la mort. Les lumières étaient froides et les langues liées, la peau devenait inutile, il n’y avait pas d’écorce à toucher.

Les doigts se rétractèrent, les yeux se fermèrent. Les hommes furent empilés loin des terres, et les syndicats veillèrent au respect des droits de l’homme à l’intérieur de chaque pile. Les oiseaux se sont suicidés. Telle est la prouesse de la société libérale avancée : avoir rendue la vie impossible à la campagne qui n’en finit pas de se vider, et à la ville où l’on n’en finit pas de s’entasser.

Tes mots, Pyrène, ont été chassés de ma bouche. Tous tes fils, tous mes frères ont été dispersés, éparpillés. J’ai allumé des feux aux quatre coins de la nuit vide : pas un avion n’a atterri. Je suis seul, j’ai dans la main le tomahawk de la nature. Je m’initie au lancer de fourche, au pal, au terrorisme, je fomente une jacquerie. Car, au nom de la Marchandise et d’ Eurodisney, se prépare l’attaque ultime : celle des paysages, l’attaque en règle de ta chair, Pyrène !

Ta chair, mon amour, ton corps disloqué, en pièces – ô Mécano de la prière, de la mémoire et du sang ! -, corps que je sais recomposer sur le clavier des mots fertiles, est menacé par leur bulldozers. Les hommes ont été empilés, il convient maintenant de relier les piles entre elles, par des autoroutes, annonce Béton 1er. Ca s’appelle le « désenclavement » ou la « suppression des frontières », ou encore l’Europe. Mais quelle est cette Europe dont la construction suppose la destruction des paysages européens ?

Ils ont muré les fontaines sacrées, fusillés les plus vieux lexiques, vidé les villages, coupé les mains avides de feuilles : ta peau, ta chair, ton frisson vert ! Ils n’auront pas ta chair, Pyrène, ta chair intime, la vallée d’Aspe, territoire de l’ours brun des Pyrénées, pirogue amarrée aux roches franco-espagnoles, ton sexe ! Je brandis mon tomahawk !

Aspe, je suis un aspache, le « retour des tribus » c’est moi ! Ecoutez mon rire énorme, terrifiant ! Regardez mes peintures de guerre ! J’ai passé la nuit dans la grotte de l’ours. Je suis un ours ! Je sauverai les ours, le dernier fauve d’Europe. Je me battrai pour une Europe fauve. Je sauverai la couleur fauve de l’Europe. Je me suis gavé de myrtilles et de baies, et, faute de préfet, j’ai dévoré le ventre d’une brebis. J’ai griffé les arbres sur lesquels les forestiers avaient mis de la peinture rouge. Je ne peux résister au parfum des laques, je suis un sniffeur de térébenthine.

J’ai laissé un peu de poil aux épines des ronces. J’ouvre grand ma gueule pour terroriser les experts en « environnement ». Je hais ce mot. Je suis un ours linguiste, je brise la carapace des mots, je regarde dedans. Environnement : environ, dans le voisinage de, l’entour, les alentours, la périphérie ! Mais le combat pour la nature est central, je défends le cœur fauve de l’homme ! qui a inventé le mot environnement ? Son adresse, vite, que je lacère sa face blême et mette à l’air sa tripe fade !

Pyrène, mon amour, je suis un ours ! un député s’indigne : Doit-on stopper un tunnel autoroutier européen pour sauver…neuf ours ? ». Ces neuf ours – je suis le dixième !- sont les gardiens d’Aspe, de ta chair, du grenier chaud des mémoires vivantes. L’homme : une maison dont le grenier est rempli de terre ! Mémoires vivantes, dis-je ! La mémoire païenne : il y a ici un Dieu sous chaque pierre, une divinité assoupie à chaque recoin que l’ombre lèche. La mort de l’ours serait la sienne. La mémoire catholique : Aspe, c’est la route de Saint-Jacques de Compostelle, la Vasaloppet des fans de Jésus. La mémoire douloureuse des peuples que le cadastre nie : les Basques recherchés par les tortionnaires espagnols se planquaient ici ! L’ours veille sur ça. Et quand il hiberne, c’est la neige qui monte la garde ! Tuer l’ours, c’est vendre la peau de l’homme !

Pyrène, je suis debout et seul avec mon tomahawk ! ils ne toucheront pas une cheveu de tes pierres, je te le jure ! Ils m’ont privé de tes mots, je m’en suis forgé d’autres, et d’autres viennent vers moi, beaux comme des grognements d’ours. Ce sont les mots des Républicains espagnols trahis par la France, leurs No Pasaran sont dans ma gorge occitano-basco-sarrazine. Des mots espagnols pour sauver l’Europe fauve ! Sur tes terres verticales, Pyrène, je remplis de mots bigarrés, de bestioles poilues et universelles, le chaudron des sorcières d’autrefois. C’est le grand abracadabra qui chauffe ! J’attise le feu que je suis, ça bout ! Ugh !

Les bulldozers de Béton 1er manoeuvrent à l’entrée de la vallée ! Pyrène, n’aies pas peur, je suis sur eux, je plante mon tomahawk dans leur capot jaune. On me passe les menottes. Garde-à-vue. Comparution immédiate. Le procureur de la République parle de « violence » et d’ « entrave à la liberté du travail ». J’éclate de rire et grogne. Je suis un ours, le dixième ours, et je ne reconnais pas ce tribunal. Qu’on me reconduise dans ma cellule !

Ce soir, Pyrène, je m’évaderai de la prison démocratique, et, au moment précis où tu achèveras la lecture de cette lettre qui te parle et parle de toi, je poserai sur ton ventre de brume ma main de goutte d’eau

Christian Laborde

Le camembert de l'Ours

L'ours fait partie du patrimoine ariégeois depuis bien longtemps. Ainsi en est-il du camembert de l'ours...

Petit camenbert de l'ours"Louis de Bardies a été président du comice agricole de Saint-Girons et lauréat du groupe d’arts des agriculteurs de France, membre du jury aux concours généraux de Paris. Il s’attachera, à la suite de son père, à la normalisation de la race Saint-Gironnaise, devenant membre à vie du herd-book départemental instauré au début du siècle pour cette race, créant avec de Terssac un syndicat d’élevage dès la parution du décret les instituant (1912), « pour l’achat et le placement de taureaux » Il créera une vacherie modèle à Soulan, mais surtout, il eut une influence non-négligeable sur les transformations de l’élevage bovin
et de la production laitière en reprenant de son gendre une fromagerie promise à un fort succès. En 1893, il fonde à Oust une usine «qui fabriqua pour la première fois, dans le Midi de la France, le fromage de camembert»!

Publicité pour le camenbert de l'ours - Ariège Ce « camembert de l’Ours » connu un grand succès, suivi par la création d’autres fromageries privées, alors même que ces initiatives relayaient la politique départementale de création de fruitières (coopératives beurrières et fromagères inspirées des Alpes) soutenue par l’administration forestière depuis le dernier quart du XIXème. L’importance grandissante des zones de collecte eut finalement et plus tard comme effet que «le ramassage conduisit à imposer une vie sédentaire aux vaches laitières», entamant un peu plus le système de production beurrière et fromagère en montagne (cabanes du Haut-Salat notamment)" – Chevalier 1956 .

Extrait de "LES TERRITOIRES DU PATRIMOINE" Réinvention du «terroir» et politiques de patrimonialisation en Couserans (Ariège-Pyrénées). Rapport de recherche remis à la Mission à l’ethnologie par Arnauld Chandivert (doctorant en ethnologie, CERCE –centre d’études et de recherches comparatives en ethnologie–, université Paul Valéry, Montpellier III.) Mars 2007.

J'y vois un petit air de famille avec un autre camembert, un fromage alpin celui-là : le vray camenbair des zalpes fabriqued in Belgia (extrait du Génie des alpages de F'Murrr)

20 juillet 2008

Pyrénées magazine donne ses 4 vérités sur l'ours

Editorial de Pyrénées-Magazine n°118 de Juillet-Août 2008

Une histoire sans fin

Le 16 mai 1996, Ziva, la première ourse slovène réintroduite dans les Pyrénées, découvrait les forêts de la commune de Melles, en Haute-Garonne. L’histoire qui vient ensuite, vous la connaissez. Elle est faite d’autres arrivées d’ours mais aussi de troupeaux attaqués, de manifestations de colère, de dialogues impossibles. Douze ans plus tard, où en est-on ? Y a-t-il, comme on veut nous le faire croire depuis l’arrivée de Ziva, un espoir de voir cohabiter ours et éleveurs, paisiblement, dans les Pyrénées ?

Afin de comprendre les tenants et les aboutissants du débat qui agite les Pyrénées, nous vous proposons, dans ce numéro, une enquête exclusive que nos journalistes ont consacrée à l’ours. Rien ni personne n’y est épargné, et il y a fort à parier que ces quelques vérités que nous vous énonçons sur la question du plantigrade feront grincer des dents... et ne sauveront pas l’ours. Car on se demande bel et bien, aujourd’hui, quelle est la position de l’État, l’arbitre de cette sombre affaire. En Béarn, les associations pro-ours réclament un nouveau renforcement de population, mais Paris semble faire la sourde oreille. Alors, l’été 2008 nous apportera, sans aucun doute, comme les précédents, son lot de brebis croquées et de mécontents...

Verite_ours
Heureusement, l’image que renvoie notre massif ne se résume pas seulement à ce regrettable conflit. Les Pyrénées, ce sont bien sûr, aussi, des paysages grandioses, des traditions, des histoires humaines fortes. Ici, tout cela se chante à travers un art vocal que jeunes et moins jeunes partagent : la polyphonie. Avec l’Institut occitan, Pyrénées Magazine vous offre un CD des plus beaux morceaux polyphoniques spécialement sélectionnés pour vous faire découvrir cette culture. Ah ! si ces quelques chants avaient réellement le pouvoir d’adoucir les mœurs... Quel bel été nous passerions !

Florence Garès
rédactrice en chef de Pyrénées magazine

Quelles sont les 4 vérités sur l'ours selon Pyrénées Magazine ?
Au vu de l'article, il me semble qu'elles ont été rédigées avant la sortie du "Bilan à mi parcours" qui permet d'espérer des changements positifs. Ni nouveauté, ni scoop; extraits :

1) L'échec de l'IPHB

"A l'arrivée, les statistiques sont impitoyables pour l'IPHB : sur les 7 ours de souche pyrénéenne, il en reste un (Aspe Ouest), peut-être deux. Sans les réintroductions, l'espèce aurait déjà disparu des Pyrénées." "Difficile à cerner le double discours de Jean Lassalle (...)"

2) L'ours bouc émissaire

"L'ours est totalement étranger aux difficultés de l'économie montagnarde en général et au pastoralisme en particulier.(...) le mouton néo-zélandais qui envahit les chambres froides des hypermarchés, la politique agricole commune provoque des dégâts sans commune mesure sur l'activité des vallées. Ce n'est plus un ours mais un bouc émissaire qu'ont trouvé éleveurs et élus. D'ailleurs, le conflit de l'ours n'est pas la caricature souvent dessinée par commodité médiatique d'une bataille du paysan-montagnard contre l'écolo des villes. Les éleveurs pro-ours ne font pas de bruit mais sont nombreux..."

3) L'impossible réconciliation

"La réconciliation entre pro-ours et anti-ours est impossible. (...) Elle aboutit à une première décision : pas de nouveaux lâchers pour 2008 ni pour 2009. L'Etat attend d'en savoir plus sur l'évolution de la vingtane de plantigrades. (...)"

4) L'Etat n'a pas osé...

"L'Etat français n'a pas encore défini de modèle pour la cohabitation entre l'ours et l'activité humaine des Pyrénées. Sarkozy n'a pas osé la rupture dans la politique de tâtonnement, du coup par coup, de la demi-mesure en vigueur depuis vingt ans."

Naissance de la Maison Pyrénéenne du Pastoralisme

Un "Maison Pyrénéenne du pastoralisme" et un site Internet pour soutenir le pastoralisme pyrénéen, qui se trompant souvant de cible, en a bien besoin. L'Association "Maison Pyrénéenne du Pastoralisme" d’Azet est une association loi 1901 qui a pour mission de gérer et d'animer la maison située à Azet dont l’objectif est de "promouvoir l’activité pastorale et l’agriculture de montagne des Pyrénées".   

L'association a pour objectif de "présenter les enjeux environnementaux, économiques et sociaux" du pastoralisme. S'agit-il d'une nouvelle vitrine manipulée par les ultrapastoraux ? Sur son site, aucune info ne permet de savoir qui se cache derrière et finance cette association "née du dynamisme des élus locaux et des techniciens du monde pastoral et soutenue par les services pastoraux des Hautes-Pyrénées (Centre de Ressources sur le Pastoralisme et la Gestion de l’Espace de Vic-en-Bigorre)."

Aucune allusion aux grands prédateurs sur le site. Allons nous retrouver derrière cette initiative les mêmes élus locaux, bien connus par ailleurs pour leur refus de toute cohabitation.

La Maison Pyrénéenne du Pastoralisme se veut être :

  • "un outil performant pour les professionnels à travers des échanges, des rassemblements de compétences et des formations sur le pastoralisme en privilégiant des échanges nationaux et internationaux".
  • "un espace muséographique qui entraîne le visiteur sur un sentier à la découverte du monde pastoral à travers les époques."

Maison Pyrénéenne du PastoralismeLa Maison Pyrénéenne du Pastoralisme est située au carrefour des vallées d’Aure et du Louron, à Azet. Elle envisage d'être présente sur plusieurs sujets :

  • Le soutien au développement agricole et pastoral (réunions d'information, aide technique),
  • Devenir un centre de formation pour éleveurs, bergers et étudiants de la filière pastorale.
  • Constituer un centre de documentation à disposition des professionnels et d'un "public averti" qui disposera d’outils technologiques modernes.
  • Etre un lieu de rencontres, d'échange et d'organisation de colloques et de séminaires avec une salle de réuinion de 60 m2
  • Créer un réseau de liens transfrontaliers.

A suivre...

19 juillet 2008

Le suivi des ours dans les autres pays

Les moyens du suivi

La comparaison avec les situations à l’étranger enseigne que les structures de suivi dans les autres pays concernent le plus souvent des populations d’ours préexistantes, d’augmentation démographique récente ou en cours, après une période de diminution : USA, Asturies, Slovénie. La situation la plus comparable à celle des Pyrénées est celle du Trentin, avec un renforcement effectué du fait d’un très faible nombre d’ours préexistants.

Le suivi des ours en Asturies (Espagne)

En Asturies, qui hébergent une centaine des 130 à 160 ours Cantabriques, le suivi est assuré par l’Autonomie : il est l’activité principale des 5 gardes de la «patrouille ours», auxquels s’ajoutent 10% du temps d’autres corps généralistes, gardes de l’environnement et gardes chasse principalement, au nombre de 121. Les moyens publics globaux affectés en ETP [Equivalent Temps Plein] sont ainsi de 17, 1, financés par l’Autonomie. A ces moyens s’ajoutent ceux des Fondations, Oso Pardo, Oso Asturiano et FAPAS, cette dernière réalisant beaucoup de photographie automatique. Ces participations importantes et techniquement expertes du fait de l’expérience acquise, n’ont pas été évaluées, mais représentent plusieurs ETP.

Le suivi des ours en Slovénie

En Slovénie, la gestion de l’ours, assurée globalement par l’Institut Forestier Slovène, représenterait au titre du suivi une soixantaine d’emplois à temps partiel, soit 30 ETP, pour une population d’ours comprise entre 500 et 700 animaux. L’essentiel du suivi se fait sur 186 points d’observation et de nourrissage.

Le suivi des ours aux Etats-Unis

Aux USA, les deux situations étudiées : ours colonisateurs autour de Missoula dans le Montana, et gestion globale de faune du Parc de Yellowstone, ne permettent pas de dégager simplement des données comparables spécifiques au suivi ours, les actions correspondantes étant de plus réparties entre plusieurs agences nationales, fédérales et ONG, et les prédateurs étant multiples, ours, mais aussi puma et loup. L’Etat du Montana a ainsi engagé 6 agents, médiateurs chargés d’améliorer l’acceptation de l’ours, d’assurer la sécurité des personnes (vis-à-vis du puma aussi), l’élimination des substances alimentaires susceptibles d’attirer l’ours dans les zones habitées, (notamment cadavres d’animaux tués sur les routes) et la prévention auprès des éleveurs.

Dans les parcs nationaux, les effectifs sont respectivement de 1 permanent et l’équivalent de 8 saisonniers à plein temps sur 100 permanents et 300 saisonniers d’été, au parc national des Glaciers, pour 300 grizzlys sur 4100 km2. La gestion de l’ours dans le Yellowstone mobilise de son côté 7 rangers sur les 80 du parc, et des saisonniers, pour 600 grizzlys sur 9000 km2.

Le suivi des ours dans le Trentin (Italie)

Dans le Trentin, le suivi mobilise 4,8 ETP au titre de l’administration provinciale, répartis sur 27 personnes. Ces moyens sont renforcés par une participation du parc naturel Adamello-Brenta au niveau de 2 ETP actuellement, après avoir compté 4 ETP pendant la phase de renforcement de la population ursine. On compte actuellement 6,8 ETP et 8,8 au maximum, lors du renforcement, pour un effectif d’ours qui a crû de 10 en 2000 à 25 actuellement.

Le suivi le plus dense paraît être effectué en Asturies, si on prend en compte services publics et Fondations.

Le cas du Trentin est le plus proche de celui des Pyrénées, avec la réalisation et l’accompagnement d’une réintroduction, mais le territoire de présence habituelle de l’ours est notablement plus étendu dans les Pyrénées, avec deux noyaux distants bien individualisés, et un territoire de présence occasionnelle très vaste.

Le renforcement de l’ETO

L’organisation du suivi de l’ours brun a été confiée à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) par le Ministère chargé de l’environnement en 1983. Il repose sur la mise en place d’un réseau de membres répartis sur l’ensemble du massif pyrénéen, le Réseau ours brun (ROB) et sur une structure technique permanente, l'Equipe Technique Ours.

L’ «Equipe Technique Ours» (ETO) est la structure de permanents, créée en 1995, dans le cadre des programmes européens LIFE «restauration et conservation de l’ours brun dans les Pyrénées centrales» : sous la houlette de la Direction des études et de la recherche de l’ONCFS, elle élabore les protocoles de suivi, centralise les données, effectue des synthèses et anime le ROB. Elle apporte un soutien aux éleveurs et bergers et un appui technique à la mise en place des mesures de protection. C’est une équipe partenariale composée de techniciens de l’ONCFS et de l’ONF, et de techniciens des Fédérations départementales des chasseurs, mis à disposition. Elle comprend deux pôles : un pôle «suivi et recherche » et un pôle «pastoral».

Le pôle «suivi» de l’ETO comporte actuellement, au titre de ses moyens pluriannuels, 3 ETP de techniciens permanents, personnels de l’ONCFS ; 2,25 ETP techniciens des Fédérations de Chasse et 0,75 ETP techniciens de l‘ONF. Il est renforcé jusqu’en 2008 de 3 Techniciens de l’ONCFS en CDD, soit un effectif total de 9 ETP, qui devrait être réduit à 6 fin 2008 (fin des CDD).

Même si l’effectif global de l’ETO correspond globalement, et sans entrer dans le détail des missions et des schémas d’organisation très variables d’un pays à l’autre, à la situation des autres pays, la mission considère que la gestion de la population d’ours consécutive à la nouvelle stratégie proposée justifie un renforcement des moyens de l’ETO.

Pour assurer convenablement ce suivi, tout en se mettant en situation de répondre aux demandes diverses, la première mesure à prendre est de pérenniser les 3 postes de techniciens en CDD, avec les missions principales suivantes :

  • 1 poste d’opérateur technique de terrain, catégorie C, installé à Pau. La création de ce poste d’opérateur technique est à lier aux décisions à prendre sur le devenir du noyau ursin occidental.
  • 1 poste d’animateur du réseau sur les Pyrénées-Centrales et orientales, assurant l’exploitation des réseaux de suivi, des données des stations de suivi et indices relevés par le RSO, l’analyse des synthèses et retours d’information, la préparation de documents de communication.
  • 1 poste d’assistance à la gestion administrative (y compris financière et RH) de l’ETO et à la correspondance du SIG [La mission tient à souligner la qualité du SIG Pyrénées, la compétence de son équipe d’animation de l’Assemblée pyrénéenne d’économie montagnarde (APEM) et l’intérêt du partenariat qu’il offre pour le Plan de restauration] Pyrénées. Deux domaines de compétence différents qui devraient pouvoir être assumés par un cadre A.

Ce renforcement permettrait à l’ETO de dégager du temps pour l’analyse de données, les publications demandées par l’ONCFS, la participation à des colloques internationaux et la réalisation de diverses expertises.

Cela lui permettrait aussi de parfaire la formation de ses personnels aux situations de crise et de leur permettre, par des formations adéquates, une amélioration qualitative des services de tous ordres à rendre, notamment aux éleveurs et aux bergers.

La mission recommande fortement le renforcement des moyens de l’Equipe Technique Ours, notamment en pérennisant les trois CDD mentionnés supra, et lui permettant de parfaire et d’adapter sa formation, notamment en situation de crise.
Elle demande à la DNP de travailler avant la fin 2008, sur la mise au point d’une lettre de mission à l’ONCFS permettant d’améliorer son organisation et de traiter deux questions :

  • l’implication scientifique souhaitée par l’ONCFS sur l’ours et l’amélioration de celle-ci (publications scientifiques, colloques, encadrement de thèses) ;
  • la prise en charge des missions de suivi d’animaux équipés radio, de reprise [La capture de deux ours a nécessité pour chacun, une centaine de journées pour huit personnes, ce qui représente chaque fois près de 40% du potentiel humain annuel de l’ETO !] et de renforcement éventuel.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

L'étendue des missions confiée à l'ETO est très large. Les ours allant progressivement perdre leurs émetteurs (sauf sils sont ré-équipés), le suivi deviendra plus compliqué et sans doute plus long.

Il me semble inopportun de confier aux mêmes personnes le rôle de "baby-sitter" des ours (importation, localisation, suivi, capture, transport, information) et en même temps celui d'intervenir lors des dégâts.

Si un membre de l’ETO refuse le moindre dommage, les "protecteurs" des ours deviennent pour les éleveurs les responsables du non-dédommagement et sont perçus comme «partisans» ou «juge et partie» . C’est une source de conflits comme l’a bien montré la communication agressive envers l’ETO des associations ultra-pastorales. Un de leurs représentants annonçant par exemple des «procédures judiciaires» contre les personnes qui s’occupent d’expertiser les dégâts des ours accusées d’avoir eu des «comportements anormaux» - comprendre d’avoir refusé de mettre sur le dos de l’ours des pertes ayant d’autres causes. L’épisode grotesque des veaux d’Aston est parlant à ce sujet.

Plus de personnel à l'ETO faciliterait le suivi, la communication et la protection des troupeaux et des ours. Rien que du positif donc pour les deux parties.

La densification des stations de suivi

Le premier moyen, en cours autant qu’urgent, est la densification des stations de suivi équipées de pièges à poils, pour déterminer les génotypes différents. 49 pièges existaient, dont 18 en Béarn, et 31 dans les Pyrénées-Centrales et à l’est, répartis à maille moyenne de 64 km2 (8x8 km), soit 3136 km2 couverts.

Une station de suivi de l'ours : piège à poilsUn piège à poil d'ours en Béarn : Vu l'absence d'ours en Béarn, l'absence de poil n'est pas une surprise. Peu de poils seront relevés ce jour là. Photo (B de Menten)

Le dispositif est en cours de densification en Pyrénées-Centrales, avec 34 nouveaux sites conduisant à une maille de 4x4 km, sur un territoire de 752 km2. Un indicateur de l’efficacité de nouveau maillage serait qu’il permette de capter chaque année plusieurs échantillons de chaque génotype identifié, ce qui présume que tous les animaux présents sont contactés, et ainsi fournir une estimation plus représentative du nombre réel d’animaux présents.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

Le dispositif est simple, voire simpliste, mais doit être placé sur un lieu de passage, sur un arbre "frotté" par les ours. Le suivi nécessite un passage régulier pour relever les trace de passages et récolter les poils accroché au grillage.

Le développement du Réseau ours brun

Le «Réseau ours brun» (ROB), coordonné par l’ONCFS, est composé officiellement d’environ 180 membres répartis sur les six départements pyrénéens, provenant d’horizons divers : services de l’Etat, fédérations départementales des chasseurs, associations d’environnement, syndicat mixte IPHB. Un certain nombre d’usagers de la montagne lui apporte aussi de temps à autre leur contribution.

La mission estime nécessaire de redynamiser, et de densifier, le réseau ours brun, en améliorant son animation, et en augmentant le nombre de participants, pour se préparer à la disparition des données fournies par les ours équipés.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, les seules prospections directes de terrain (suivis de pièges, itinéraires kilométriques d’abondance, recherche simultanée d’indices), excluant le contrôle de témoignages, mobilise 190 journées, pour une surface prospectée de 600 km2 environ. Ces opérations associent des personnels de l’ONCFS, du Parc national, de l’ONF, des Fédérations de chasse et des adhérents du FIEP.

En raison de l’étendue du territoire à prospecter en France, le suivi doit concerner en priorité les territoires fréquentés par des ourses reproductrices, c'est-à-dire le Luchonnais- Couserans, notamment en recueillant des indices non liés à un réseau de pièges attractifs, pour disposer de données non biaisées sur la fréquentation du territoire.

Il faut aussi inclure la totalité du territoire qualifié de zone de présence occasionnelle, dans la mesure où la principale source de données relatives aux ours se trouvant hors des territoires de présence retenus, proviendra du Réseau.

Dans les Pyrénées-Centrales, la même pression d’observation devrait concerner une surface approximativement double, mobilisant donc 350 à 400 journées. Une «tranche» de 200 journées supplémentaires pourrait donc être nécessaire, pour prospecter de part et autre de cette zone, dans les Hautes-Pyrénées à l’ouest et en Haute-Ariège à l’est.

La participation des chasseurs aux recherches systématiques d’indices devrait être encouragée, dans l’esprit des chartes négociées entre l’Etat et les Fédérations départementales des chasseurs –voir "la participation des chasseurs et des randonneurs"-. La formation prévue par ces chartes doit contribuer à cette sensibilisation, au delà de la remontée de données d’observation individuelles.

Une contractualisation avec l’ONF, qui dispose de plusieurs dizaines de personnels fonctionnaires et ouvriers sur la zone, devrait être recherchée, en vue de mobiliser ces personnels, notamment pour des recherches simultanées d’indices qui se font au printemps (début mai) ou en automne (mi-octobre) sur neige fraîche ; les observations spontanées faites par les personnels fonctionnaires et ouvriers de cet établissement peuvent aussi être valorisées. Cette action relève des missions d’intérêt général de cet établissement –voir "l’adaptation de la gestion forestière" (lien)-.

D’autre part, plusieurs des personnes rencontrées lors de la consultation, comme l’Association des Bergers des Hautes-Pyrénées, se sont déclarées intéressées pour une participation au Réseau ours brun, aux côtés des chasseurs, accompagnateurs en montagne, randonneurs, membres d’associations d’environnement.

D’autre part, certains éleveurs ont fait part à la mission de leur souhait être dotés d’appareils photographiques numériques, pour saisir des indices fugaces : traces dans neige fraîche, dans la boue, par temps pluvieux, etc. Il semble que ces intentions méritent un examen attentif, d’autant que le coût des matériels nécessaires ne cesse de diminuer.

L’accroissement des moyens du ROB pourrait enfin faire appel au mécénat : si la gestion proprement dite de l’espèce ne peut que relever des pouvoirs publics, la connaissance de la population ursine qui implique déjà le secteur associatif, avec le FIEP notamment, pourrait intéresser le mécénat, comme par ailleurs, la préservation et l’amélioration des habitats forestiers.

Cette mobilisation collective d’un réseau ours brun renforcé peut être une conséquence directe et positive de la requalification des territoires de présence et de la gestion renouvelée de la population d’ours qu’elle entraîne. C’est pourquoi la mission recommande de porter cette proposition devant le groupe de travail pyrénéen évoqué en "la concertation sur la qualification des territoires".

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

Plus il y aura de participants impliqués dans la suveillance et le suivi de la population d'ours, meilleure sera la connaissance de cette population et de ses habitudes. De plus l'intégration de bergers, de chasseurs, et des autres groupes concernés par l'ours augmentera les contacts nécessaires à l'acceptation générale.

Farid Benhammou : L'ours n'est toujours pas sauvé

Farid BenhammouFarid Benhammou

Farid Benhammou est docteur en sciences de l’environnement, agrégé de Géographie.

Le rapport d'évaluation «à mi- parcours» du plan de restauration (2006-2009) de la population d'ours dans les Pyrénées vient enfin d'être livré, avec plusieurs mois de retard. La secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, l'a présenté fin juin lors de la première réunion du «Groupe national ours», constitué pour favoriser le dialogue entre tous les acteurs concernés. Sans grande surprise, les anti-ours, l'ex-député ariégeois Augustin Bonrepaux et le député béarnais Jean Lassalle en tête, l'ont boycottée.

Les auteurs du rapport ont pourtant évité de faire un texte partisan, et rappellent que la préservation de l'ours est une obligation. Plusieurs éléments révèlent cependant une imprégnation idéologique insidieuse du discours des opposants. Par exemple, le Plan de sauvegarde de l'économie de montagne d'accompagnement du pastoralisme pyrénéen ne devra pas être explicitement associé à la cohabitation avec l'ours. Pourtant, les aides ne seraient probablement pas de cette ampleur sans la médiatisation liée au prédateur. De plus, des propositions sous-entendent qu'il faudra cantonner les ours à certaines zones. Les éleveurs le souhaitent ardemment, mais aussi les chasseurs. Or, les hommes et la faune se sont toujours côtoyés dans les usages du territoire pyrénéen. Faudra-t-il abattre les spécimens égarés d'une population ursine déjà faible?

Enfin, ce rapport est imprégné d'une vision déformante opposant schématiquement les «Pyrénéens éleveurs» et les «environnementalistes urbains» nationaux. Pourtant, nombre de voix locales, y compris des agriculteurs, sont favorables à la cohabitation avec l'ours. La réintroduction d'ours en Béarn, depuis longtemps nécessaire, est à nouveau évoquée, mais sans calendrier précis (Les réintroductions de 1996 et 2006 n'ont concerné que les Pyrénées centrales). Notamment parce que la décision politique locale est verrouillée par Jean Lassalle et ses proches. Des ours espagnols, les plus proches génétiquement des ours pyrénéens sont proposés, en écho à une «xénophobie» ursine accusant les individus slovènes précédemment introduits d'être plus voraces à l'endroit des brebis.

Or, il s'agit de la même espèce d'ours brun ... C'est plus systématiquement l'absence de gardiennage des troupeaux qui est en cause. En outre, les populations d'ours espagnols, avec seulement 60 à 80 individus dans les monts Cantabriques, sont elles-mêmes en danger. Vu la clémence des juges à l'encontre des chasseurs tueurs d'ours en France, après l'acquittement du tueur de Cannelle, il n'est pas acquis que les autorités ibériques souhaitent participer à une telle opération. La préservation de l'ours brun reste encore un objectif à confirmer dans notre pays.

Source : Politis, jeudi 17 juillet 2008 (avec la permission de Farid Benhammou)

18 juillet 2008

La sécurité des personnes

Des constats faits par la mission dans les différents pays, l’ours brun n’est pas ressenti par les habitants qui le côtoient comme spontanément dangereux pour l’homme : très discret en Asturies, apparemment plus visible dans le Trentin, où son régime alimentaire saisonnier l’attire vers les vignobles et vergers de pommiers, ce n’est qu’en Slovénie qu’une forte densité d’ours (7 ou 8 pour 100 km2) conduit à envisager des mesures de prévention vis à vis des personnes, notamment des enfants.

En Asturies et dans le Trentin, il n’y a pas souvenir d’une attaque physique d’ours sur un humain dans le passé et celles-ci sont rares dans les pays d’Europe centrale à fortes populations d’ours, Slovaquie et Roumanie.

Dans un contexte différent, le grizzly du Yellowstone, beaucoup plus imposant physiquement que l’ours du Sud-Ouest Européen, réputé agressif, majoritairement carnivore et qui a connu dans le passé une période de près de 40 ans de familiarisation volontaire –par nourrissage pour faciliter sa vision par les touristes, n’a causé que 3 ou 4 morts depuis [Pendant que les bisons, beaucoup plus nombreux et très proches des routes, faisaient 5 victimes ] la création du parc national en 1872, et attaqué et/ou blessé chaque année une cinquantaine de personnes de 1931 à 1969.

Si une attaque d’ours ne peut évidemment pas dans l’absolu être exclue dans le contexte des montagnes d’Europe occidentale, notamment dans le cas d’une ourse suitée se sentant menacée, même si les zones d’élevage des jeunes sont habituellement très retirées par rapport à l’habitat humain, la probabilité en est beaucoup plus faible que celle d’une attaque ou dommage par un autre animal.

Dans aucun de ces pays, y compris aux USA, il n’y a de suivi individuel «sécuritaire» des ours, y compris en zone très fréquentée par le public. Des conseils de comportement en cas de rencontre d’ours et des consignes pour éviter l’accoutumance de l’ours à des ressources alimentaires associées à la présence humaine, sont largement diffusés.

La sécurité des humains, compte tenu du comportement habituel de l’ours, ne semble pas justifier un suivi spécifique. Si cela était, ce suivi qui ne pourrait être fait qu’avec un équipement radio, devrait être permanent et concerner tous les ours. Les délais d’interprétation des signaux et la mobilité de l’animal entraîneraient en tout état de cause une incertitude permanente de plusieurs kilomètres sur la localisation exacte de l’animal.

L’équipement permanent de l’ensemble de la population n’est par ailleurs pas envisageable [Aucune population d’ours ne comporte d’animaux équipés en permanence pour des raisons sécuritaires. Aucun ours asturien n’est même équipé, semble-t-il pour partie, en raison de l’hostilité de la population à toute capture d’ours autochtone. Les ours réintroduits dans le Trentin étaient équipés à leur lâcher en 2000, les colliers qui ont progressivement cessé d’émettre n’ont pas été remplacés et aucun animal n’est équipé actuellement. Un seul ours, «relocalisé» est actuellement équipé en Slovénie. L’équipement permanent d’ours en Suède et aux USA (Yellowstone) correspond à des programmes scientifiques dans la durée et ne concernent qu’une fraction de la population] : il faudrait capturer l’ensemble des animaux, les re-capturer environ tous les 3 ans avant épuisement des piles électriques, indépendamment du coût budgétaire d’une telle mesure [Un collier coûte 4000 €]. Ces animaux dont le psychisme est complexe en seraient vraisemblablement perturbés, de façon imprévisible. Cette situation ne serait pas compatible d’autre part avec la notion d’animal sauvage et libre de ses mouvements.

Toutefois, même si le risque est faible, des moyens d’intervention doivent pouvoir être activés. Ils sont prévus par le «protocole [ONCFS/ETO – février 2006] d’intervention sur un ours à problèmes», qui mérite une adaptation à la gestion renouvelée de la population d’ours qu’entraîne la requalification des territoires de présence : c’est l’objet du chapitre suivant.

Par ailleurs, la question sécuritaire rejaillit naturellement sur celle de la responsabilité, notamment des élus locaux. La circulaire interministérielle [Circulaire DNP/CFF 07-02 des ministres de l’Intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, de l’Agriculture et de la pêche et de l’Ecologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du 26 avril 2007] d’avril 2007 aux préfets du massif des Pyrénées relative au «rôle des autorités publiques dans la mise en œuvre des dispositifs de sécurité des personnes et de suivi des populations d’ours bruns» apporte des réponses sur lesquelles que le Conseil d’Etat devrait prochainement donner son avis.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

La stratégie de la peur des éleveurs est une manipulation connue et utilisée depuis longtemps par le Front National : créer la peur de l'autre, de l'étranger. Chaque "accident" où un ours est en cause (peu importe qu'il s'agisse d'un ours polaire ou d'un ours noir d'ailleurs) est l'occasion d'un article sur un des sites Internet des opposants (Le Grand Charnier, Kairn, Aspap; Pyréniais etc.) Les statistiques sont quand même là pour rappeler que lors des dernières années, dans les Pyrénées, les rencontres hommes-ours se soldent souvent par la mort... de l'ours.

La gestion des ours à problèmes

Le «protocole d’intervention sur un ours à problèmes» ONCFS/ETO de février 2006 considère «à problème» : un ours trop familier vis à vis de l’homme, un ours anormalement prédateur, un ours agressif envers l’homme.

L’évaluation comparative tend à montrer que les solutions adoptées dans les territoires à populations d’ours importantes sont «expéditives» : en Slovénie, jusqu’en 1990, tous les animaux sortant de la «zone rouge» de présence de l’ours étaient abattus [Ce qui a engendré de vices réactions de la part de la population, amenant les gestionnaires de la population à plus d’informations et d’explications du pourquoi]. Depuis cette date, après concertation, les prélèvements ont été répartis entre la zone rouge et sa périphérie ; ailleurs, dans les corridors de colonisation (vers le nord – est et le nord-ouest), les ours à problèmes sont déplacés, pas éliminés. Ils sont aussi éliminés des autres territoires, hors zone rouges du sud et corridors -telle la Pannonie aux environs de Maribor-. A cette politique s’est ajoutée la suppression ces dernières années des ours familiers près des villages en zone rouge.

Au Montana, après délocalisation ou effarouchements infructueux, les animaux familiers ou agressifs sont supprimés. Dans l’ouest des USA, l’espace disponible permet de tenter systématiquement le déplacement et la «relocalisation», l’ours brun américain paraissant aussi plus facile à capturer, peut-être du fait de la faible densité des ressources alimentaires ; mais beaucoup d’ours reviennent et conservent leur comportement antérieur, et il faut alors les éliminer.

A l’inverse, dans le Trentin, le traitement du cas unique de l’ourse familière Jurka a pris en compte des souhaits divergents, fortement exprimés dans l’opinion locale et nationale, de l’extraire du milieu naturel, de ne pas la tuer, et même de ne pas l’exhiber en captivité : elle a donc été mise en captivité dans une installation non accessible au public, où d’autres places sont prévues en prévision de cas analogues. Avec ses partenaires, la mission a visité cette installation, qui a laissé pour le moins perplexe l’ensemble de la délégation française.

En Asturies, il n’a pas été évoqué la présence d’ours à problèmes.

La question des ours à problèmes est complexe : «le Ministère slovène a établi une liste de cas, de types d’interventions et de solutions à appliquer, mais chaque situation est unique et demande à être évaluée [Marko Jonosovic, Institut forestier slovène, responsable du groupe d’intervention spécial, qui traite plus d’une trentaine de cas par an]».

  • dans les territoires de présence reconnue et à leur proximité, il s’agit de tenter de dissuader des ours, familiers ou agressifs vis à vis des humains, d’adopter ces comportements. Selon Christopher Servheen, ces actions ont une chance de réussite si l’ours n’a pas encore satisfait sa faim ou sa curiosité. Dans ces territoires, il paraît préférable de re-capturer l’ours incriminé sans effarouchement préalable, puis de relâcher l’animal après équipement radio, et cette fois, avec effarouchement renforcé, par exemple avec le concours de chiens.
    Concernant les animaux prédateurs, il faut considérer que la prédation d’animaux non gardés est un comportement normal de l’ours. Certains ours ont été très prédateurs, mais ont cessé de présenter ce comportement. Face à une prédation multiple, il faudra donc faire une analyse de comportement, avant de décider d’une reprise.
  • en dehors de ces territoires et à l’échelle des Pyrénées, le schéma «capture et relâcher à grande distance» d’animaux nés dans le massif, qui est efficace à l’échelle de vastes territoires, paraît inadapté. En effet, l’animal aux habitudes prédatrices, qui est déjà largement «passé à l’acte», ne changera pas de comportement après une délocalisation, suite à laquelle, au contraire, il cherchera vraisemblablement dans un territoire inconnu la source d’alimentation la plus facile.
    Le territoire pyrénéen est exigu à l’échelle des déplacements des ours : le retour sur le lieu de reprise d’un ours né dans le massif est toujours probable, l’animal ayant une connaissance large du territoire. Enfin, le relâcher ne pourrait s’envisager qu’en territoire de présence reconnue, caractérisé par la présence de femelles reproductrices et donc de mâles dominants : si l’intégration d’une femelle dans ce contexte paraît envisageable, celle d’un mâle paraît très improbable.

C’est pourquoi, dans le contexte pyrénéen, la mission estime qu’il faudrait probablement envisager l’élimination des ours excessivement familiers, dangereux ou très prédateurs. Outre les aspects réglementaires, s’agissant d’une espèce actuellement en état de conservation «défavorable-inadéquat», cette mesure pourrait être admise par l’opinion en fonction du développement des noyaux de population dans les territoires de présence.

Cette gestion, si elle était décidée, nécessiterait une équipe spécialisée, d’intervention d’urgence, vis à vis des ours familiers ou agressifs [Dans le passé, il y a eu dans les Pyrénées des ours autochtones familiers ou agressifs] , d’autant que la disparition du suivi radio d’une partie des animaux accroît la probabilité de situation imprévue et renforce la nécessité d’une capacité d’intervention d’urgence.

Dans les pays visités, cette fonction est toujours prévue et son activité varie en fonction de la densité d’ours.

  • au Montana, l’équipe de 6 médiateurs est chargée de plusieurs tâches : mitigation auprès de la population pour faire évoluer la perception des prédateurs ; prévention vis à vis de l’accoutumance alimentaire des ours ; mise en place de dispositifs de protection des troupeaux ; effarouchement des ours ; élimination des animaux potentiellement dangereux (couguars s’approchant des établissements recevant des enfants, ours noirs et ours bruns grizzlys familiers ou agressifs).
  • en Slovénie, le groupe d’intervention spécial, comporte au niveau du pays un coordinateur national et trois équipes de trois personnes : il traite 150 à 200 sollicitations par an, réalise 30 à 40 interventions, dont effarouchement, anesthésie et transfert, élimination, suivant l’évaluation faite par l’équipe qui s’appuie sur des critères nationaux.
  • dans le Trentin, une équipe d’urgence de 3 personnes, 1 coordinateur et deux opérateurs, est activée 24h/24 de mars à novembre, pour effaroucher, éventuellement capturer et équiper ; elle implique 21 personnes, 9 coordinateurs et 12 opérateurs du service forêt-faune de la province.
  • dans les Asturies, où aucun cas de familiarité ou d’agressivité n’a été relaté à la mission, la Patrouille Ours de cinq personnes, en charge habituellement du suivi, assumerait éventuellement cette mission.

L’activité de reprise d’un animal non équipé d’émetteur peut se révéler extrêmement coûteuse en temps : ainsi la capture de Papillon et la re-capture de Pyros ont coûté chacune 90 à 100 journées de piégeage à 8 personnes, plus un vétérinaire en permanence pour Papillon ! Ces opérations de capture, forcément aléatoires, peuvent discréditer l’équipe, alors qu’elle est par là même empêchée de s’investir dans ses autres activités.

Pour les Pyrénées, la mission recommande que l’Equipe Technique Ours soit confirmée dans cette mission de gestion des ours à problèmes, qui pourrait s’inscrire en partie dans le temps libéré par la diminution ou la disparition du suivi télémétrique.

Comme pour les opérations de recapture, un concours pourrait être demandé aux services départementaux de l’ONCFS : les deux brigades mobiles d’intervention compétentes sur la chaîne pyrénéenne pourraient apporter leur concours aux opérations de tir d’élimination en vue d’alléger le cas échéant l’engagement de l’ETO.

Ces opérations comme d’ailleurs les expertises de dommages, peuvent se dérouler dans un contexte tendu, voire passionnel, au contact de personnes très impliquées dans l’élevage, ou dans la protection de la faune sauvage. Les personnels concernés de l’ETO et des autres services de l’ONCFS devraient bénéficier de formations à la gestion des situations de conflit.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

L'élimination des ours "à problèmes" ne me semble pas contraire à la volonté de cohabitation et à celle de protection des noyaux d'ours pyrénéens à quatre conditions :

  1. la définition de "l'ours à problèmes" doit être claire, non sujette à interprétations.
  2. la délocalisation des femelles doit être envisagée si celà s'avère possible.
  3. les ourses suitées doivent être protégée comme leurs petits et ne peuvent pas être éliminées tant que les jeunes ne sont pas indépendants.
  4. l'ours éliminé doit être remplacé par un autre du sexe le plus approprié à la survie de l'espèce.

Comme ils l'ont montré par le passé, les éleveurs considèrent qu'être un ours "est un problème en soi". Tous les ours sont donc des ours à problèmes et il suffit de quelques prédations pour qu'ils demandent l'élimination de l'ours, quel qu'il soit et hurlent à la machination s'ils n'obtiennent pas gain de cause. Leur objectif étant clairement la disparaition définitive et rapide de la population d'ours des Pyrénées.

Il est déjà important de noter que "la prédation d’animaux non gardés est un comportement normal de l’ours." Mais la définition de l'ours à problème reste à fixer. Les éleveurs n'ont pas arrêté, avant sa mort, de demander le "retrait" de l'ourse Francka qu'ils considéraient comme une "ours à problèmes". Après sa mort, NKM, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie a maintenu sa demande d'un rapport sur le comportement de Franska a un collège d'experts indépendants. Le rapport demandé à été publié lors de la première réunion du Groupe Nationl ours : Francka n'était pas une ourse à problèmes. Des conflits de ce genre vont certainement se reproduire.

Il est plus que probable, que cet été, les éleveurs "mettent la pression" sur l'ourse Hvala, surtout qu'elle s'est déjà reproduite et qu'elle a rencontré un mâle ce printemps. Ce serait donc pour eux l'occasion d'éliminer une future reproductrice et donc de gagner sur les deux tableaux. Leur stratégie étant transparente comme de l'eau de roche, la buvette tient le pari : ils vont demander le retrait de "l'ourse à poblèmes" Hvala...

La coopération avec l’Espagne et l’Andorre

Les noyaux de population d’ours des Pyrénées-Occidentales, et des Pyrénées- Centrales, sont établis sur les deux versants des Pyrénées. Même au faible niveau de l’effectif actuel, la population d’ours est transfrontalière.

Les Autonomies Espagnoles et la Principauté d’Andorre participent de façon significative au suivi de l’ours pyrénéen :

  • l’Aragon affecte 1100 journées/agent annuelles, par une patrouille ours de 5 personnes, plus un demi poste dédié à la cartographie ;
  • la Navarre assure 90 journées de suivi réparties entre ses 8 gardes locaux ;
  • la Catalogne affecte 3 personnes, à Barcelone, en Val d’Aran et en Pallars Sobirà ;
  • la Principauté d’Andorre affecte de son côté un agent à plein temps.

La coopération franco-espagnole existe donc bel et bien, dans le cadre d’une déclaration [Déclaration d’intention du 22 mai 2006 entre le ministère français chargé de l’environnement, le ministère de l’agriculture et du patrimoine naturel d’Andorre et le ministère espagnol de l’environnement pour une coopération relative à la conservation de l’ours brun dans les Pyrénées ainsi qu’à d’autres espèces d’intérêt commun] signée en l’an 2006. Un comité se réunit une fois par an et les agents de l’ETO assurent un contact régulier avec les responsables du suivi en Espagne et en Andorre.

La mission et les principaux interlocuteurs rencontrés sur le terrain estiment qu’il est nécessaire d’intensifier la coopération entre la France, L'espagne et Andorre pour gérer une population d’ours par nature transfrontalière. Dans le cadre de la déclaration d’intention entre les trois pays, deux axes paraissent devoir particulièrement être privilégiés :

  • le montage d’opérations communes de recherche simultanée d’indices, sur les deux versants des Pyrénées,
  • l’harmonisation des méthodes d’identification génétique des animaux, par les méthodes de collecte, et par les marqueurs génétiques utilisés.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

Quand la France et l'Espagne pousseront-elles la coopération jusqu'à organiser une réintroduction sur les deux versants des Pyrénées?

L'information et la concertation

Si la mission place cette partie sur l’information et la concertation en fin de chapitre, ce n’est pas seulement parce qu’elle est le prolongement naturel des considérations techniques exposées supra et qu’il faut expliquer au public et aux socioprofessionnels, mais surtout parce qu’elle est la condition d’une bonne application de tout ce qui est proposé précédemment, et qu’elle boucle de cette manière le principal enseignement de l’analyse comparative présentée au début du rapport : la transparence et la gestion collectives.

L’information et la communication

Dans tous les pays visités, l’information des habitants et des parties prenantes fait partie intégrante des plans et mesures de gestion. Cette information et cette communication ne sont bien entendu pas absentes du Plan de restauration dans les Pyrénées, tant vis à vis des élus et du grand public que des socioprofessionnels : lettre d’information semestrielle, communiqués de presse, dépliants, site Internet, sensibilisation des scolaires, etc. Elle devra se poursuivre et s’accentuer pour la mise en œuvre des propositions de ce rapport.

Concernant la localisation des ours, elle ne pourra pas dans le futur être connue précisément dans les Pyrénées, sauf circonstances particulières (observation directe, photographie, traces très récentes, pouvant être datées…), ce qui est déjà le cas pour la majorité des ours présents. L’identification certaine d’un animal, ayant déposé un indice en un lieu connu, mais à une date indéterminée, sauf cas particuliers, devra attendre l’analyse génétique.

Dans ce contexte, le partage de l’information et la transparence sur les méthodes de collecte d’indices et d’interprétation de résultats sont essentielles pour connaître, mais inévitablement avec délai (le temps des analyses génétiques), l’effectif estimé des animaux, et les points de passage répertoriés de ceux-ci.

En revanche, toute localisation d’un ours, instantanée ou récente et prouvée (individu souvent non identifié, notamment suite à prédation) devra être largement portée à la connaissance du maire de la commune et des communes voisines, des responsables des agriculteurs et groupements pastoraux et des associations communales de chasse.

Mais sauf cas d’urgence, l’identification de l’ours par la génétique ne pourra être réalisée que plus tard, les déterminations en laboratoire devant être regroupés en un ou deux traitements annuels d’échantillons, pour maîtriser les coûts. Il en est ainsi dans les pays visités. Les pièges à poils des stations de suivi sont relevés tous les 15 jours : par contre, en raison du coût, les analyses sont faites en deux sessions annuelles, sur échantillons regroupés : juin et novembre. Une procédure d’urgence, coûteuse, peut donner une détermination d’échantillon en 15 jours. Dans le cas habituel, le délai entre la collecte de l’échantillon et l’identification de l’animal est de 1 à 6 mois. La date de passage de cet animal sur le lieu de piégeage est connue dans ce délai, avec une incertitude de 15 jours. Les recherches simultanées d’indices se font sur neige fraîche, à des dates fonction de la météo, en mai et en octobre.

Trois synthèses de données peuvent être produites dans l’année :

  • 30 juin : synthèse des recherches simultanées d’indices, enrichie le cas échéant des indices kilométriques d’abondance et de témoignages validés.
  • 1er septembre : données précédentes consolidées avec les identifications génétiques : individus (génotypes) différents sur échantillons collectés au 1er semestre, sexes et dates de présence (à la quinzaine de jours près) sur les pièges.
  • février : synthèse annuelle, avec l’ensemble des données issues des analyses génétiques.

La synthèse du 30 juin est utilisable par les élus et les éleveurs ; la synthèse du 1er septembre intéressera principalement les chasseurs.

La mission recommande que soient élaborées dans l’année ces trois synthèses, avec une large diffusion auprès des élus, des responsables agricoles et groupements pastoraux, des Fédérations de chasse et associations locales concernées, des associations d’environnement.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

Au vu de ce qui s'est passé avec l'ourse Francka (l'utilisation des localisations pour l'organisation de battues), la publication des localistions précises doit être retardée en cas de conflits avec les éleveurs.

La concertation et la gouvernance

Il s’agit sans doute là de l’enseignement principal de l’analyse comparative : la mobilisation et la gestion collectives -qui ne sont pas synonymes de consensus-, pour travailler ensemble est une constante dans les pays visités. Le Plan de restauration avait bien sûr prévu la concertation entre les parties prenantes et l’exemple des pays voisins montre, s’il en était besoin, qu’elle est indispensable pour la gestion de l’ours (Asturies, Slovénie, Trentin) : «cette réunion [Conclusion solennelle du maire de Kocevje à la fin d’une réunion des parties prenantes avec la délégation française lors de son déplacement en Slovénie] des partenaires autour de la table, administration, élus, chasseurs et associatifs, résulte de nombreuses années de concertation».

Il faut d’ailleurs souligner qu’à côté de nombreuses réunions ou instances à thématiques spécifiques, des outils institutionnels de concertation existent sur le massif : le Comité de massif ; les Comités départementaux de gestion de l’espace montagnard en Haute-Garonne et dans les Hautes-Pyrénées ; l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB) pour les Pyrénées occidentales, notamment.

La mission recommande que cette concertation se situe à deux niveaux principaux :

  • un groupe de travail [La secrétaire d’Etat à l’écologie a d’ores et déjà annoncé son principe sous l’appellation Groupe national Ours, en parallèle avec le Groupe national Loup, qui se réunit régulièrement depuis quelques années] pyrénéen, tel que déjà mentionné dans "La concertation sur la qualifiation des territoires", dispositif permanent de dialogue entre les parties prenantes,
  • des groupes de travail locaux, qui pourraient être, soit départementaux (sur le modèle des deux Comités départementaux de gestion de l’espace montagnard), soit en correspondance territoriale avec les territoires de présence identifiés. Dans ce cas, il pourrait prendre modèle sur l’IPHB.

Mais cette concertation ne pourrait vraiment porter ses fruits que si elle est accompagnée d’une coordination interrégionale - et interministérielle - sur le massif. Compte tenu de la prise de recul prônée par la mission dans le cadre d’un aménagement équilibré de la montagne pyrénéenne, ce rôle, à la fois d’animateur et de médiateur, ne peut revenir qu’à l’Etat, en la personne du Préfet, coordonnateur de massif.

C’est pourquoi la mission propose que les ministères chargés de l’environnement et de l’agriculture mettent à disposition du Préfet un directeur de projet [Décret du 23 mai 2000 relatif aux emplois de directeur de projet. La mission des directeurs de projet est de trois ans, éventuellement renouvelable], placé auprès de ce dernier, chargé de la mise en œuvre des propositions de la mission sur le terrain, une fois qu’elles auront été étudiées, négociés et validées.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la Buvette

La gestion collective est sans doute nécessaire, mais en aucun cas l'IPHB ne peut-être un modèle de concertation et encore moins de réussite. L'IPHB est un modèle d'usine à palabres, mais il ne s'agit, ni de gestion (les ours béarnais ont été abandonnés et ont presque disparus), ni de gestion collective (Les associations de protection ayant été très vite mises sur la touche), ni d'une réussite : le coût de l'IPHB au vu de ses résultats fait de cette association un gouffre financier servant à soutenir le pastoralisme local. Voir le bilan de l'IPHB.

La valorisation de la présence de l'ours

Deux vecteurs principaux peuvent porter la valorisation économique et touristique de la présence de l’ours :

l’un n’étant évidemment pas exclusif de l’autre.

Dans les pays visités, cette valorisation ressort de ces deux vecteurs : aux Etats-Unis, c’est plutôt le produit qui prédomine ; en Asturies et dans le Trentin, c’est plutôt l’image ; alors qu’en Slovénie, le « tourisme de l’ours » ne semble pas une priorité –sauf pour la chasse.

En France, force est de reconnaître que le faible nombre d’ours et le contexte sociopolitique difficile ne constituent pas des facteurs favorables à cette valorisation.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Jean Lassalle débouloné

Jean Lassalle, maire de Lourdios et député MoDem, gréviste de la faim à l'Assemblée en 2006, affrontait une liste PS-UMP lors du renouvellement de son mandat à la présidence de l'association des maires des Pyrénées-Atlantiques.  La liste conduite par le Modem Jean Lassalle a été battue hier de 25 voix. "Jean Lassalle déboulonné" titre le journal Sud-Ouest.

La vérification de l'information: un oubli fréquent

La vérification de l'information, le cauchemar de la presse (agricole entre autre, mais pas seulement) dans le dossier des grands prédateurs

Encore un journaliste de l'à peu près : le journal Ouest France publie ce 17 juillet un article "Le loup, cauchemar des éleveurs" signé Thierry Creux ou François Lemarchand, la présentation n'est pas claire sur le véritable auteur de cet article où ressort à nouveau la "réintroduction du loup", véritable monstre du Loch Ness des milieux agricoles français.

"La réintroduction du loup pose de nombreux problèmes aux éleveurs. : Thierry Creux" (Est-ce l'auteur ou un interviewé?) Malgré toutes les observations, études et autres analyses scientifiques, revoilà la théorie de la réintroduction du loup. Bien sûr, aucune information ou preuve n'est donnée sur :

  • Qui à réintroduit le loup ? Une ou plusieurs personnes, une association ?
  • Quand et comment ont-ils été capturés?   
  • Où ont-ils été capturés ? Quelles observations sur les meutes existantes soutiennent cette thèse ?
  • Où ont-ils été relâchés ?

Les politiciens alpins opposés au retour naturel du grand prédateur ont toujours soutenu cette thèse agricole, sans avoir jamais apporté le moindre indice de preuve de quoi que ce soit. Même les spécialistes du loup se sont cassés les dents sur la capture des prédateurs :

Et Ouest-France de reprendre une "Une" de la France Agricole : "De 120 à 150 loups colonisent désormais dix départements du Sud. C'est la Une de la France Agricole du 11 juillet : « Loup : le plan de protection montre ses limites. » Réintroduit en France, le loup repeuple, année après année, davantage de provinces. Vingt-cinq zones de présence permanente sont recensées dans dix départements français de Rhône-Alpes, et de Provence-Alpes-Côtes-d'Azur. Il devrait bientôt revenir en Languedoc-Roussillon, en Franche-Comté, en Midi-Pyrénées et en Auvergne. Et ainsi revenir rôder sur le théâtre des actes sanguinaires de ses lointains aïeux, de Haute-Auvergne et Gévaudan.

En reprenant, hors contexte, les écrits de Jean-Marc Moriceau, il est effectivement facile d'essayer de répendre la peur : "revenir rôder sur le théâtre des actes sanguinaires de ses lointains aïeux". L'objectif de l'article est clair : répendre la peur du loup. Comment ce journaliste va t-il prouver ce qu'il avance? Quelles sources confirment cette affirmation ? Comment a-t-il fait son travail de journaliste : vérifier et croiser les sources...

Le retour du loup en France

13 juillet 2008

Le produit ours

C’est incontestablement dans le parc du Yellowstone que l’ours constitue un véritable produit touristique : «on vient voir les ours», et les bisons, et les loups, à côté d’autres richesses naturelles et paysagères. Il y a même dans ce parc des «bear jam» [Embouteillage liés à la présence d’ours], quand des plantigrades se montrent et que les voitures stationnent à la file le long des routes pour les observer et les prendre en photo. Ce phénomène existe aussi en France, par exemple dans les réserves animalières de Thoiry ou Sigean, dont certains parcours se font en voiture.

Le Yellowstone –parc où l’on acquitte un droit d’entrée comme dans tous les parcs nationaux américains- reçoit 1,5 à 2 millions de visiteurs [Les 7 parcs nationaux français (hors Réunion et Guyane) en reçoivent 6 millions par an – source IFEN] par an. Les recettes de l’entrée sont abondées de celles de l’hébergement, de la restauration, des commerces, de la location de matériel, etc. et d’un important marchandisage [En anglais, «merchandising»] (publicité, promotion, produits divers –ours en peluche, photos, objets représentant des ours, etc.), comme dans tous les sites touristiques de la planète.

On trouve aujourd’hui dans les Pyrénées des parcs animaliers où l’on peut voir des ours : les Angles dans les Pyrénées orientales, Borce dans les Pyrénées-Atlantiques, et un espace dédié : la Maison de l’ours à Saint Lary-Soulan dans les Hautes-Pyrénées. Ces initiatives participent pleinement au développement de ces stations, mais ont une aire d’influence essentiellement locale.

D’autres projets de parc ont été étudiés par le passé : un parc animalier sur la faune pyrénéenne au Mourtis en 1997 et, dans le même secteur, une «Montagne aux ours» à Boutx en 1998 à l’initiative du propriétaire de Thoiry. Les deux études préliminaires correspondantes ont servi de base en 2000 à une étude plus approfondie pour l’implantation d’un « parc de vision animalier d’ours », toujours dans ce secteur de la Haute-Garonne –qui correspond à un territoire de présence identifié supra- et sous l’égide d’un syndicat mixte du parc de vision du Haut Comminges, créé à cette occasion. Aucun de ces projets n’a vu le jour.

La question qui se pose aujourd’hui n’est pas de savoir s’il est pertinent de relancer l’idée d’un «parc à ours» -la mission pense que c’est une piste naturellement intéressante-, mais si cette relance peut être faite indépendamment du devenir des populations d’ours actuelles.

  • oui, car on pourrait, si on le décidait, mettre quelques ours dans un grande réserve animalière. Encore faudrait-il définir le lieu, ou les lieux, trouver des investisseurs et faire de sérieuses études de clientèles. Et il vaudrait mieux que ces investisseurs soient privés, car un parc animalier coûte cher en investissement et en fonctionnement pour une collectivité publique –dont ce n’est d’ailleurs pas vraiment le métier- : on sait les difficultés de rentabilité des parcs d’attraction en France, compte tenu de la concurrence entre destinations et de la volatilité des clientèles touristiques. Le problème des parcs n’est pas de permettre d’y aller une fois, c’est de donner envie d’y revenir.
  • non, sans doute, car pourrait-on faire une réserve animalière en lieu et place d’ours en liberté, même surveillée, comme il est proposé dans ce rapport ? En dehors des difficultés évoquées dans la note "l’hypothèse du cantonnement" quant à l’hypothèse d’un cantonnement, se poserait, compte tenu de la médiatisation de l’animal, une question d’acceptabilité sociétale d’un tel parc, qui risquerait d’hypothéquer son succès : l’«ours en cage» est-il le prix à payer pour sa survie dans les Pyrénées ? ne témoigne-t-il pas de l’impuissance collective à le garder «en liberté » ? Et dans ce cas, ce «produit» reste-t-il vraiment attractif ? Dans un contexte socio-économique difficile et de raréfaction du pouvoir d’achat, nul doute que les investisseurs potentiels se poseraient ce type de questions.

En réalité, parc à ours et territoires de présence –surveillée- sont complémentaires : le parc permet aux gens de «voir» des ours qu’ils ne verront sans doute jamais «en vrai» dans la nature, mais qu’ils savent être là, ce qui est totalement différent en termes d’attractivité touristique et de réception psychologique.

Indépendamment d’une exploitation touristique «lourde» liée à l’existence d’un parc à ours qui n’existe pas aujourd’hui, il faut signaler la création il y a quelques années d’un «réseau des professionnels du Pays de l’Ours» (accompagnateurs en montagne, aubergistes, éleveurs, apiculteurs, producteurs et artisans), proposant, autour d’une charte [Initiée et animée par l’association Pays de l'Ours – Adet] de qualité, des produits et des services, respectueux de l’environnement et s’engageant pour la présence de l’ours. Cette initiative n’est pas sans rappeler celle de l’association «Cévennes Ecotourisme», développée avec succès dans le parc national des Cévennes.

Broutard du Pays de l'OursDans ce même secteur et en même temps, des éleveurs, accompagnés par la même association, ont engagé la production et la vente directe du «broutard du Pays de l’ours » [Agneau âgé de 6 à 12 mois, élevé au lait de sa mère, puis à l’herbe. Il transhume en estive avec le troupeau sur les pâturages de montagne et est ensuite vendu directement de l’éleveur au consommateur, à la descente d’estive et jusqu’au mois de décembre] avec un cahier des charges spécifique et se sont regroupés au sein d’une association Estives du Pays de l’Ours.

Pe_descaous Enfin, le fromage « Pé Descaous » [«Va-nu-pieds », surnom de l'ours en béarnais] a été créé en 1994 par le Fonds d’intervention écopastoral avec l’association «les bergers du Haut-Béarn» et le soutien du WWF-France. Il s’agit d’un fromage fermier élaboré en estives, avec une commercialisation utilisant l’image de l’ours (empreinte d’une patte d’ours sur la croûte), symbole de la qualité du terroir. Une trentaine de bergers-fromagers participent à ce programme et une vingtaine de tonnes de fromage est produite en moyenne chaque année, en majorité du fromage de brebis.

Toutes ces initiatives sont intéressantes, mais ponctuelles et limitées en termes économiques, et ne ressortent pas d’une stratégie d’ensemble sur le massif. Le «bilan produit» est donc faible, mais le produit existe-t-il vraiment ?

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la buvette

J'achète à des bergers qui cohabitent avec l'oursLe produit est entendu ici dans son aspect commercial. Or s'il y a commerce, il y a client. Le client possède un pouvoir, c'est sa liberté d'acheter ou de ne pas acheter. Le client achète le produit qu'il désire, qui lui donne confiance, qui lui semble intéressant et d'un bon rapport qualité-prix.

Dans le cadre des Pyrénées, certains produits ont en plus une image sympathique ou antipathique en fonction des situations et de son point de vue. Pour ma part, je préfère acheter, comme l'indique la bannière sur ce blog, à des bergers qui cohabitent avec l'ours.

L’image de l’ours

L’exemple des Asturies est particulièrement illustrateur de cette valorisation de l'ours par l’image. Il s’agit là-bas d’un développement local, entièrement fondé sur l’image de l’ours, sur un consensus culturel fort, sur un outil Parc naturel –mi-national, mi-régional- fédérateur d’un pays rural très enclavé dans une région très touchée par la reconversion industrielle. Même si le secteur de Somiedo n’avait sans doute pas d’autres choix pour son développement, les élus se sont mobilisés de façon très volontariste, avec de fortes convictions environnementales, et avec l’appui des autorités régionales et nationales.

Du reste, il a été démonstratif de constater que le seul «parc à ours» du secteur –deux ourses orphelines recueillies, 60 000 visiteurs annuels- est volontairement gratuit pour éviter d’en faire le point focal de l’attractivité de ce territoire : il ne s’agit que d’un produit d’appel, l’essentiel n’étant pas là pour son développement.

Le Trentin ressort de la même dynamique, mais à un degré moindre, compte tenu du fait qu’il y a peu d’ours, et que la région de Trento-Bolzano est une des plus développées d’Europe, qui dispose de bien d’autres vecteurs de développement que le tourisme.

L'image de l'ours utilisée par la marque BypyreneesDans les Pyrénées, cette image est aussi et depuis longtemps exploitée de façon volontaire par de nombreux commerçants, restaurateurs, cafetiers et villages qui associent le nom de leur établissement et de leur signalétique à celui de l’ours. D’autres opérateurs [Par exemple, l’opérateur touristique La Balaguère avait jadis un produit de randonnée autour des territoires de l’ours ; aujourd’hui, la nouvelle collection locale de vêtements «By Pyrénées» associe sur son site Internet son logo avec des empreintes d’ours] ont joué, ou jouent, cette image pour leur promotion.

Mais on sent bien aussi que les offices du tourisme, les syndicats d’initiative et certaines collectivités hésitent encore à utiliser pleinement son image. Ainsi, le remarquable instrument de promotion du massif, la Confédération pyrénéenne du tourisme [Il s’agit, avec la Normandie, du seul outil de promotion touristique et de mise en réseau des partenaires de l’économie touristique en France qui couvre plusieurs régions et un massif de montagne], n’a inclus aucune photo d’ours, ni fait aucune référence à la présence d’ours dans le massif dans aucune de ses nombreuses brochures ! Pourtant, il suffit de randonner dans le massif pour emprunter un «chemin de l’ours », passer un «pas de l’ours» ou gravir un «pic de l’ours», skier aux abords de la «tute de l’ours» voire en rencontrer un par hasard !

Sur ce thème, très important dans le contexte culturel pyrénéen, de l’image et du symbole, il est également intéressant de noter que les deux principales coordinations d’éleveurs « anti ours», l’Association pour la sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (ASPAP) et l’Association pour le développement durable de l’identité des Pyrénées (ADDIP), ainsi d’ailleurs que l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB), se sont placées dans leur intitulé sous le timbre très pertinent du «patrimoine pyrénéen» et de l’ «identité pyrénéenne». L’une des plus anciennes activités du massif, le pastoralisme, participe en effet à cette culture : organisation humaine collective, gestion des estives diversifiée et adaptée en fonction des territoires, image positive véhiculant des produits de qualité.

Mais c’est à ce même titre du patrimoine et de l’identité que les défenseurs associatifs du plantigrade arguent de l’histoire et de la culture pyrénéennes autant que de la sauvegarde de la biodiversité pour soutenir la présence de l’ours dans le massif.

Ce substrat culturel et psychologique très profond, qui frappe tous ceux qui font le «voyage aux Pyrénées» [Le voyage aux Pyrénées – Hippolyte Taine – 1860], constitue le fondement de son identité et de son image et l’attractivité de son tourisme [Dont le pyrénéisme, le thermalisme et les grands sites sont les supports traditionnels].

Au moment où des sondages d’opinion [IFOP – sondages auprès des Pyrénéens - 2003 et février 2005] -sans pour autant les survaloriser- sont plutôt favorables à la présence de l’ours et indiquent que c’est «l’espèce animale sauvage qui représente le mieux les Pyrénées», et où la plupart des professionnels du tourisme rencontrés par les deux missions considèrent que l’ours peut jouer un rôle important dans l’attractivité du territoire, n’est-il pas possible de surmonter tous les paradoxes illustrés précédemment et d’arriver a minima à un plus petit dénominateur commun ?

Les évolutions des comportements des touristes, la concurrence de plus en plus vive entre les destinations, notamment les plus lointaines, les effets escomptés du changement climatique, amènent la plupart des stations et des territoires de moyenne montagne à repositionner leur développement touristique en se diversifiant, notamment par rapport à la neige, et en trouvant des alternatives à la saisonnalité. La politique des «pôles touristiques», mise en œuvre sur le massif pyrénéen, est à cet égard exemplaire. La valorisation touristique de l’ours, comme d’ailleurs du pastoralisme, pourrait parfaitement constituer un chantier complémentaire à cette incontournable recherche de diversification.

D’autre part, les plus récentes recherches [La République et ses territoires – Laurent Davezies – Editions du Seuil – janvier 2008. Atlas des mobilités touristiques – Françoise Potier, Christophe Terrier – Editions Autrement, avec l’appui de la DIACT – mars 2007] sur le développement local et l’aménagement du territoire montrent que les revenus [Revenus des agents publics, des prestations sociales, des touristes, des actifs travaillant ailleurs, des retraités] qui permettent ce qu’on appelle aujourd’hui l’ «économie résidentielle» ou «présentielle» pèsent plus du double des revenus tirés des activités productives et que c’est cette économie qui tire vers le haut les territoires, sinon les plus compétitifs, du moins les plus attractifs. Dans ce cadre, la qualité environnementale joue évidemment un rôle majeur pour le développement des régions concernées, dont le Grand Sud-Ouest fait partie.

L’ours et le pastoralisme sont tous les deux des indicateurs de cette qualité de l’environnement. Plutôt que de se neutraliser, le cumul de leurs avantages respectifs pourrait être de nature à conforter cette dynamique.

La mission recommande aux ministères chargés de l’environnement, de l’agriculture et du tourisme de lancer une étude exploratoire sur l’apport de l’ours et du pastoralisme au tourisme pyrénéen, dans une optique d’aménagement équilibré du territoire pyrénéen et de valorisation économique. Cette étude pourrait être confiée au GIP Odit-France.

Denis LAURENS Georges RIBIÈRE

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la buvette

L'image de l'ours utilisée par la marque Pyrenees Republic Il en est de même pour la marque "Pyrénées republic"